‹ Correspondances intimes de l'Empereur Joseph II son ami le comte de Cobenzl et son primier ministre, le Prince de KaunitzChapitre 11 sur 18 · KAUNITZ A SON FILS ERNEST A NAPLES · texte numérisé non relu

KAUNITZ A SON FILS ERNEST A NAPLES

A Son Excellence Mr. le comte de Kaunitz-Rietberg

à Naples.

Vienne, le 8 décembre 1767.

Je vous sais bien bon gré, mon cher Ernest, de m’avoir écrit la lettre familière que contenait le paquet de votre dernière expédition. Elle m’a trouvé dans la peine sur la nouvelle que plusieurs lettres de Naples nous avaient donné ici de la très-sale histoire dont vous m’informez, qui avait été rendue d’une façon qui pourrait vous faire beaucoup de tort vis-à-vis de l’Impératrice, et qui me faisait d’autant plus de peine que ce que l’on me mandait, ne quadrait point du tout avec l’opinion avantageuse que j’ai de votre caractère, et la tranquillité dans laquelle je vivais sur la foi de la parole que vous m’aviez donnée. Votre lettre a tiré mon coeur qui vous aime, de cet état violent, et je vous en remercie, moyennant cela, très-cordialement. Je ne puis qu’applaudir à tout ce que vous avez fait ou n’avez point fait en cette occasion ; et tout ce qui reste à mon amitié à vous conseiller

pour F avenir, c’est: lmo de témoigner dans votre conduite vis-à-vis l’ambassadeur de France, que vous avez oublié parfaitement tout ce qui s’est passé à cet égard ; 2do d’envisager par la suite la héroïne du roman avec toute le mépris que mérite son caractère et ses procédés, et enfin 3tio de faire un ferme propos, de ne jamais plus vous mettre dans le cas des inconvénients plus ou moins inévitables dans de pareilles liaisons. Votre fortune, votre existimation, la paix du ménage, et ma tendre amitié pour vous, que je me flatte que vous ne trouverez pas mauvais que j’y ajoute, tout enfin doit vous y engager, mon cher Ernest, et je compte, moyennant cela, sur l’âme honnête que je vous connais et tout ce que je me crois en droit d’attendre de votre amitié pour moi que nonseulement vous prendrez en bonne part tout ce que me dicte la mienne en cette occurence, mais que vous me saurez même gré de ce que je vous fournis le moyen de m’obliger, en ne faisant qu’aussi bien par raison et par principe de probité, je suis sûr que vous auriez fait de votre propre mouvement.

Embrassez tendrement de ma part votre femme qui, je me flatte, est arrivée heureusement à Naples dans ce moment- ci. Dites-lui que je lui écrirai un de ces jours, et aimez toujours comme il vous aime, etc.

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