CORRESPONDANCES UU SIÈCLE DERNIER
de conserver toujours les meilleures et les plus amicales relations.
Veuillez croire, mon cher Prince...
Votre affectionné,
Ferdinand-Philippe d'Orléans.
(Mémoires inédits du comte de Sainte-Aulaire.)
THIERS AU COMTE DE SAINTE-ALLAIRE
Paris, 13 juillet i836 '.
Mon cher Comte,
Je vous écris une troisième lettre pour vous dire encore quelques mots. J'ai lu au Roi et au prince la lettre que vous devez avoir l'indiscrétion de communiquer ^. Je crois utile de la faire lire au prince de, Metternicli. Cependant vous restez toujours arbitre delà convenance. Il faut, comme je vous l'ai déjà articulé, recevoir avec calme le refus probable, et se réserver le moyen de bouder tout à fait, ou à moitié, ou au quart, suivant notre convenance.
Le prince royal a des idées sur Milan \ vagues,
' il résulte du texte inècne de cette courte lettre qu'elle tut confiée au même courrier que les deux lettres datées du lo, ainsi que les lettres de la Heine (du lo) et du duc d'Orléans (du ii).
^ La seconde lettre du lO juillet (pièce XLII).
^ C'est-à-dire sur l'archiduoUeMe Marie, fille aînée de rarcbidiul
tiN PROJET DE MARIAGE DU DUC d'oRLÉANS i79
notais réelles, et pour mieux dire réalisables si l'on voulait et pour lesquelles il faudrait quelque peu de la bonne volonté de Metternich.
Cependant je ne crois pas beaucoup à ce dérivatif du projet de Vienne. C'est à une porte beaucoup plus sûre que nous frapperons. Vous saurez cela en temps et lieu. Je vous mande deux faits, dont l'un prouvera la persévérance de notre politique antiperturbatrice 3t l'autre notre persévérance dans nos vrais principes. C'est l'expulsion définitive des réfugiés ; l'autre, le recrutement très large de la Légion française en Espagne. Arguez delun et l'autre fait hardiment et tireziïi toutes les conséquences visibles. Adieu, mille tendresses.
M. Desages ' va vous écrire.
A. Thiers.
(Papiers Thiers.)
LE COMTE DC SAINTE- AULAIRB A THIERS
i5 juillet i836.
Cher monsieur Thiers,
Je viens vous dé dire dans ma dépêche officielle que ^otre circulaire du 28 juin a fait sur M. de Metternich
(énier ; cf. plus loin la lettre du duc d'Orléans au comte de Sainlck.ulairc en date du loaoût (pièce LIX).
Le très expérimenté directeur des affairas politiques au ministère
affaires étrangères.
un très bon et très utile effet. Rien n'est plus vrai. Je m'étais décidé à lui en donner lecture parce que je ne doutais pas du succès et aussi que ce m'était une occasion de pousser une reconnaissance sur un terrain que vous me demandez d'explorer. J'ai, en effet, eu deux conversations assez substantielles, dont voici le fidèle rapport.
L'article de votre circulaire qui fait allusion à la nécessité d'un prochain mariage pour M. le duc d'Orléans a surpris M. de Metternich, et il s'est étonné que vous n'eussiez pas craint de l'insérer dans une pièce qui ne pouvait rester complètement secrète. J'ai répondu que cet article m'avait paru, comme à lui, fort remarquable et que je me l'étais expliqué par le parti-pris de ne plus attendre et de marier M. le duc d'Orléans dans Tannée. « M. Thiers n'a pas de la corde de pendu dans sa poche, » a repris M. de Metternich, « et il faut être deux pour se marier. » A cela j'ai répondu que je n'avais moi-même aucune idée sur la chance que vous pourriez suivre, que j'y avais pensé sans rien deviner et que je lui demandais instamment de me confier ce qui arriverait à sa connaissance. Il me l'a promis. Et la conversation s'étant ainsi établie sur un pied dintimité, j'ai ajouté que j'allais peut-être commettre une indiscrétion répréhensible, car il m'était expressément recommandé de ne plus parler mariage avant d'avoir reçu de nouvelles instructions ; que cependant, ne doutant pas au fond de sa bonne volonté et ne traitant la question qxx'académiquement, je ne voyais pas d'inconvénient à lui montrer le dessous des cartes, puis tirant de ma poche votre Lettre particulière du 28juinj
L'N PROJET DE MARIAGE DU DUC d'oRLÉAXS 181
OÙ j'avais soigneusement noté pour être passé tout ce qui aurait blessé personnellement lui Metternich, j'ai fait lecture de tout le reste, appuyant sur les phrases qui témoignent la résolution de prendre, à défaut d'une archiduchesse, toute autre princesse, petite ou'grande, et surtout sur celles qui annoncent un changement de politique que l'Autriche aurait à déplorer longtemps.
M. de Metternich m'a écouté avec l'air dégagé qu'il affecte toujours quand il est le plus ému. Il a donné de grands éloges à votre lettre. Il a reconnu que vous étiez un homme de courage et d'esprit et que vous sauriez prendre à propos des résolutions énergiques pour le service du Roi et de la France. Là-dessus je l'ai livré à ses réflexions et j'ai levé la séance, lui répétant encore que tout ceci ne valait entre nous que comme conversation académique et que ni l'un ni l'autre n'aurions à le rappeler le jour où j'aurais une communication officielle à lui faire.
Quelques jours après, j'ai retrouvéM. de Metternich très préparé. Il m'a fait un long speech sur la nécessité de marier M. le duc d'Orléans, de le marier promptement, et sur la bonne volonté qu'il avait de nous aider dans cette affaire pleine de grandes difficultés. « Les uns refuseront le mariage /)ar opinion, » m'a-t-il dit, « mais au fond ceux-là sont peu nombreux et chaque jour plus vacillants ; les autres refuseront par peur, et l'événement du 25 juin n'est pas fait pour les rassurer. — J'ignore au reste ce que l'archiduchesse Thérèse a dit après l'avoir appris. — Cependant la peur peut être balancée dans l'esprit d'une jeune personne par l'idée d'être reine de France, idée au fond très séduisante. Ces difficultés, bien que