BALZAC. XIX
Qu'eùt-on dit à mon pnro, s'il eiU mis ses amis dans la confidence des offres qui lui avaient été faites?
Un intime, un peu brusque et fort absolu, déclara que, pour lui, Honoré n'était bon qu'à faire un expéditionnaire! Le malheureux avait une belle main, selon l'expression du maître d'écriture qu'on lui avait donné à sa sortie du collège.
— A votre place, ajouta cet ami, je n'hésiterais pas à mettre Honoré dans quelque administration où, avec votre protection, il arriverait promptement à se suffire.
Mon père jugeait alors son fils autrement que cet intime, et, ses théories aidant, il croyait à l'intelligence de ses enfants; il se contenta donc de sourire à cette sortie, tint bon et passa outre.
H est à présumer que ses amis se séparèrent, ce soir-là, en déplorant entre eux l'aveuglement paternel...
Ma mère, moins confiante que son mari, pensa qu'un peu de misère ramènerait promptement Honoré à la soumission. Elle l'installa donc, avant notre départ de Paris, dans une mansarde qu'il choisit près de la bibliothèque de l'Arsenal, la seule qu'il ne connût pas et où il se proposait d'aller travailler; elle meubla strictement sa chambre d'un lit, d'une table et de quelques chaises, et la pension qu'elle lui alloua pour y vivre n'eût certainement pas suffi à ses besoins les plus rigoureux, si notre mère n'eût pas laissé à Paris une vieille femme, attachée depuis vingt ans au service de la famille, qu'elle chargea de veiller sur lui. C'est cette femma qu'il appelle, dans ses lettres, l'Iris messagère.
Passer subitement, de l'intérieur d'une maison où il trouvait l'abondance, à la solitude d'un grenier où tout bien-être lui manquait, certes la transition était dure! Il ne se plaignit pas toutefois dans ce réduit, où il trouvait la liberté et portait de belles espérances que ses premières déceptions littéraires ne purent éteindre.
C'est alors que commence cette correspondance conservée par