‹ Correspondances intimes de l'Empereur Joseph II son ami le comte de Cobenzl et son primier ministre, le Prince de KaunitzChapitre 12 sur 18 · KAUNITZ A SON FILS ERNEST A NAPLES · texte numérisé non relu

KAUNITZ A SON FILS ERNEST A NAPLES

Vienne, ce 21 mai 1768.

Mon cher fils. Je vous dépêche les lettres de S. M. ci-jointes et que vous aurez soin de remettre au plus tôt par un de mes courriers de cabinet, quoique j’en aie ici deux italiens arrivés dans l’espace de trois jours, afin que vous puissiez nous le renvoyer, dès que vous croirez avoir l’intéressant à nous marquer sur le train qu’auront pris les choses là où vous êtes depuis arrivé de la Reine, ce que vous ferez le plus tôt possible, l’Impératrice, comme vous sentez bien, devant être très-empressée d’apprendre tout ce qui peut regarder sa fille en façon quelconque. Sachez cependant pour votre direction que je suis dans le cas de devoir montrer à S. M. les lettres familières que vous m’écrirez à ce sujet, et rendez-les par conséquent ostensibles pour Elle, en ménageant les termes sur certaines matières, sans toutefois altérer et encore moins me cacher la vérité des choses. Sachez aussi pour votre direction que la Reine a ordre, lrao de ne point se mêler des affaires, au moins quant à présent ; 2do de ne se conduire absolument que par les conseils du marquis Tanucci ; 3tio de marquer plus de -bonté et de confiance à Mme Tanucci qu’à toute autre femme.

Sachez aussi, que Mr. de Tanucci est informé que la Reine a ordre de se conduire ainsi que je viens de le dire, et réglez par conséquent d’après ce que je viens

vous confier, tous vos discours et toutes vos démarches vis-à-vis de la Reine et du ministre, pour lequel, comme vous comprendrez aisément, il importe par conséquent d’inspirer à la Reine de la confiance, bien loin de l’éloigner de lui par ce que vous pourriez lui dire, et ayez soin que votre femme règle également, en conséquence, ses propos et ses démarches, et qu’à l’un et à l’autre elle mette toute la prudence imaginable, non-seulement parce que cela convient, mais aussi parce que toute sorte de gens nous écriront tout ce que se passe de là-bas, et que je ne voudrais pas que votre femme ou vous, vous leur donnassiez occasion de mander chose quelconque qui pourrait être blâmable. Dites à Léopoldine que je la prie d’être très-attentive à ne pas donner des prises sur elle par des vivacités d’humeur, attendu que rien ne relève davantage l’esprit et les agréments dans une femme que la douceur et l’égalité, et que rien ne la rend aussi odieuse que le contraire. Vous-même, mon fils, tâchez de voir sans humeur tout ce qui peut avoir rapport au miministre de Tanucci ; je sais bien qu’il peut avoir tort quelques fois, mais je sais aussi qu’un ministre en place a souvent l’air d’avoir tort lorsqu’il a raison, parce qu’il n’est point le maître de pouvoir justifier sa conduite visà-vis du public.

Soyez donc sur vos gardes à son égard ; voyez et mandez-nous toujours tout ce que vous verrez, mais tâchez de voir de sang-froid et sans prévention ; en un mot, tâchez, vous et votre femme, de vous mettre sur le pied de l’intimité et de la confiance avec Mr. et Mme de Tanucci, parce que l’intérêt de la Reine et le plan de

conduite qui lui a été prescrit, l’exigent ainsi. Quant à présent et sur toute chose, conformez-vous aux directions que vous auront laissé sans doute, en partant Mr. le Grand-Duc et Mme la Grande-Duchesse. Mettez-moi aux pieds de la Reine comme quelqu’un qui Lui est aussi attaché personnellement qu’il l’est à toute la famille impériale.

Rendez-moi, mes enfants, la tendre amitié que j’ai pour vous et avec laquelle je ne cesserai jamais d’être . . .

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