Souvenirs inédils de M. Dubois
En face d'un pareil témoignage, nous croyons qu'il faut définitivement écarter du lit de mort de Joufîroy ces images de doute et de désespoir dont je ne sais quelle légende s'est plu jusqu'ici à l'entourer. On ne saurait trop regretter que la mort n'ait pas permis à JoufFroy d'élever ce monument pliilosophique dont les lignes principales et le dessin étaient dès lors arrêtés dans son esprit. Quelle rigueur et quelle précision la démonstration de la doctrine spiritualiste n"eùt-elle pas reçue de son génie?
Quand nous n'aurions pas le témoignage de Dubois, les écrits mêmes de Jouffroy, son Rairport sur le concours relatif aux Ecoles normales primaires^ où il n'hésite pas à proclamer que « sans la religion, il n'y a pas d'éducation morale possible "- » ; le discours prononcé à la distribution des prix du collège Charlemagne ^, si chrétien d'accent et de sentiment; ses effusions religieuses aux Tuileries, à Xeufcliâtel, à Assise, suffiraient à nous révéler combien sa philosophie était voisine du christianisme. Il n'est pas permis d'en douter, il croyait fermement à l'àme, à son immortalité, au Dieu vivant, père et juge des hommes, qui punit et qui récompense, en un mot, à toutes ces vérités d'ordre rationnel, qui, sans doute, ne sont pas tout le christianisme, mais qui en sont même au point de vue rigoureusement théologique, la base naturelle et le fondement nécessaire. Comme son ami Damiron. parlant de l'éducation religieuse que lui avait donnée sa grand'mère, lui aussi il eût pu dire dans son testament philosophique : « Aujourd'hui que j'ai un peu plus appris et recueilli de toute main, je trouve que c'est encore à elle que je dois le meilleur et le plus persistant de ma croyance '. »
1. Rapport fait au nom de la section de morale de 1 Académie des sciences morales et politiques (13 juin 1840).