Fragments inédits
cessé de chanter, les insectes de bruire; pas un souffle n'agitait Tair, pas une feuille ne remuait dans le sombre dôme qui couvrait nos têtes. Involontairement, nous nous tûmes aussi, et nous mîmes à écouter ce silence solennel qui marque le milieu du jour dans les mois brûlants de l'été. Bientôt des sons lointains vinrent l'interpréter plutôt que le troubler. Les cloches de tous les villages répandus autour du lac élevèrent la voix, et disant ce que la nature ne pouvait dire, envoyèrent au Créateur l'hommage de la création'. »
Ne semble-t-il pas entendre le chantre de Visolement?
Cependant, s'élançant de la flèche gothique,
L'n son religieux se répand dans les airs :
Le voyaj:eur sarrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts-.
Là se termine le manuscrit. Rien n'autorise à croire que ce roman à peine ébauché ait tourné à raventure vulgaire. L'émotion religieuse qui s'y mêle suffirait à écarter cette hypothèse. Je trouve sur une autre feuille volante, égarée parmi ses lettres, quelques lignes qui montrent que chez JoulTroy la volonté était aussi forte que le cœur était sensible. Je ne sais trop quelle importance il convient d'attribuer à ce fragment sans date, sans commencement; mais, pour moi, je suis tenté d"y voir une de ces confessions que, à l'imitation de saint Augustin, Joufîroy aimait à se faire à lui-même; et s'il faut y ajouter foi. lui aussi avait connu les surprises du cœur, les violences et les orages de la passion. Elle est trop expressive dans sa forme déclamatoire, qu'on dirait empruntée à Rousseau, pour que je ne croie pas devoir la transcrire ici.
« C'en était fait, je ne pouvais plus respirer l'air qu'elle respirait ; je ne pouvais plus vivre sous le même ciel, ni jiar-