‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 12 sur 229 · XVI BALZAC · texte numérisé non relu

XVI BALZAC

partage la ville et la traverse, depuis le pont jusqu'à l'avenue de Grammont.

On eût bien étonné les parents et les amis de Balzac si on leur eût dit, en 1817 et même plus tard, qu'il mériterait un jour cet honneur rendu à sa mémoire, si on leur eût annoncé enfin qu'on donnerait son nom à la rue qu'il habitait à Paris lors de sa mort, et qu'un imposant cortège le suivrait à sa dernière demeure. Ils n'auraient pas eu assez d'incrédulité à opposer à de telles prophéties ; car, malgré la vivacité d'un esprit qui commençait à se faire jour, nul ne croyait encore à la haute intelligence d'Honoré ; il est vrai qu'il parlait beaucoup, s'amusait de niaiseries comme les enfants, et avait une bonhomie et parfois des naïvetés qui le faisaient souvent notre dupe. Il eût été facile néanmoins de remarquer l'attrait qu'il avait pour les gens d'esprit et pour les conversations substantielles. Il se plaisait surtout auprès d'une vieille amie de notre grand' mère, mademoiselle de R..., qui avait été Hée intimement avec Beaumarchais, et qui demeurait dans la même maison que nous. Mon frère la faisait causer sur cet homme célèbre, dont, grâce à ces détails, il connut si bien l'existence, qu'il eût pu fournir les matériaux de la belle biographie que M. de Loménie vient de publier sur lui.

Mon père voulut qu'Honoré fît son droit, subît tous ses examens, et passât les trois années de son cours chez l'avoué et le notaire, afin d'y apprendre les détails de la procédure, et la forme et la teneur de tous les actes. L'éducation d'un homme n'était pas complète, selon mon père, s'il ne connaissait pas les législations anciennes et modernes et surtout les lois de son pays.

Honoré entra dans l'étude de M. de Merville , notre ami. M. Scribe venait de la quitter. Après dix-huit mois de séjour chez cet avoué, il fut reçu chez M. Passez, notaire, où il resta le même temps. M. Passez habitait la maison où nous demeurions et était aussi l'un de nos intimes.

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