A EUGÈNE RENDUEL
A Monsieur Eugène Renduel.
[Décembre 1832.]
J'ai vu hier au soir Carrel; tout est convenu. 11 a été excellent. Je vous conterai la chose en détail. Sainte-Beuve peut faire l'article comme il le voudra et le porter aujourd'hui avec le fragment de préface. Carrel mettra tout. Carrel veut, en outre, un grand article politique pour un de ces jours sur l'affaire. Vous savez que c'est Odilon Barrot qui plaidera pour moi. Venez me voir.
Voici quelques lignes poui- le Journal des Débats qu'un de nos amis m'a faites hier au soir. Elles sont en trop grosses lettres, ce qui serait ridicule. Vous ferez bien de les recopier et de les porter tout de suite.
Tout à vous.
Victor II.
A Monsieur Mérimée, secrétaire de M. le comte d'Argout.
[Décembre 1832.]
Monsieur,
Il résulte de ce que yous m'avez fait l'honneur de m'écrire que vous êtes resté complètement étranger aux influences qui ont déterminé le gouvernement à arrêter illégalement ma pièce. En pareille matière, l'affirmation d'un homme d'honneur suffit à un homme d'honneur. Je m'empresse donc de déclarer que tout ce qui pourrait vous concerner personnellement dans le fait que j'ai plutôt indiqué que raconté, sans nommer qui que ce soit, relativement à la suspension de ma pièce, tombe de lui-môme devant votre réclamation.
Ma loyauté m'impose en effet le devoir de ne laisser aucun nuage sur la vôtre. Mon affaire est une affaire générale, dont rien ne doit me détourner, et non une affaire personnelle, et il m'importe de n'avoir jusqu'à la fm aucun tort de mon côté.
J'espère, que ma conduite en cette occasion vous prouvera que rien n'altère en moi l'estime réciproque dont vous me parlez.
A Mademoiselle Louise Berlin.
Ce dimanche soir 29 [-1832].
Tout à l'heure, mademoiselle, ma Didine faisait cette remarque tristement, qu'il y a huit jours nous étions auprès de vous. Gela dit, elle s'est mise à vous écrire, et moi aussi, si bien que nos deux lettres, écrites côte à côte, vont vous arriver ensemble pleines de la même pensée.
Vous savez bien, n'est-ce pas, que vous êtes toujours présente et toujours aimée? Il y a quatre petits enfants qui parlent souvent de vous, et le père qui y pense plus souvent encore.
Voici les derniers beaux jours partis. La boue et l'hiver reviennent. Paris n'est pas gai. Vous, vous avez le ciel et les feuilles mortes. Cela vaut mieux que la rue Saint-IIonoré avec ses embarras de charrettes.
Grondez-moi, je n'ai pas encore vu Duponchel. En revanche, j'ai vu Vedel; cela rime. Cela vous est bien égal, mais j'ai un procès avec les Français; cela rime encore. Que voulez-vous que j'y fasse?
Ce que j'aurais de mieux à faire, ce serait d'aller aux Roches causer avec votre excellent père, avec
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Yous, avec Edouard, et me promener au pied de vos belles collines, sans plus songer aux huissiers, aux tribunaux de commerce et à la Bourse, ce temple joli et bête maculé d'agents de change.
Mais ma destinée m'entraîne. Je suis furieux contre la Comédie française, et j'ai besoin d'un procès pour me soulager. Ce qui est extraordinaire, c'est qu'il paraît certain que je le gagnerai, avec de gros dommages et intérêts que le gouvernement payera, à ce que disent Messieurs les sociétaires.
Pardon de tous ces bavardages. Ce sot procès est la seule nouvelle que je puisse vous conter. On ne parle que de cela chez moi, depuis huit jours, et je vous envoie un peu de mon ennui.
Permettez-moi d'y joindre le nouvel hommage d'un vieil attachement bien profond, bien respectueux et bien dévoué.
Victor II.
A Mademoiselle Louise Bertin.
15 février 1833.
Mademoiselle,
Voilà enfin le scénario* en double copie, une pour vous, l'autre pour M. Véron**.
J'ai pensé que vous pourriez avoir besoin de ce plan détaillé sous les yeux.
Je suis toujours dans l'incertitude pour la dernière scène. Je vous assure que ce n'est qu'une misère et pourtant il est fort difficile de trouver quelque chose qui ne soit pas ou tout à fait détaché du poème, ou plat et commun.
D'après ce que vous m'avez dit l'autre soir, je suis de votre avis sur l'apothéose, et je donne le ciel au diable.
* De la Esmeralda.
** Directeur de l'Opéra.
Je voulais vous porter en personne ce paquet hier au soir. Mais ma femme m'a mené de droit divin à Bertrand et Raton, qui nous a prodigieusement, merveilleusement et incomparablement ennuyés.
Je joins au scénario le manuscrit, et les quelques chiffons de papier qu'il contenait.
A bientôt, mademoiselle...
Au roi Joseph.
Paris, 11 février 1833.
Sire, je profite pour vous répondre de la première occasion sûre qui se présente. M. Presles, qui part pour Londres, veut bien se charger de remettre cette lettre à Votre Majesté. Permettez-moi, sire, de vous traiter toujours royalement. Les rois qu'a faits Napoléon, selon moi, rien ne peut les défaire. Il n'y a pas une main humaine qui puisse effacer le signe auguste que ce grand homme vous a mis sur le front.
J'ai été profondément touché de la sympathie que Votre Majesté m'a témoignée à l'occasion de mon procès pour le Roi s amuse. Vous aimez la liberté, sire ; aussi la liberté vous aime. Permettez-moi de joindre à cette lettre un exemplaire du discours que j'ai pro-
nonce au tribunal de commerce. Je tiens beaucoup à ce que vous le lisiez autrement que dans le compterendu, toujours inexact, des journaux.
Je serais bien heureux, sire, d'aller à Londres, et d'y serrer cette royale main qui a tant de fois serré la main de mon père. M. Presles dira à Votre Majesté les obstacles qui m'empêchent en ce moment de réaliser un vœu aussi cher; il faut, pour qu'ils m'arrêtent, qu'ils soient insurmontables. M. Presles vous dira une partie de ce que je vous dirais, sire, si j'étais assez heureux pour vous voir. J'aurais bien des choses de tout genre à vous dire. Il est impossible que l'avenir manque à votre famille, si grande que soit la perte de l'an passé*. Vous portez le plus grand des noms historiques.
A la vérité, nous marchons plutôt vers la république que vers la monarchie; mais à un sage comme vous, la forme extérieure du gouvernement importe peu. Vous avez prouvé, sire, que vous saviez être dignement le citoyen d'une république. Adieu, sire; le jour où il me sera donné de presser votre main dans les miennes sera un des plus beaux de ma vie. En attendant, vos lettres me rendent fier et heureux.
La mort du Hoi de Rome.
A Monsieur Jouslin de la Salle, commissaire royal près le Théâtre-Français .
21 mars 1833.
Monsieur,
Permettez-moi de vous adresser et de vous recommander le jeune auteur d'une tragédie intitulée James Douglas, M. Esquiros. Le Théâtre-Français me paraît spécialement institué pour encourager les jeunes auteurs dans la voie de la poésie et de l'art. M. Esquiros est de ceux qui méritent qu'on lui aplanisse le chemin. Je serai heureux d'apprendre qu'il a trouvé bon accueil auprès de vous.
Agréez, je vous prie, l'assurance de mes sentiments distingués.
Victor Hugo.
A Victor Paiie.
Paris, 31 mars 1833.
Il y a des siècles que je veux vous écrire, mon ami. J'ai vraiment avec vous, que j'aime le mieux, l'apparence d'un homme oublieux, négligent, distrait, absorbé dans sa propre chose, et je vous assure pourtant que rien n'est moins vrai. J'ai toujours pour les vrais amis que je me sais, — et vous êtes des meilleurs et des plus chers, — j'ai toujours un souvenir profond, continuel, doux et triste, dont je me remplis le cœur dans mes heures de loisir et de rêverie. Penser à un ami absent, c'est une des joies les plus graves et les plus calmantes de la vie. J'écris peu, parce que je suis paresseux et presque aveugle; et puis, voyez-vous, Pavie, en amitié, comme en art, comme en tout, il arrive souvent que d'écrire gâte la pensée.
Vous, dont la vie n'est pas emportée et arrachée de toutes ses ancres par un continuel tourbillon, vous qui êtes à Angers et non à Paris, vous qui n'avez pas une existence publique qui rudoie à tout moment votre existence privée, vous devriez m'écrire souvent, mon ami, et me faire en de longues lettres l'histoire
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attentive de votre pensée et de votre âme. Ce serait bien à vous; je me reposerais les yeux sur votre paix et sur votre bonheur.
Dites-moi, il y avait l'autre jour dans votre Feuilleton d'Angers un article bien remarquable, quoique beaucoup trop bon pour moi, signé C. R. Connaissezvous l'auteur de cet article? Remerciez-le pour moi. Si je savais où lui écrire, j'aurais plaisir à le faire moimême.
Écrivez-moi longuement, mon cher Pavie. Parlezmoi de vous, de votre excellent père, de votre frère, si vous en avez des nouvelles. Dites-moi où vous en êtes de la vie.
Quand donc viendrez-vous à Paris?
Je vous aime et je vous embrasse,
Victor H.
A M. Harel, directeur du théâtre de la Porte-Saint-Martin.
4«'' mai, 7 heures du matin.
Monsieur,
Hier, à minuit, en rentrant chez moi, je pensais trouver une réponse de vous à ma dernière lettre. J'ai