La séance du comité de la Société des gens de lettres
Je n'avais pas compté sur moi pour vous attirer, mais sur les charmes d'un admirable pays, et je suis sûr que, tôt ou tard, vous et votre compagne, vous* voudrez faire connaissance avec les bois de Saint-Cucufa et autres. Quant à moi, je ne viens à Paris que pour peu d'instants, pour d'ennuyeuses affaires, en sorte que j'ai peu de chances pour vous rencontrer, quoique je compte, à la première occasion, vous donner quelques-uns de ces instants qui feront alors, si je vous trouve, contraste avec les ennuis que j'y subis.
Mille compliments.
A MADAME ZULMA CARRAUD, A FRAPESLE
Les Jardies, 1840.
Vous me croyez heureux ! mon Dieu, le chagrin est venu, chagrin intime, profond et qu'on ne peut dire.
Quant à la chose matérielle : seize volumes écrits, vingt actes faits, cette année, n'ont pas suffi! Cent cinquante mille francs gagnés ne m'ont pas donné la tranquillité!
J'ai rendu quinze cents francs sur deux mille à Auguste; mais, par la manière dont je les rends, les cinq cents francs ne doivent être comptés pour rien, car il lui faut des intérêts. Je me regarde comme lui devant encore mille francs ; mais tout ce que je pourrai faire sera de les lui donner cet hiver, aussitôt que j'aurai eu un succès au théâtre.
Ne croyez pas que les Jardies me fassent oublier Frapesle. J'irai plus d'une fois causer sous votre toit avec vous que j'aime tant, et comme esprit et comme caractère. En ce moment, je suis épuisé physiquement et moralement; mais les affaires d'argent sont si cruellement pressantes, que je ne puis vous aller voir.
Un travail me repose d'un autre travail, voilà tout. 11 me faut encore six mois d'une activité pareille à celle qui m'a empêché de vous aller voir, quoiqu'à une demi -heure de chemin l'un de l'autre, cet hiver, pour m'en tirer; mais c'est creuser ma tombe.
Les Jardies devaient être le bonheur de bien des manières, ils sont une ruine. Je ne veux plus avoir de cœur. Aussi pensé -je très-sérieusement au mariage. Si vous vous rencontrez vous-même,
jeune fille de vingt-deux ans, riche de deux cent mille francs ou même de cent mille, pourvu que la dot puisse s'appliquer à mes affaires, vous songerez à moi. Je veux une femme qui puisse être ce que les événements de ma vie voudront qu'elle soit : femme d'ambassadeur ou femme de ménage aux Jardies ; mais ne parlez pas de cela, c'est un secret. Ce doit être une fille ambitieuse et spirituelle.
Adieu : les mondes ne sont rien pour les amitiés vraies, et moi, je ne vous tends pas la main, je serre la vôtre. Mille choses d'amitié au commandant.
Je ne vous ai pas envoyé mes livres, parce que je ferai, d'ici à deux ans, une belle édition complète. Tout à vous.
•CGXXXIII.
A MADAME LAURE SURVILLE, A VIARMES
Aux Jardies, novembre 1840.
Ma chère Laure,
Tu imagines bien que j'ai peu de temps pour écrire, quand je sais obligé de faire de l'argent au moins pour trois mois à l'avance, et que mon déménagement me condamne à autant de démarches que de frais. La chambre de ma mère sera prête dans une dizaine de jours, et tout sera fini d'ici au 5 décembre. J'ai rencontré hier ta belle-sœur, qui m'a dit que Surville se plaignait de ne pas me voir. Je lui ai dit que je ne concevais pas que lui, mathématicien, n'étendît pas les pages d'in-octavo sur les jours pour en additionner la somme. Je n'ai pas d'argent à dépenser en frais de voitures, il faut des courses énormes pour les moindres difficultés; enfin, je prends toujours sur mon sommeil, j'ai plus de trois cents colonnes de journal à écrire :
Les Lecamus 120 colonnes.
Une Ténébreuse Affaire (dans le Journal du
Commerce) . 120 —
Un article à la Mode 64 —
Un article à la Sylphide U —
Les Deux Frères, à la Presse GO —
Total 378 colonnes.
Et tout cela doit paraître d'ici à un mois!
En outre, j'ai sur les bras Souverain, pour le C Sœur Marie-des-Anges, quatre volumes in-octavo ( d'épreuves.
Or, mes chers enfants, ce petit bulletin vous fei m'abandonner à moi-même et ne pas souffler mot supporte un pareil fardeau. Dis à ton mari que ( faisait sept ponts à la fois. Les quatre volumes ne un liard, ni les Lecamus, ni la Presse, Il faut c Surville l'argent qu'il a payé pour moi; et j'a éteindre une autre créance. L'univers sera effrayé avant que mes proches ni mes amis s'en doutent.
Comme personne ne peut me venir voir, que je n chez personne, il faut me résigner et souffrir. Re( mère d'envoyer son lit de plume, sa pendule, ses \ paires de draps, son linge à elle chez toi : je fera 3 ou ]e k décembre. Si elle le veut, elle sera trèsdis-lui bien qu'il faut se prêter au bonheur et ne cher. Elle aura auprès d'elle une personne de confi, vante; elle sera soignée comme elle le voudra, aussi élégante que je sais les faire : elle a le tap j'avais rue Cassini dans ma chambre. Obtiens d'elh la moindre résistance à ce que je veux lui den toilette; je ne veux pas qu'elle soit autrement qu't elle me causerait de grandes souffrances. Elle n Suisse ni les Alpes; si je vais étudier sur les lieu LA Vie militaire (et il est probable que j'irai voir les je compte l'emmener avec moi, à moins que cela r ou que l'argent ne manque; et, en voyage, à l'étrai impossible de ne pas vouloir lui faire rendre toi
CORKESPONDANCH.
Je vous embrasse toutes, mes chères nièces, ma sœur, et fais bien mes amitiés au Surville. A propos, j'attaq son École polytechnique, et j'irai lui communiquer l'éprt qu'à toi, car c'est capital. Ainsi, je vous verrai queh comme le 2 décembre, quand vous serez réinstallés.
Mille tendresses.
A M. CHARLES DE BERNARD, A PARIS
J'ai vu de mes yeux la sainte copie. Allez, mon enfa courage! Clémentine * m'a débauché : je suis venu, j'ai elle, mais sans vous. Pends-toi, brave Bernard ! car n attendu jusqu'à sept heures.
Mille amitiés, à bientôt! A ma honte, je dors, et c'est '. des Petites Misères de la Vie conjugale que j'ai à écrire c