A Dubois, 1 février
Que je me trouve dans une société où il y ait des femmes (et Dieu merci! ce cas ne se reproduit pas souvent) Je suis la timidité même, et je présente Timage la plus naïve et la plus ridicule d'un sot; en eflet, que faire et que dire? Séduit par la circonstance, je ferais bien le galant, et, en vérité, le rôle n'est pas difficile à jouer; mais, effrayé de ne me trouver pas de snng-froid, je tremble des jugements du lendemain. Le plaisir que j'éprouve, loin de m'entraîner, m'arrête, loin de m'animer, me glace ou plutôt, il m'entraîne et m'arrête, me glace et m'anime à la fois. Il y a combat, et c'est ce combat même qui fait naître l'embarras, et de cet embarras naît, à son tour, l'indécision dans tous mes mouvements, dans toutes mes paroles; et cette indécision tombant sous l'observation des gens qui m'entourent, je sens qu'ils me jugent un sot. Et ce sentiment redouble l'embarras, l'indécision, la sottise apparente; en dernière analyse, je fais une fort triste ligure^ »
Au reste, dans cette correspondance où Jouiïroy livre son cœur avec tant d'abandon, on ne trouve pas même une allusion à un amour vulgaire, à une aventure quelconque, à la moindre folie de jeunesse. On sent qu'au milieu de toutes les ardeurs de Tâge, il a la volonté de rester pur. L'imagination est ardente, la nature passionnée, l'âme est chaste.
Que je devienne amoureux, écrit-il à Damiron, c'est ce dont je ne puis douter. Je le suis, je l'ai été, je le serai. De qui? De personne ; d'une chimère qu'on appelle amour. J'aime l'amour tout en le méprisant. C'est à la fois, à mes yeux, la plus vile et la plus séduisante des choses. Au mois de mai, quand je lis un roman ou quand je rêve en digérant, mon âme s'élance hors de moi, et toute robe flottante me fait palpiter. Ma raison elle-même a perdu ses yeux, et la pauvre aveugle suit, en battant des mains, le char de triomphe de sa rivale -. »
11 était trop poète, il avait le cœur trop sensible pour n'aimer jamais qu'une chimère. Dans une autre lettre à