A Damiruii, 24 jaiiviei- liSlS
haut? Ami, je ne me fais pas, je ne me ferai jamais à le considérer comme un homme ordinaire. 11 peut avoir son côté faible, mais il est éminent par d'autres... » Et, après avoir essayé d'analyser sa conduite et de l'expliquer par une sorte de maladie morale, il demande que, malgré tout, on ne le repousse pas, qu'on ne lui refuse pas l'estime, et il ajoute : « 11 mérite de nous cet effort d'amitié. Car, que ne lui devons-nous pas? Il nous a élevés à penser ; il nous a appris à goûter ce qui est noble, grand, vertueux; il nous a tirés des chemins vulgaires où nous aurions traîné sans lui; il a fait de nous des âmes, et nous n'aurions été que des esprits ^ »
Quand un maître inspire à un homme tel que Jouffroy de pareils accents, il est impossible de ne pas concevoir de lui une haute idée. On saisit là, sur le vif, la puissance de séduction et d'action qu'avait M. Cousin sur les jeunes hommes. Mais il y a plus. Pour faire de ses disciples des âmes, suivant la belle expression de Jouffroy, il faut être soi-même une àme. Peu d'hommes ont été, de nos jours, plus discutés que M. Cousin; il a été aussi vivement attaqué par les uns qu'ardemment défendu par les autres. 11 semble qu'un témoignage comme celui de Jouffroy soit décisif dans ce procès. Aucun, dans tous les cas, ne lui est plus favorable et ne lui, fait plus d'honneur. Quelles qu'aient pu être les faiblesses de M. Cousin, les sentiments qu'il a su inspirer au plus éminent de ses disciples ne permettent pas de douter non seulement de l'éclat de son esprit, qui, comme Ta dit Sainte-Beuve, avait des airs de génie, mais encore de la hauteur de son âme, de l'autorité de son enseignement, de l'action féconde et bienfaisante qu'il a exercée autour de lui-.