‹ Correspondances du siècle dernier, un projet de mariage du Duc d'Orleans (1836), Lettres de Léopold Ier de Belgique a Adolphe Thiers (1836-1864), Documents inédits publiés avec des avertissements et des notesChapitre 20 sur 43 · CORRESPONDANCES DU S.IÈCLE DERNIER · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCES DU S.IÈCLE DERNIER

graves, n'ont donc rien d'absolu, et Mgr le duc d'Orléans doit finir par les surmonter. Mais si sortant de ces données générales, nous examinons la convenance d'un mariage autrichien, en vérité plus j'y pense, plus cette convenance me paraît douteuse '. Il faut sans doute que l'alliance de l'Autriche et de la France soit intime, plus intime que celles d'aucunes autres puissances. Vous n'avez point d'amis plus dévoués et chers que nous, et permettez-nous d'espérer le réciproque. Mais un mariage est-il nécessaire pour resserrer nos liens? Non, sans doute, et au contraire un mariage autrichien fera dire en France que Louis- Philippe est le chef de la Sainte-Alliance et il fera dire à Vienne que M. de Metternich s'est vendu à Louis-Philippe. »

Voilà textuellement ce que m'a dit le chancelier. En formulant ce dernier argument, il m'a semblé embarrassé comme quelqu'un qui dit le bon mot, ou plutôt qui le laisse échapper. J'ai répliqué que quant à la convenance d'un mariage autrichien, nous étions juges pour la France, que notre opinion était arrêtée et qu'il ne l'ébranlerait pas, que sans doute il nous faudrait y renoncer si l'on nous refusait ou si l'on voulait nous faire trop attendre, mais qu'un refus ne serait pas pris en douceur et qu'un trop long délai ferait l'ellet d'un refus, car je voyais clairement que vous vouliez marier M. le duc d'Orléans, le marier

'Cinq mois plus tard, le chancelier écrivait en termes infiniment plii.s catégoriques ail comte A[)poiivi que le mariage « eût été une faute immense de part et d'autre ». (8 décembre i836 : Mémoires du prince de Metternich, l. VI, p. 162.)

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dans l'année, et que vous ne sacrifieriez pas ce dessein à l'éventualité d'un mariage autrichien.

« Attendez-vous donc, cher Prince, à me voir entrer un de ces jours dans votre cabinet avec la mine triste, mais fort résolu ; j aurai à vous demander une réponse catégorique et je le ferai nettement. 11 me faudra un oui ou un non positif. Pesez-en bien d'avance toutes les conséquences. »

Sur cela, M. de Metternich s'est levé en prononçant ces paroles que je vous engage à bien peser aussi, mon cher Patron : « Je doute que le Roi permette jamais à M. Thiers de poser la question si nettement. »

Maintenant, c'est à vous de savoir s'il faut livrer la bataille. Tenez pour certain que je ne mollirai point dans l'action et que je m'avancerai aussi loin que vous voudrez. Je persiste à croire qu'il faudrait laisser un peu s'éloigner le 25 juin pour que l'impression de la jeune princesse fût effacée. Cette considération est du reste de peu de poids sur M. de Metternich. 11 ferait bon marché de la peau d'une archiduchesse : de minimis non curât prœtor. Mais ce qui touchera vivement le chancelier, c'est la possibilité d'un autre mariage et surtout la pensée que les rapports de nos cabinets vont être changés.

Sur ces deux points, sachez bien qu'on ne croira ni vous ni moi sur parole, mais le Roi. A-t-il en effet et la volonté et le pouvoir de choisir une autre belle-fille ? Mettez-vous en mesure; et que M. de Metternich l'apprenne et en arrive à n'en pouvoir douter.

Vous savez que Marie-Thérèse fut donnée à Louis XIV seulement le jour où il était venu à Turin *

* C'est la duchesse de iSavoie qui vint à Lyon présenter au jeune

demander la fille du duc de Savoie et l'avait obtenue.

Quant au changement de politique du cabinet, ce que je dirai ici ne fera rien du tout; ce que vous écrirez de Paris ne fera pas grand chose ; ce que le Roi dira lui-même fera un peu plus, mais pas encore suffisamment. Il nous faut un fait qui fasse tomber les écailles des yeux. Je ne vous propose point de sacrifier les intérêts de la France, mais choisissez bien ce qui ne leur serait pas contraire. Je prends au hasard la nomination d'un consul à Cracovie, par exemple. Dites à M. d'Apponyi que c'est une affaire de complaisance pour ses amis et que si on vous laisse persuader que nous n'avons d'autres amis que les Anglais, c'est à eux que vous allez complaire. Laissez un délai de quinze jours pour la réflexion, mais après l'avoir annoncé ne manquez pas de le faire. Toute notre considération ici est à ce prix.

Sachez bien aussi, cher Monsieur Thiers, qu'une telle démarche vous rend à jamais M. de Metternich hostile. Il vous fera du pis qu'il pourra à Paris et partout. La chose n'est pas indifférente, et bien qu'elle ne vous inquiète probablement guère, je ne veux pas indiquer le moyen sans en indiquer aussi les conséquences personnelles pour vous.

Si, comme cela paraît certain, le roi de Naples quitte Vienne pour se rendre à Paris sans avoir fait aucune demande de mariage, il est possible que l'archiduc Charles nous revienne avec un peu plus de courage. Ceci aurait de l'importance parce que ce que M. de Metternich craint par-dessus tout, ainsi que je vous

Louis XIV sa fille Marguerite : le lapsus est surprenant sous la plume de l'historien de la Fronde,

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l'ai dit plus haut, c'est d'être accusé de faiblesse pour le Roi. Pour qu'il se portât au mariage, il faudrait qu'il pût dire à l'archiduchesse Sophie, etc., etc. : « C'est le père qui l'a voulu. Nous lui avions promis le roi de Naples. Cette chance lui est échappée et il est naturel qu'il ait voulu en suivre une autre. »

Cette visite du roi de Naples en France est un très heureux événement. Attendez-vous après cela à de nombreuses visites royales. C'est un des effets du voyage des princes. Il change notre position en Europe. Il ne s'agit que de l'exploiter lentement et sagement.

Le prince de Metternich part dans les premiers jours d'août pour ses terres de Bohême. 11 se trouvera le 1®"" septembre à Prague pour le couronnement, et n'aura pas repris son assiette à Vienne avant le mois d'octobre. Calculez l'effet de cette absence, si vous 'Voulez commencer quelque chose d'un peu vif. Rien n'amortit les coups comme les interruptions. Si l'on doit passer six semaines sans se voir après s'être querellés, on compte sur l'effet du temps pour le raccommodement. Peut-être vaudrait-il mieux tout ajourner jusqu'à l'automne. Mais vous seul pouvez apprécier cette circonstance.

Adieu, très cher, ma femme vous fait mille amitiés et vous prie de lui renvoyer son fils. Mettez-moi, je vous prie, aux pieds de Madame Thiers et de Madame Dosne et croyez-moi votre ami très sincère.

Sainte-Aulaire,

LE COMTE DE SAINTE-AULAIRB A THIERS

Vienne, aa juillet i836.

Cher monsieur Thiers,

Malgré toute Tactivité possible, je ne pourrai pas Aous renvoyer avant mercredi ou jeudi de la semaine prochaine le courrier arrivé ici le 18. Des difficultés matérielles retardent les affaires les plus simples, lorsqu'il faut les traiter avec des personnes placées à dix lieues de distance les unes des autres.

Aujourd'hui encore je ne suis guère plus avancé que le premier jour et cependant je nai guère dormi depuis vos dernières lettres, ou plutôt je n'ai dormi qu'en y pensant.

Dites, je vous prie, à la Reine et à Monseigneur la cause du retard. Le roi de Naples part décidément le 26 au soir. Il paraît certain qu'il arrivera à Strasbourg le 2 ou le 3 août.

Adieu, très cher ; je vous aime et vous admire bien sincèrement.

Sainte- AuLAiRE.

(Papiers Thiers. •

LU

l'archiduc CHARLES AU DUC d'oRLÉANS

Weilburg, aS juillet i836.

Mon cher cousin,

Le comte de Sainte-Aulaire m'a fait passer la lettre que Votre Altesse Royale a bien voulu m'adresser le 11 de ce mois. J'ai retrouvé dans les paroles qu'elle renferme les sentiments que vous m'avez si noblement exprimés dans les entretiens que noiis avons eus durant votre séjour à Vienne et qui vous assurent en retour ceux de ma sincère amitié.

J'ai consulté les dispositions de ma fille ; vous les connaissez déjà, Monseigneur, etellesn'ontpas éprouvé de changement. Personne plus qu'elle ne rend justice aux qualités éminentes qui distinguent Votre Altesse Royale. D'un autre côté, elle se connaît elle-même, elle sait se rendre compte de sa force et de ses faiblesses. Placée dans une situation dont les difficultés l'effraient, elle craindrait de trouver dans le bonheur même des causes de pénibles anxiétés, auxquelles son cœur risquerait de succomber. Vous trouverez dans cet aveu l'expression de sa pensée, et c'est cette pensée qui décide do la mienne. Dans cette pénible circonstance, rien ne saurait m'être plus consolant que l'assurance que vient me répéter Votre Altesse Royale

dos sentiments qu'Elle me porte ; ils sont et seront toujours ceux que je lui ai voués de mon côté, et à la fois le garant des vœux que je ne cesserai de former pour son bonheur, ^^euillez agréer l'assurance de la haute estime et de l'inviolable attachement aveclequel (sic) ie suis, Monseigneur...

Charles.

(Mémoires inédits du comte de Sainte-Aulaire.)

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