‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 18 sur 229 · XXII BALZAC · texte numérisé non relu

XXII BALZAC

telle affection entre eux, qu'Honoré appelait plus tard l'Isle-Adam son paradis inspirateur.

Après bien des hésitations, c'est la tragédie de Cromwell qu'il choisit pour son œuvre de début (tragédie classique, comme on le verra ci-après).

J'ai choisi le sujet de Cromwell, parce qu'il est le plus beau de l'histoire moderne. Depuis que j'ai soulevé et pesé ce sujet, je m'y suis jeté à corps perdu. Les idées m'accablent, mais je suis sans cesse arrêté par mon peu de génie pour la versification. Je me mangerai plus d'une fois les ongles, avant d'avoir achevé mon premier monument. Si tu connaissais les difficultés de pareilles œuvres! LE GRAND RACINE a passé deux ans à polir Phèdre^ le désespoir des poètes. Deux ans!... deux ans!... y penses-tu?... deux ans!...

Ses espérances étaient parfois mêlées d'inquiétude. Voici ce que je lis dans une des lettres où il les exprime :

Ah ! sœur, que j'ai de tourments ! Je ferai une pétition au pape pour la première niche de martyr vacante! Je viens de découvrir à mon régicide un défaut de conformation et il fourmille de mauvais vers! Je suis aujourd'hui un vrai Paler dolorosa...

Il m'envoie le plan de sa tragédie, mais en grande confidence, car il veut en réserver la surprise à la famille. Aussi écrit-il en tête de sa lettre : Pour toi seule.

Ce n'est- pas un médiocre cadeau ni une petite preuve d'amitié que je te donne là, que de te faire assister ainsi à l'enfantement du génie! (Moquetoi!)

Comme ce n'est encore qu'un projet, j'ai laissé une marge, te permettant d'y inscrire tes sublimes observations.

Malgré cette liberté grande qiie je vous donne, mademoiselle, lisez avec respect le plan de Sophocle jeune.

Dire qu'on lit en une heure ce qui a demandé quelquefois des années à écrire!...

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