‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 16 sur 229 · XX BALZAC · texte numérisé non relu

XX BALZAC

tendresse et qui devint sitôt de chers et de précieux souvenirs. Je demande grâce pour les badinages familiers que contiennent les premiers fragments que je vais citer. Leur caractère intime appelle naturellement l'indulgence. Je n'ose les supprimer, parce qu'ils peignent merveilleusement le caractère primordial de mon frère, et que le développement successif d'une telle intelligence me semble intéressant à suivre.

Dans sa première lettre, après avoir énuméré ses frais d'emménagement (détails qui n'étaient à autres fms que de prouver à notre mère qu'il manquait déjà d'argent), il me confie qu'il a pris un domestique.

— Un domestique!... y penses-tu, mon frère?

— Oui, un domestique. Il a un nom aussi drôle que celui du docteur. Le sien s'appelle Tranquille; le mien s'appelle Moi-même. Mauvaise emplette, vraiment!... Moi-même est paresseux, maladroit, imprévoyant. Son maître a faim, a soif; il n'a quelquefois ni pain ni eau à lui offrir; il ne sait pas même le garantir contre le vent qui souffle à travers sa porte et sa fenêtre, comme Tulou dans sa flûte, mais moins agréablement.

Dans sa seconde lettre, il s'excuse de la première, que notre mère avait trouvée fort négligée.

Dis à maman que je travaille tant, que vous écrire est mon délassement! Alors, sauf vot' respect et le mien, je vais, comme l'âne de Sancho, par les chemins, broutant tout ce que je rencontre. Je ne fais pas de brouillon (fi donc! le cœur ne connaît pas les brouillons). Si je ne ponctue pas, si je ne me relis pas, c'est pour que vous me relisiez et pensiez plus longtemps à moi! Je jette ma plume aux bêtes, si ce n'est pas là une finesse de femme!...

Que de travaux il médite! des romans, des comédies, des opéras-comiques, des tragédies sont sur sa liste d'ouvrages à faire. Il ressemble à l'enfant qui a tant de paroles à dire, qu'il ne sait par où commencer. C'est d'abord Stella et Coqsigrue, deux

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