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Ibid

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ceux qui croient encore aux anciens dogmes religieux et politiques; — ceux qui, sans y croire, y trouvaient et y trouveraient encore leur compte; — ceux qui se trouvent bien de l'arbitraire; — ceux qui pensent qu'on ne peut gouverner un peuple par la seule force des lois justes ; — les ambitieux et la troupe de ceux qui, par instinct, se rangent toujours du côté du plus fort ; — enfin ceux qui, n'ayant aucune opinion, s'effrayent de toute nouveauté î

« Ces catégories faites, y a-t-il pour un homme sans passions et sans préjugés, y a-t-il à hésiter ? 11 ne faut pas n'être d'aucun parti, car il faut être Français et homme; et, si Ton veut choisir, quelles enseignes préférer à celles du libéralisme? Il faut s'y ranger, parce que là est le bon sens, la raison et le devoir; il faut s'y ranger, indépendamment des hommes qui peuvent s'y trouver; indépendamment des dangers auxquels on peut s'exposer en s'y plaçant.

« Etre là, c'est déclarer qu'on veut des lois justes et qu'on ne souffrira aucun arbitraire ; être là, c'est manifester qu'on aspire, avec le siècle tout entier, à un nouvel ordre de choses fondé sur les lumières de la raison. »

Nous retrouvons ici le disciple de la philosophie du xviii- siècle, de cette école généreuse mais chimérique qui a tout espéré de l'excellence de notre nature et attendu tout progrès du libre jeu des institutions humaines. Mais, comme nous l'avons dit, si Jouffroy a le sentiment profond des droits de l'homme, il a un sentiment non moins profond de ses devoirs. Il n'hésite pas :

'< Pour nous autres, égrugeurs de philosophie, nous devons nous attacher à montrer à nos élèves qu'il y a un devoir, un devoir immuable, absolu, règle invariable de la conduite, but de la vie, qui doit uniquement gouverner l'homme et le gouverner, non seulement comme homme, mais comme citoyen, mais comme gouvernant ou gouverné; en fondant ainsi les lois politiques sur les lois de la morale, et celles-ci sur des vérités rationnelles manifestées claire-

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ment comme obligatoires à l'esprit de tous les hommes, on donne une règle certaine à la conduite de Thomme et du citoyen ; on arrache au hasard, à l'arbitraire ou à la foi, la vie humaine, et on lui trace clairement sa véritable destinée ^ »

Ainsi, en vrai philosophe, Joufïroy place les devoirs de l'homme avant ses droits; c'est sur le devoir qu'avec sa profondeur ordinaire il cherche à asseoir tout l'édifice de ses doctrines politiques. Là est son originalité et son honneur. S'il se rattache à laphilosophie du xv!!!"" siècle, en ce sens qu'il attend tout progrès du libre développement de la raison, il ne croit pas, comme les théoriciens de la Révolution, à la bonté naturelle de l'homme, et il sent, avant tout, le besoin de le ramener à la règle du juste, au respect de la loi morale, au devoir.

Il rêve d'une législation idéale :

« Je cherche un petit système politique ; je m'établis législateur. Je prends pour matière un village, et j'avise, dans ma sagesse, à lui donner, non pas les meilleures lois qu'il puisse supporter, mais les meilleures lois possibles ; en quoi je diffère notablement de Solon. Mais il donnait des lois à un peuple réel, moi je régente un peuple imaginaire. Quand j'aurai trouvé une législation idéale, je la comparerai aux lois qui régissent mon pauvre pays, cette triste France. Et j'aurai la consolation d'énumérer et de compter toutes les absurdités sous lesquelles elle patit. J'en ferai le tableau synoptique ; je le ferai encadrer, je pendrai le tout dans un coin de ma chambre et ce sera un monument de ma haine implacable pour toutes les tyrannies et pour tous les tyrans qui ont exploité, exploitent et exploiteront les peuples-^. »

Jouffroy se range ainsi nettement parmi les opposants au gouvernement de la Restauration. 11 était difficile que, avec la naturelle fierté de son caractère et la loyale indépendance de ses opinions, il n'inquiétât pas ses supérieurs hiérarchiques et n'encourût pas la censure d'une

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