BALZAC. XVII
Ces circonstances expliquent la fidélité des descriptions d'intérieur d'étude qu'on remarque dans la Comédie humaine et la profonde connaissance des lois qu'elle révèle. J'ai trouvé chez un avoué de Paris le livre de César Birotteau au milieu des œuvres des légistes; il m'assura que cet ouvrage était excellent à consulter on matière de faillites.
Mon frère était fort occupé à cette époque, car, indépendamment de son cours de droit et des travaux dont le chargeaient ses patrons, il avait encore à se préparer pour ses examens successifs ; mais son activité, sa mémoire, sa facilité étaient telles, qy'il trouvait encore le temps d'achever ses soirées à la table de boston ou de whist de ma grand'mère, où cette douce et aimable femme lui faisait gagner, à force d'imprudences ou de distractions volontaires, l'argent qu'il consacrait à l'acquisition de ses livres. Il aima toujours ces jeux en mémoire d'elle ; il s'y rappelait ses paroles, et un de ses gestes retrouvé lui semblait un bonheur arraché à la tombe !
Mon frère nous accompagnait aussi quelquefois au bal; mais, s'y étant laissé choir malencontreusement, malgré les leçons qu'il recevait d'un maître de danse de l'Opéra, il renonça à la danse, tant le sourire des femmes qui suivit sa chute lui resta sur le cœur; il se promit alors de dominer la société autrement que par des grâces et des talents de salon, et devint seulement spectateur de ces fêtes, dont plus tard il utilisa les souvenirs.
A vingt et un ans, il avait terminé son droit et passé ses examens. Mon père lui confia les projets qu'il avait pour son avenir et qui eussent conduit Honoré à la fortune ; mais la fortune était alors le moindre de ses soucis.
Mon père avait protégé jadis un homme qu'il avait retrouvé, en 18U, notaire à Paris. Celui-ci, reconnaissant, et pour rendre au fils le service qu'il avait reçu du père, offrait de prendre Honoré dans son étude et de la lui laisser après quelques années de stage ;