Gambara lui est dédie
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en sera. Je ne prétends pas vous asservir à une règle aussi dure que la mienhe, et vous n'aurez de travail que par échappées de deux heures.
CXGVI.
A M. EMILE DE GIRARDIN, DIRECTEUR GÉRANT DU JOURNAL LA PRESSE, A PARIS.
Sèvres, novembre 1838.
Monsieur,
Vous ignoriez, je le vois, que les conditions de mon marché ont été plus qu'accomplies par moi. Vous vous étiez engagé à prendre, sans les discuter ni en rien retrancher, trois articles de moi dont les dimensions étaient déterminées, et ces clauses sont écrites de votre main. Moi, j'étais engagé à ne rien donner à d'autres grands journaux quotidiens, pendant un certain délai qui est expiré depuis deux ans.
Mes deux premiers articles ont dépassé, l'un {la Vieille Fille) du triple les dimensions dites, et l'autre {la Femme supérieure) du quintuple. J'ai dix lettres qui me réclament la Maison Nucingen, dernier article dû, qui me pressent d'achever les corrections; et il a été deux mois en épreuves sous vos yeux. Je suis parti en janvier pour un long voyage, ayant donné depuis cinquante jours le bon à tirer. Je suis revenu en juillet dernier, et mes éditeurs m'ont appris que la Presse refusait d'insérer ce qu'elle était tenue d'insérer, sans que j'en eusse été prévenu.
C'était un procès gagné d'avance, par les conditions écrites que j'ai ; mais la situation du gérant de la Presse était telle aux yeux du public, qu'en le faisant, j'aurais paru me joindre à ses ennemis. D'ailleurs, un procès Qd^né coûte tant de soins, que j'ai la plus excessive répugnance à en embarrasser ma vie.
J'ai donc offert, en remplacement, la Torpille, déjà acceptée avant la Maison Nucingen; et, pour éviter toute diflficulté, j'ai communiqué le manuscrit, et, le manuscrit lu, on a composé cette œuvre. Elle a été de nouveau refusée, comme la Maison Nucingen. Ici, la patience aurait échappé à tout le monde. Désireux d'en finir,
3i0 CORRESPONDANCE.
j'ai envoyé, dans la semaine du refus, le manuscrit du Curé de village, dont les dimensions sont les mêmes que celles des deux ouvrages rebutés.
S'il y a de la générosité, elle est trop de mon côté pour que j'en abuse. Il y a longtemps que le Curé de village aurait paru, si Ton avait, à la Presse, mis l'empressement de M. Véron au Constitutionnel : il a envoyé chercher les épreuves chez moi, et s'est occupé d'avoir ce qu'il voulait. J'ai les épreuves du Curé de village depuis un mois environ : elles m'ont été envoyées un mois après la remise du manuscrit. Si la Presse veut les envoyer chercher, elles seront prêtes dimanche 2 décembre.
Il n'a rien paru de moi dans le Figaro.
La Presse est le seul journal qui m'ait envoyé les stupides réclamations des gens qui ne comprennent pas une œuvre, et qui ont traité de bavardages ce que je faisais pour eux.
Je suis fâché, monsieur, que vous ayez vu autrement les choses, mais je n'en suis pas étonné. Ce que madame O'Donnell vous proposait était une manière d'égaliser un marché où, par le fait, je suis lésé ; mais c'est dans cette affaire le second refus, et il n'y a pas d'autre moyen de la terminer que de publier au plus tôt le ■ Curé de village; c'est à quoi je me prêterai de grand cœur. Pour y arriver, il faut que je sache si vous m'enverriez par la poste, affranchies, les épreuves, et si je vous les retournerais de même, ou si vous enverriez à mes ordres un de vos porteurs.
Quels que soient mes sentiments à votre égard, monsieur, vous ne trouverez jamais rien chez moi qui ne soit conforme aux règles les plus strictes de la justice, et je puis certes ajouter de la plus haute délicatesse; car je vous laisserai toujours ignorer combien j'y ai sacrifié à propos de votre refus de la Maison Nucingen; mais, moi plus que tout autre, j'ai égard aux droits de l'amitié, même brisée.
CORUESPONDANCE. :n\
CXGVII.
A M. LE iMARQUIS DE CUSTINES A PARIS.
Sèvres, 10 février 1839.
Cher marquis,
Je suis tout à fait inhabile à juger les êtres ou les choses qui me font plaisir, et j'ai beau vous écrire d'Élhel deux jours après l'avoir lu, je suis trop sensible aux beautés pour m'attacher aux défauts, et cependant il y a peut-être des défauts ; mais c'est, je crois, des vices de composition, de métier; j'aime mieux donc vous savoir écrivain qu'auteur.
J'ai été surtout frappé de cette belle lutte entre deux caractères, dont l'un épure l'autre; c'est d'autant plus beau pour moi que Dèatrix, à laquelle je travaille, est le sujet renversé : c'est la femme coupable (je prends le mot dans le sens vulgaire) épurée par l'amour d'un jeune homme , épurée par la douleur, comme Éthel fait de Gaston. Votre livre doit plaire énormément aux femmes; il est d'un homme qui sent vivement, qui jouit à toute heure de toute sa vie, qui comprend les luttes intestines de la passion. La victoire de l'amour sur les sens était une donnée magnifique, et vous l'avez bien posée; j'aurais mieux aimé pour cette œuvre le vieux système du roman par lettres; mais dans cette époque vous avez dû préférer le récit. Les journalistes ne vous rendront pas justice. Ils abaisseront tant qu'ils pourront les courtines de velours rouge sous lesquelles vous avez mis , comme Titien, votre Vénus, et ils feront leur métier, ces eunuques du feuilleton.
Je n'aurais pas le courage de critiquer un livre où, de deux pages en deux pages, je trouve des choses comme ; Vespèrance est rimagination des malheureux. C'est pour moi ma vie écrite en cinq mots; c'est plus que ma vie, c'en est la métaphysique, c'est ce qui m'a fait vivre et me soutient encore aujourd'hui.
Vous appartenez beaucoup plus à la littérature idée qu'à la litté-