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Lamartine. Premières méditations poétiques. Visolement

DE THÉODORE JOUFJHOY 17

tager sa demeure; il fallait fuir ou trahir mes serments. Je n'hésitai pas; je me levai au milieu de la nuit, je quittai ma couche inondée de larmes et je passai le seuil fatal. Je sentais en moi toutes les passions soulevées frémir de cette résolution; elles me déchiraient le cu^ur, elles faisaient trembler tous mes membres, elles couvraient mon corps d'une froide sueur et arrachaient des torrents de pleurs à mes yeux : mais, leur puissante révolte n'amollissait point l'énergie de ma volonté et je sentais, avec un douloureux contentement, ma raison triompher de leurs efforts. Je m'élançai à travers les ténèbres, plein d'une joie affreuse. Chaque pas était un tourment et une victoire ; je me détestais et m'applaudissais en même temps; vainement, mon lâche amour cherchait à obscurcir à mes yeux la réalité de la vertu et me criait que je sacrifiais tout aune chimère; une conviction inébranlable repoussait le doute et précipitait ma fuite. »

A quel incident de sa vie cette page fait-elle allusion? Quelle est cette autre nuit dont elle nous décrit, avec emphase, mais avec une intensité de souvenir poignante, les luttes et les décliirements ? Nul, sans doute, ne le saura jamais. Mais tout le caractère de Jouffroy est là. Ces lignes, oii tout, jusqu'à l'abus des antithèses, rappelle saint Augustin, sont la peinture fidèle de son àme et de sa vie, assaillies, tourmentées par la passion, mais, en dernière analyse, dominées et réglées par la volonté.

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Jouiïroy a vingt ans à peine quand débute cette correspondance. 11 est seul à Paris; d'abord à l'Ecole normale, plus tard dans une petite chambre de la rue de rOdéon. Il est « dans la fièvre ardente de ce premier mouvement de pensée du siècle, touchant à tous les hommes célèbres du parti libéral ; il est en mémo temps

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avec lélito de la jeunesse. « 11 lit tout, écoute tout ' ». Il n'est étranger à aucune des ambitions, à aucun des rêves de cette génération qui, au lendemain de la Révolution et de la tourmente apaisée, croyait renouveler et transformer le monde. Lui-même le dit : « Sa vie le pousse à tout entreprendre et à tout faire 2. »

Mais il étouffe à Paris. « Paris, écrit-il dans une de ses premières lettres, Paris n'est pas une patrie. J"y étouffe. Ce grand pays n'est point assez large pour moi : point de vaste horizon: point d'arbres; point de nature, et je regrette mes montagnes^. » — « Quoi! s'écrie-t-il quelques mois après, je serais condamné à vivre dans cette ville de fumée et de boue, spectateur d'une corruption hideuse dans son élégance et d"un despotisme afîreux dans son hypocrisie^. »

Et encore :

<■ Je brûle de revoir mon village ; voilà deux ans que j'en suis exilé 1 oh ! que je serais mieux disposé à faire de bonnes lettres alors que maintenant! Les arbres, les plaines, les rochers, les sources d'eau vive, sont agréables, ailleurs que dans les églogues, quoi qu'on ait dit; la nature repose et dispose l'esprit; elle anime l'imagination, l'enrichit et la pare : elle échauffe le cœur et redouble l'amitié. Quedirai-je enfin à sa gloire? Elle élargit les idées et inspire les généreux sentiments; pour moi, ici, dans ce Paris, en présence de ces tuiles, de ce pavé, de ces boues, de ces voitures. Je suis incapable de sentir vivement et d'échauffer une lettre. L'Ecole valait mieux; le silence, la solitude, la monotonie des spectacles qu'on y voyait, avaient le mérite d'attrister, et la tristesse est tendre; mais cette mobilité d'objets secs et vides distrait, fatigue, sans rien dire à l'àme^. »

C'est que, comme Rousseau, comme Lamartine, Jouf-

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