‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 156 sur 229 · Jésus-Christ en Flandre lui est dédié · texte numérisé non relu

Jésus-Christ en Flandre lui est dédié

lettres à la main, pensif, me faisant un poëme à moi tout seul, me disant : « Elle a donc conservé souvenir d'un cœur dans lequel elle a pleinement retenti, elle et ses paroles, elle et ses poésies de tout genre? » Car nous sommes du même pays, madame, du pays des larmes et de la misère. Nous sommes aussi voisins que peuvent l'être en F'rance la prose et la poésie, mais je me rapproche de vous par le sentiment avec lequel je vous admire, et qui m'a fait rester une heure de dix minutes devant votre portrait au Salon.

Allons, adieu. Ma lettre ne vous dira pas toutes mes pensées; mais trouvez-y intuitivement toute Tamitié dont je la charge, et tous les trésors dont je voudrais pouvoir disposer. Ah ! si Dieu me prêtait sa puissance, tous ceux que j'aime auraient, selon leur goût, une grande, une petite, une moyenne Grenadière et toutes les joies du paradis par avance, car à quoi bon les faire attendre?

Adieu donc; baisez Ondine au front pour moi, et gardez, je vous prie, comme quelque chose de vrai, mon sincère attachement et ma vive et sympathique admiration.

CGXXIX.

A MADAME LAURE SURVILLE, A PARIS

Les Jardies, 23 septembre 1840.

Je ne peux aller te voir, chère sœur : la fatigue me cloue ici; j'arrête mon travail de nuit, je me couche tôt et dors. Je ne vais nulle part, je suis brouillé avec M. de Girardin; j'ai déjà rompu avec ce coin du monde.

Ma troisième livraison de la Revue parisienne paraîtra dans deux jours.

Ne te tourmente pas, j'arrangerai le payement dont tu me parles. Pourquoi ma mère est-elle triste? J'ai encore à souffrir, il est vrai; mais, dans le combat, il faut marcher sans s'attendrir.

A bientôt, quoique cela; tu sais si le faubourg Poissonnière m'attire. Venez à Ville-d'Avray, d'ailleurs, si vous vous ennuyez trop après le frère.

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A M. LOUIS DESNOYERS, A PARIS

Sèvres, vendredi soir, 1840.

Mon cher Desnoyers,

On m'a jeté, sans aucun égard à ma qualité de membre de la Société des gens de lettres, dans une ignoble prison à Sèvres, pour ne pas avoir été, dans les vignes, voir si des échappés de Paris ne mangeaient pas les raisins. Grave crime envers la garde nationale rurale instituée pour préserver les vendanges! Et j'en ai pour soixante-douze heures.

11 m'est impossible de me rendre à l'assemblée *, et je vous explique le cas, afin qu'on n'y voie pas autre chose que la difficulté de sortir. C'est absolument aussi rigoureux, et plus, que si j'avais volé quelques millions à des actionnaires.

Mille compliments.

A M. CHARLES DE BERNARD, A PARIS

Aux Jardies, 18 iO.

Mon cher de Bernard,

Des Italiens, des Polonais, des gens de province, enfin tout le monde a trouvé ce que l'homme le plus spirituel a vainement cherché. Si vous êtes venu à Ville-d'Avray, vous avez passé devant ma chaumière ; elle est sur la route, elle se voit de partout. Je ne suis pas au milieu des bois; je suis sur la commune de Sèvres, et non sur Ville-d'Avray. Malheureusement pour moi, les deux mille voyageurs du chemin de fer journalier me verront en allant et revenant de Paris à Versailles. Enfin, je suis dans le parc de Saint-Cloud, comme la lanterne de Démosthènes, que tout le monde dit de Diogbne. Je suis convaincu maintenant, si j'en avais douté, que vous êtes un homme de talent; car il n'y a que les rêveurs occupés de littérature qui ne trouvent pas les vulgarités situées au bord des routes.

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