AU COMMANDANT FROIDEFOND DES FORGES
principe. Tous doivent être également précieux aux citoyens qui les reçoivent. Il ne leur est pas permis de laisser porter la moindre atteinte à la commission que leurs concitoyens leur ont conférée. C'est un dépôt qu'ils tiennent de l'élection et qu'ils ne peuvent remettre qu'à l'élection, mais intact et vierge de toute lésion.
Voilà de grands principes à propos d'une petite affaire. Mais aujourd'hui tout se tient. Couronne du roi, épaulette du sous-lieutenant ont une consécration pareille, celle de l'élection. Elles émanent également de la souveraineté populaire.
11 y a aujourd'hui violation du principe en ma personne. Le choix de mes concitoyens m'a conféré un grade et un emploi. Il n'est pas de pouvoir au monde qui puisse scinder la commission et retenir le grade en laissant l'emploi.
Une loi est à intervenir. Nous en discuterons tous les bases. En attendant, tenons-nous-en à la rigueur du principe.
Je déclare que je suis inviolablement pourvu du grade dont vous-même m'avez proclamé revêtu et que prétend révoquer la décision dont vous me faites l'honneur de me prévenir.
Cette décision est, de fait comme de droit, niiMe ot non avenue.
Je proteste contre cette décision.
Et je vous prie de vouloir bien en provixiucr l;i prompte révocation du général en chef. L:i publicil»' d'un pareil fait pourrait être fâcheuse.
Je suis persuadé que notre illustre général me saura gré de cette protestation. Elle prouve ma confiance sans bornes dans sa fidélité aux principes. En appelant son attention aujourd'hui sur une décision qui lui a été surprise, en y résistant au besoin de toutes mes forces, j'agis comme il agirait à ma place. Je me montre, autant qu'il est en moi, son élève. Maintenir le droit de tous est le devoir de chacun.
Je vous prie de vouloir bien faire mettre cette lettre sous les yeux du général en chef.
J'ai l'honneur d'être, avec un cordial attachement, monsieur le commandant et cher camarade, votre obéissant serviteur.
Victor Hugo,
Sous-lieutenant secrétaire adjoint du conseil do discipline.
A Madame Benjamin ConMant.
8 novombro 1830.
Madame,
Votre malheur privé est une calamité publique. La perte qui vous frappe nous frappe tous. Permettezmoi de vous dire qu'il y aura demain au convoi de cet homme illustre au milieu du peuple qui le pleurera un
A MADAME BENJAMIN CONSTANT. lO'J
cœur bien profondément affligé. Ce sera le mien, madame. Je n'ai vu que trop peu de fois M. Benjamin Constant. Cependant, je crois pouvoir dire que je l'ai aimé. C'était une de ces grandes âmes qui tiennent trop de place dans un siècle, pour que tous les regards, même les plus perdus dans la foule, n'en admirent pas souvent la hauteur, n'en étudient pas constamment les proportions.
Pardonnez-moi, madame, de vous troubler dans votre affliction. Parmi toutes les voix importantes qui s'élèveront pour le glorifier et pour vous consoler, c'est bien peu de chose pour vous et pour lui qu'une voix de plus, qu'une voix obscure, qu'une voix de la foule. Mais j'avais besoin que quelque chose de ma douleur arrivât jusqu'à la votre. Et puis je ne suis pas de ceux qui prétendent à vous consoler, madame. Ce malheur nous est tellement propre à tous que j'aurais besoin moi-même de consolation.
Une chose cependant doit, non pas consoler votre douleur, mais la calmer, s'il est possible, en l'agrandissant, c'est la pensée qu'en France, en Europe, dans le monde entier, tous les yeux ouverts à la lumière pleureront Benjamin Constant avec vous. 11 laisse deux veuves, vous et la France.
J'ai l'honneur d'être, madame, avec un profond respect, votre très humble serviteur.
Viciou liutio.
A mademoiselle Mars, rue Saint-Lazare,
6 janvier 1831.
Je reçois, madame, une lettre de Paul où il me fait part d'une conversation qu'il a eu l'honneur d'avoir hier avec vous relativement à Marion de Lorme. Je m'empresse de vous envoyer les explications que vous lui avez semblé désirer. Je n'ai qu'un souhait, madame, c'est de vous voir dans Marion de Lorme. Vous avez donné une si admirable couleur au rôle de dona Sol qu'il m'est impossible de ne pas songer souvent au parti que vous tireriez de Marion. Vous avez ensuite été si excellente pour moi qu'il m'est doux de penser que je pourrais vous témoigner quelque chose de ma reconnaissance en mettant à vos pieds ce rôle que vous avez la bonté de désirer. Je vous le réserve donc, et vous pouvez savoir que j'ai refusé tout ce qui m'a été proposé d'autre part.
A MADEMOISELLE iMAKS. It|
J'ai donc toujours l'espérance de vous voir jouer Marion. Cependant, vous le savez, madame, les obstacles qui m'ont arrêté, ceux du moins qui sont relatifs à la composition actuelle de l'administration du théâtre et à sa situation, subsistent. On me fait espérer qu'ils disparaîtront bientôt, c'est-à-dire que la société sera dissoute et le théâtre mis en entreprise. Alors, madame, j'accourrai à vous, si vous voulez toujours de moi.
Je compte vous aller voir bientôt. Ma première sortie sera pour vous. J'achève en ce moment un travail très pressé. Permettez-moi, en attendant, de vous baiser la main et de mettre mes hommages et mon admiration à vos pieds.
Victor Hugo.
^l Victor Pavie,