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Correspondance

Retenu par une légère indisposition, je ne puis avoir l'honneur d'aller moi-même vous témoigner ma reconnaissance de la faveur que l'Académie française a daigné me faire en accordant une mention honorable à la pièce n° 15 dont je suis l'auteur. Ayant appris que vous aviez élevé des doutes sur mon âge, je prends la liberté de vous remettre cy-inclus mou acte de naissance. Il vous prouvera que ce vers

Moi, (lui...

Do trois lustres à peine ai vu finir le cours.

n'est point une fiction poétique.

S'il était encore temps de faire insérer mon nom dans votre rapport imprimé par ordre de l'Académie,

ce serait augmenter infiniment la reconnaissance que je vous dois, et dont je vous prie d'agréer la preuve dans cette langue que vos encouragements me rendent si chère et qui doit, à tant de titres, vous l'être bien davantage encore.

J'espère de votre bonté, xMonsieur, que vous voudrez bien, après en avoir pris connaissance, me renvoyer mon acte de naissance rue des Petits Augustins, n° 18.

Je vous prie d'agréer l'assurance du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être. Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

Victor-Marie Hugo.

A Raijnoiiard, auteur des Templiers.

0 Raynouard, toi qui d'un Ordre auguste Nous traças en beaux vers le châtiment injuste ; Qui, dédaignant l'amour et ses molles douleurs, Sur l'austère vertu nous fis verser des pleurs ; Toi qui bientôt encor, dans tes fécondes veilles, Des exploits de Judas* nous diras les merveilles; Pardonne!... interrompant de si nobles travaux, Un jeune élève de Virgile Ose de sa Muse inhabile T'adresser les accords nouveaux.

Il te doit (ont : c'est toi dont l'indulgence

* Le poëte enfant voulait écrire Juda.

A RAYXOUARD. 5

Sut arracher au gouffre de l'oubli Son faible essai dans l'ombre enseveli.

De sa Muse accueillant l'enfance, *

Tu fis plus; tu voulus, dans le sénat des arts Sur elle attirer les regards.

Ces vers sans art échappés à ma veine D'un tel honneur étaient dignes à peine; Mais que ne pouvaient sur les cœurs Cet amour que Virgile a peint en traits vainqueurs, Le souvenir d'Élise abandonnée D'un triste hymen invoquant les vains droits Et réclamant contre l'ingrat Énée L'appui des Dieux qui l'ont seuls condamnée? Que ne pouvait le charme de ta voix?

De cette voix dont la mâle énergie, Quand la patrie en deuil redemandait ses rois, Déployant des vertus l'éloquente magie.

Apprit au tyran même à respecter nos lois? C'est à ta voix encor, c'est à son harmonie Qu'est du tout le succès de mon humble génie. Ce qui fait mon bonheur fait aussi mon orgueil : Virgile et toi protégiez ma faiblesse.

Ces vers nouveaux que je t'adresse Recevront-ils le même accueil?

Dans le sein de Virgile ils n'ont point pris naissance, Ton organe flatteur n'a pas accru leur prix, Mais ils sont inspirés par la reconnaissance, Et c'est pour toi qu'ils sont écrits.

A Monsieur Adolphe Trebuchet, Nantes.

Paris, 20 avril 1820.

Je suis l'exemple d'Abel, mon cher cousin, et je commence par supprimer toute cérémonie; car j'espère qu'à la parenté, qui excuse la familiarité, se joindra bientôt entre nous l'amitié, qui l'autorise. En vérité, lorsque je considère que ta lettre, si aimable et si affectueuse, est datée du lA mars, tandis que cette réponse est écrite le 20 avril, je t'avoue que je suis honteux de ce retard, et la raison que t'en donne mon frère Abel me rassure moins, toute fondée qu'elle est, que ma confiance en ton amitié et dans l'indulgence de ta famille...

Si nous avions pu en douter, ta lettre nous aurait montré, cher Adolphe, que tu es royaliste comme nous. Nous t'en félicitons, et nous regrettons de n'être pas nés Bretons comme toi, car nous sommes tous Vendéens par le cœur. On me dit que je suis à peu

\ ADOLPHE TREBUCHEÏ. 7

près de ton âge, je m'en félicite encore : c'est une conformité de plus avec toi.

Adieu, mon cher Adolphe, je désire que le Conservateur littéraire soit lu avec quelque indulgence par nos bons parents de Nantes, et j'espère que tu ne tarderas pas à nous donner des nouvelles de toute la famille et notamment de notre tante, dont la santé nous inquiète beaucoup. Maman, qui a été aussi fort malade et très languissante depuis un an, paraît maintenant se rétablir un peu.

Rappelle-moi au souvenir de mes cousines, que je n'ai jamais vues, mais pour lesquelles j'ai toujours éprouvé un attachement fraternel.

Ton dévoué cousin,

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