‹ CorrespondanceChapitre 4 sur 65 · I. Souiehirs inédi/s (]t- M. Dul)()is · texte numérisé non relu

I. Souiehirs inédi/s (]t- M. Dul)()is

DE TIIEODOHE JOUFFKOY 7

Damiron, dans une de ses lettres'. Malin, il Tétait jusqu'aux moelles, et sa malice naturelle avait eu vite fait d'emprunter à Tesprit parisien cette agilité qui se joue avec grâce au milieu de tout, qui perçoit avec la rapidité de l'éclair le fort et le faible des choses et des hommes, et frappe, comme une flèche, au point sensible. C'est ainsi qu'il excelle dans le portrait, et surtout dans la caricature. Un trait lui suffit à peindre un caractère. — Tel de ses amis « bâillerait dans le paradis ». — Tel autre est « une gazette vivante ». « Les jours où je le vois, dit-il, je me dispense de lire les journaux; il en sait plus qu'eux, et, comme il n'est pas soumis à la censure, il dit tout : c'est merveilleux^. » — Un troisième « est l'homme le plus heureux qu'il connaisse : il se baigne dans une mer d'espérances que sa complaisance pour lui-même alimente et rafraîchit sans cesse, et, au bout du compte, c'est le meilleur garçon du monde ^ ». On n'a pas plus d'esprit; et le trait est toujours léger, il effleure sans blesser ni déchirer jamais. Quand on y regarde de plus près, on ne tarde pas à se convaincre que cette humeur plaisante, où il entre du terroir et de la jeunesse, qui est naturelle chez Jouffroy et fait partie de son tempérament moral, n'est pourtant qu'à la surface de l'âme et n'en occupe pas le fond. Ainsi s'expliquent les contrastes dont ces lettres sont pleines. Tantôt elles sont d'un tout jeune homme, tantôt on les dirait d'un vieillard qui a traversé la vie et d'un philosophe désabusé. C'est que Jouffroy est avant tout un tempérament d'artiste, je dirais un tempérament de femme si, à côté de ses tendresses et de ses langueurs, il n'y avait place aussi, dans son âme, pour les fermes résolutions et les énergies viriles. Mais il y a vraiment en lui deux

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