XXIV
D'abord, n'ayez aucune inquiétude sur ma santé, car je suis tout à fait hors d'affaire; mais, quoique la maladie ait été coupée, pour ainsi dire, il reste toujours à supprimer la cause même du mal, c'est-à-dire à remettre le cœur et le poumon dans un état parfait, et comme si rien ne les avait altérés; or, cette œuvre est plus difficile que la première, elle veut plus de temps, et elle exige encore au moins un grand mois. Maintenant, je puis marcher, faire ma toilette, monter un escalier; mais, si je voulais faire des mouvements de bas en haut ou de haut en bas, accélérer la marche ou monter un peu rapidement, soulever des meubles lourds, l'essoufflement reparaîtrait; et je neveux partir que complètement rétabli, c'est-à-dire quand la cause de la maladie sera détruite; car, en voyage, on n'est pas maître de ses mouvements, et je pourrais retom])er dans l'affreuse situation où j'étais. Le docteur m'a imposé un régime : je prends une mixture quatre fois dans la journée les jours pairs, et deux fois une poudre les jours impairs. Comment abandonnerais-je ce traitement à la veille peut-être d'obtenir un résultat?
Je crois que mes amis peuvent avoir affaire à Moscou, et alors je leviendrais par Moscou et Riga, ne fût-ce que pour éviter de revenir par la Gallicie, qui est trop près du théâtre de la guerre, et occupée par les troupes russes. Ce détour exigera bien vingt jours déroute; en sorte que si je suis dans les dix premiers jours d'octobre sur les bords de la Baltique, c'est tout le bout du monde; donc, je ne serai que vers le 20 à Berlin, et vers la fin du mois à Paris.
Ainsi te voilà tranquillisée et sur ma santé et sur l'époque de mon retour.
Les affaires sont ici, sous le rapport financier, dans une situation très-périlleuse. Beaucoup de denrées, point d'argent. Enfin, pour des raisons qui ne sont pas de nature à être données dans cette lettre, je dois regarder le projet qui m'amenait comme indéfiniment retardé.
Il va donc falloir venir reprendre le collier de misère et travailler plus courageusement que jamais, en se confiant à Dieu pour le reste.
Tu comprends que, dès lors, il est inutile de s'occuper d'une femme de chambre. Je regrette beaucoup de ne pas avoir l'Antoine
de ma sœur ; mais, dans la situation actuelle, j'aurai assez de Marguerite et do François.
A compter du 15 octobre, tu peux mettre la maison sous les armes. J'espère être du 20 au 25 octobre à Paris, ayant vu Moscou; c'est la seule occasion de ma vie que j'aurai de voir cette merveille; aussi ne regretté-je pas le mois de retard qu'éprouvera mon retour.
Fais observer à M. Froment-Meurice que ma coupe de cornaline ne m'est pas rendue; qu'çn un an, je n'ai pas eu de dessin, qu'elle n'est sans doute pas montée, et qu'o;i me la demande toujours ici, en me parlant avec ironie de son activité prodigieuse!
Tu diras à Laurent-Jan qu'il faut attendre mon retour pour ce que demande M. Louis Perrée, car mes traités sont sous clef, et je sais seulement que les œuvres vendues au Constituiionnel ne peuvent pas être reproduites par le Siècle; d'ailleurs, rien ne peut être fait dans ce genre-là avant l'expiration de mon traité pour la Comédie humaine, et il n'expire qu'en octobre prochain ; ainsi, il faut de toute manière que Perrée attende le 1" novembre, et je serai au plus tard le 20 octobre à Paris, où je reprendrai mon métier de théâtre et de roman avec la plus grande activité, puisque je serai radicalement guéri et rajeuni pour le corps comme pour le cerveau.
Adieu, ma bonne mère; je recevrai encore une lettre de toi; et toi ou Laure en recevrez encore une, soit d'ici, soit de Moscou ou de Riga, qui vous annoncera le jour exact de mon arrivée.
Ah! j'oubliais! Dis à M. Santi de négocier absolument le petit terrain en fichu qui est entre moi et la maison de concierge de Gudin. On est tout à fait décidé à ce sujet, dans l'intérêt bien entendu de la maison, qui acquerra alors une valeur certaine. Qu'il ne néglige rien pour que, aussitôt mon retour, je puisse terminer cette affaire, si elle est faisable. 11 sait bien ce qu'on peut offrir.
Adieu, chère mère; je t'ai écrit par une migraine folle; car ce climat donne d'affreuses migraines, dues aux intermittences de la température. Mille tendresses ; songe que je vais te relever de garde, le décharger du fardeau que tu as porté pour moi pendant cette année, Dieu sait avec quel dévouement! J'espère que tout ira bien pour toi, et, à mon arrivée, nous verrons quelle sera la meilleure
position à te faire, la plus agréable, car je veux que tes vieux jours soient sereins et tranquilles. Je t'embrasse. Mille amitiés à Laure, à Surville et aux petites.
CGCLXV.
A LA MÊME
Vierzschovnia, 1 4 septembre 184 9.
Ma chère mère.
J'ai encore pour un mois de traitement. On m'a ausculté trois ou quatre jours avant l'arrivée de ta dernière lettre, et on a trouvé encore quelques points du poumon gauche entrepris. J'ai toujours la respiration crépitante et les bronches ne sont pas nettoyées; aussi as-tu été bien mal inspirée en m'annonçant des chagrins d'une manière si vague, et avec des expressions si inquiétantes, car c'est me causer des crises qui, selon les remèdes, peuvent être mortelles. L'effet n'a pas été si violent sur moi que sur madame Hanska, qui m'a lu ta lettre, car, le soir, je ne puis plus lire, tant mes yeux sont devenus faibles par suite de cette affreuse maladie et du mode de traitement. Une simple contrariété me met dans des états nerveux épouvantables. Si tu veux relire mes lettres, tu verras quelles recommandations je t'ai faites à ce sujet. Pourquoi, d'ailleurs, me parler de chagrins réels sans les préciser ? n'est-ce pas alors vous donner tous les chagrins à la fois? Pour moi, je ne t'en veux pas, car je n'ai pas trop souffert; mais, d'ici à ce que je reçoive ta réponse, madame Hanska ne vivra pas, tant elle prend vivement tout ce qui me concerne ; elle a fait une maladie de la grande crise où j'ai failli mourir.
11 y a trois mois, au fort du choléra, en lisant le Droit, qui donnait la liste des morts, nous avons vu le nom de madame de V...; mais, comme il y a beaucoup de personnes de ce nom, nous nous sommes dit que ce pouvait bien ne pas être elle, qui, d'ailleurs, demeure à Versailles. Si cela était, dis-le-moi, mais simplement et sans commentaires.
Voilà un an que je ne gagne plus rien. Si j'avais été à Paris et
que j'eusse travaillé, je serais mort, car le docteur de Vierzschovnia me défend le travail encore pour longtemps.
Mes amis ont subi, en moins de six semaines, quatre incendies qui ont brûlé sous mes yeux un beau moulin frappé par la foudre, la récolte d'une terre, des maisons, etc. Les grandes fortunes, ma chère mère, ont des revers et des charges qui les rendent égales aux petites fortunes, surtout dans ce pays-ci.
Pour revenir à ta lettre, aurait-on brisé des objets précieux chez moi, perdu des tableaux? Tu me l'aurais dit. Est-ce que Surville aurait éprouvé quelque nouvelle déception? Serais-je menacé d'un procès? je ne me vois de difficultés possibles avec personne. Nous nous perdons en conjectures! Et tu vois le danger d'écrire des paroles vagues à sept cent cinquante lieues et à quarante jours de distance. Pourquoi me donner tous les soucis possibles, et surtout quand je t'ai averti que, par certaines phases de mon traitement, un chagrin pouvait compromettre le succès de cet excellent docteur et même me mettre sur le flanc pour plusieurs années?
Ainsi, chère mère, dans les trois jours de la réception de cette lettre, fais-moi la réponse ; dis-moi quelle supposition est la vérité.
Je suis bien content de ce que tu m'annonces au sujet de la maison, car je désire qu'elle soit sous les armes et finie, que tout soit complet, dans l'attente d'un événement heureux, qui cependant, à l'heure où j'écris, est tout à fait ajourné. Je n'ai plus d'espoir qu'en la Providence, et elle a été toujours grande pour moi, puisque je vis.
Maintenant, m.a chère mère, tu ne m'as rien dit de la négociation dont est chargé M. Santi pour le petit terrain en face de ma maison. On ne s'arrêtera pas pour le prix de ce petit bout de terre, qui double le prix de l'immeuble. Ainsi, pousse M. Santi.
Adieu. J'écrirai à Laure par le prochain courrier, car j'attends le violon du docteur, afin de joindre à sa lettre un mot pour M. Sauvageot; or, nous n'aurons le violon que dans quatre jours, et il est parti en mai!...
Mille tendresses, ma chère maman. Soigne ta précieuse santé; mille tendresses à Laure, à ses filles, et mes amitiés à Surville.
CGCLXVI.
A MADAME LACRE SURVILLE, A PARIS
Vierzschovnia, 20 octobre 184 9.
Ma chère sœur,
Si tu es étonnée de recevoir si tardivement cette lettre, tu seras affligée en apprenant le motif du retard ; seulement, si tu aimes ta mère et ton frère, ne dis pas un mot de cela à ma mère, pour qui ce serait un coup terrible.
Il s'est déclaré chez moi ce que le médecin appelle une fièvre céphalalgique intermittente ; c'est affreux I II croyait, à chaque accès, que cette fièvre deviendrait cérébrale. J'ai eu le dernier accès il y a trois jours; elle a donc duré trente-quatre jours. Je suis maigre comme en 1819 ; pourtant il y a encore un peu de ventre, car le mien était si gros que c'est le dernier refuge de l'embonpoint attaqué par la maladie. Enfin, la fièvre a cédé à six doses de quinine, mêlé à je ne sais quoi, par jour. Les fièvres de ces pays-ci sont célèbres ; quand on attrape la fièvre moldave, on en garde les traces toute sa vie : témoin Labois, qui, l'ayant prise à Odessa, est devenu l'ombre de lui-même. Naturellement le voyage de Moscou est abandonné. Je t'écris le premier jour de ma convalescence.
Ma fièvre a été d'abord quotidienne, puis heureusement elle est devenue tierce, puis quarte, et elle est tombée avant-hier. Je compte sur toi non-seulement pour cacher cette maladie à ma mère, mais encore pour la rassurer sur le retard que cette chienne de fièvre apporte à mon retour. La maladie est bien passée, c'est fini ; mais elle a produit un mal- autrement grand: c'est l'interruption totale du traitement de l'affection chroni([ue. Les poumons et le cœur ont regagné en mal le terrain que le traitement leur avait fait perdre, et il faudrait au moins deux mois, novembre et décembre, pour me mettre en état de voyager sans danger. Il paraît qu'il faut que j'absorbe cent soixante doses d'un médicament en pilules qui alterne, de deux jours l'un, avec des poudres que je prends dans du pain à chanter. A dix pilules par jour, cela fait
trente-deux jours de traitement ; mais il y a des intervalles de repos qui doublent les trente-deux jours. Enfin, on ne peut plus voyager, quand novembre arrive, que si le traînage est possible, c'est-à-dire si la neige atteint à un degré d'épaisseur qui permette d'aller dans des traîneaux ; et le traînage n'est sûr qu'en janvier, car tu comprends ce que deviennent les équipages par un dégel ! Or, il faut que l'hiver soit bien établi, bien affermi, pour qu'on ose se risquer, et que le tapis de six pieds d'épaisseur soit étendu de Berditchef à Cracovie, sur un espace de deux cent cinquante lieues. Voilà pourquoi, au lieu d'être à Paris en novembre, comme je l'espérais, je n'y puis être qu'à la fin de janvier. Aussi, dès que ma maladie m'a pris, il a fallu obtenir une prolongation de séjour de six mois, attendu que je n'avais de permis de séjour que pour un an, et que l'année expirait. Si jamais je m'absente, je reviendrai à mon ancien système : ne pas écrire.
Le traitement de la maladie de cœur et des poumons me met dans un état exceptionnel: les nerfs sont d'une faiblesse, d'une susceptibilité incroyables. Vous aurez cru sans doute à quelque exagération de ma part ; mais vous devez bien vous figurer que j'ai, au contraire, tout atténué pour ne pas vous inquiéter. Le docteur Knothe promet toujours de me guérir, et ce qu'il a déjà fait prouve qu'il a une conviction. Bien sûr, en France, j'aurais succombé, comme Frédéric Soulié, à une maladie exactement semblable. J'ai eu trois vomissements de sang écumeux, extravasé dans les poumons, avant de me livrera PEscuUipe de Vierzschovnia, qui, par délicatesse, n'osait m'entreprendre. Encore trois mois, l'hydropisie de poitrine était incurable.
Donc, dis à ma mère que si je ne reviens pas, c'est que sans doute j'ai des espérances de finir heureusement mon voyage, et tu n'auras pas tout à fait tort; qu'il vaut mieux pour moi rester un ou deux mois de .plus que de revenir pour repartir encore; ajoute que les choses vont peut-être mieux que je ne le dis; enfin, arrange cela de manière qu'elle n'ait aucun soupçon de la vérité. Puis mets dans ta tête, dans celle de ma mère et dans celle de Sophie (qui laisse deux pages blanches dans sa lettre !) que quand on esta sept cent cinquante lieues, ou il né faut pas écrire, ou il ne faut pas envoyer de papier blanc: 1*^ à cause de l'énorme prix
du papier blanc ; 2" à cause de l'énorme bénéfice que le papier écrit offre au cœur et à la bourse. Quand la posté était chère, les Anglais, qui, avant tout, pensent au bénéfice, écrivaient deux fois sur la môme feuille, en long et en large.
Ici, si l'on n'écrit pas deux fois, je suis sûr qu'on lit deux fois; ce n'est pas la même chose, mais cela peut expliquer la cherté des lettres. Sophie m'a tracé un catéchisme de mes devoirs envers toi, comme l'an dernier ma mère me traçait un catéchisme de mes devoirs envers mes nièces; c'est un petit choléra particulier à notre famille, où Ton instruit les oncles à domicile et à l'étranger. Je plaisante, mais ces petites choses-là sont remarquées, et je ne l'aurais pas voulu. Puis je suis furieux contre les pages blanches. Vous me répondrez que ce sont les seules irréprochables, à ce qu'il paraît. Je pardonne à Sophie à cause du motif, qui est toi, et de tout ce qu'elle a fait avec Valentine pour ta fête. Ah! si mes vœux se réalisaient, comme j'aimerais à montrer mes chères nièces, si peu sujettes du diable! J'ai tant chanté leurs louanges ici, que la comtesse Anna ne rêve que de faire de la musique avec sa rivale Sophie quand elle sera à Paris, et à la faire jouir des Italiens et de l'Opéra. Si je dis que Sophie est une grande musicienne, j'ajoute que Valentine est homme de lettres, et la voilà fatiguée pour avoir écrit trois pages !
Je continuerai demain; on n'envoie que dans deux jours à Berdilchef. i\os jours de poste sont le mardi et le samedi.
Ce 21.
Je viens d'écrire une longue lettre à madame Delannoy, avec laquelle mes affaires sont terminées; mais cette conclusion me laisse encore envers elle des obligations de conscience que mon premier ouvrage acquittera, car il est impossible d'avoir été plus mère, plus touchante, plus adorable qu'elle ne l'a été dans tout cela. Elle a été mère, je serai fils. Maintenant, il n'y a plus que mes affaires avec Dablin à terminer aussi.
Veux-tu savoir ce que sont les intendants en Russie ? Pendant vingt-cinq ans, la comtesse n'a eu que des comptes balancés d'une terre qui, mise en fermes, rapporte aujourd'hui vingt-huit mille francs de fermage. Les bras manquent dans ce pays-ci, une
Bcauco où l'on ne fume jamais; aussi qu'arrive-t-il? Cette année, il y avait un froment superbe, il est venu une herbe plus forte que le blé qui a étouffé le froment et a poussé à sa place. J'ai vu l'herbe, elle était plus haute que moi avec des gerbes d'or où il n'y avait rien; elle a pris six dixièmes de la récolte. Cette plante a fait l'effet des sauterelles.
J'ai eu pour ma maladie une robe de chambre qui destitue à jamais les robes blanches des chartreux ; c'est une robe de chambre en termolama. Or, il faut te dire que cette étoffe persane ou circassienne était pour moi à l'état de rêve, et, depuis 1834, où il me fut donné d'en admirer des spécimens à Genève, je me figurais que les reines seules pouvaient porter cela. C'est une étoffe toute en soie, qui offre dans son tissu tous les miracles du travail des cachemires de l'Inde, c'est le châle exécuté en soie, mais alors beaucoup plus brillant. Cela dure des années. On est vêtu de soleil. C'est chaud et léger. Mon termolama est à fond non* semé de pal mettes pressées et entourées de fleurs d'une délicatesse admirable, à reflets d'or. C'est fait à la main, et cela ressemble au brocart de Venise; car le brocart, c'est cela exécuté en soie, or et argent. Ma maladie m'a rendu enfant : j'ai eu l'une de ces joies qu'on n'a qu'à dix-huit ans, quand à dix-huit ans on n'en a que douze. J'ai marché dans la gloire de mes palmes comme un sultan, et je t'écris dans ledit, termolama. Les juifs caraïtes n'apportent cela que fabriqué en robe de chambre; car aucune industrie européenne ne tiendrait devant ce produit; en sorte qu'on ne peut avoir qu'une robe de chambre avec soi. J'ai gémi de ne pouvoir armer Valentine ou Sophie d'un termolama. Les femmes, en Pologne, ne s'en servent qu'en robe de chambre ou pour pelisse. Chacune de ces dames ici a son termolama. Je crois que cela se fabriquait du temps d'Abraham.
Le domestique qui me sert s'est marié, et lui et sa femme sont venus saluer leurs maîtres. La femme et l'homme s'étalent exactement à plat ventre, frappent trois fois la terre du front et vous baisent les pieds. On ne sait se prosterner qu'en Orient. C'est là seulement que le mot pouvoir a un sens. Il faut régner comme l'empereur de Russie ou ne pas s'en mêler. Un homme de Viezniovicz est venu avec des effets qu'il apportait ici, et il a souhaité à
ses maîtres un règne heureux. Il faut dire aussi q buth, dont les biens ont été partagés entre les : Mniszech, avait (sous Louis XIV) toute l'Ukraine Podolie, toute la Volhynie, et des biens en Gallicie la France actuelle, et voilà ses descendants par les tout cela, n'ont que quelques villages!... Comme le bent! La comtesse Anna et son mari ont rapporté le réveil de Marina Mniszech, la tsarine, qui avait seau, dont te détail existe dans leurs archives, un bc orientales et six chemises. Leur oncle était le dernier à qui madame Geoffrin est venue vendre ses tablée porté pour madame Hanska le plus beau Greuze q par Greuze pour madame Geoffrin; deuxWatteau, fc pour madame Geoffrin; ces trois tableaux valent qu francs. Il y a avec cela deux Leslie admirables, Ji 'première femme; un Van Dyck, un Granach, u] Rigaud, sublimes; trois Canaletti achetés par le roi trois Rothari, plus beaux que le Greuze; enfin, vin premier ordre. La comtesse possède déjà un Van Van Dyck par son trisaïeul, un Rembrandt, etc. Qu La comtesse Georges veut que les trois Canaletti s galerie, les deux Watteau, le Greuze et les deux plu sont pour le salon de marqueterie, auquel alors il n que deux vases plats en malachite et deux buires poi Ah! il y a deux Van Kuysum qui, couverts de diama pas payés. Quels trésors dans ces grandes maisons p effrayant comme les trésors y coudoient la barbarie
Allons, adieu; je bavarde comme un convales encore me répondre, mais il n'y a de temps que poi
Envoie l'incluse à M. Sauvageot en la jetant à la ]
GCCLXVII.
A M. III P PO L Y TE SOUVERAIN, A PARIS
Berditchef, 1 ii
Mon cher Souverain,
Je suis atteint de la même maladie que Soulié, mai ici un excellent médecin. Si Soulié avait eu ce méde serait pas mort.
Tout à vous.
CGGLXVIII.
A MADAME ZULMA CARRAUD, A FRAPESLE
Berditchef, noveinbr
Ma bien chère et bonne madame Zulma,
Mes nièces et ma sœur m'ont, à deux reprises, do iristes nouvelles de vous, et si je ne vous ai pas écrit, ne le pouvais pas. J'ai été bien près de la mort du pa car j'ai vu éclater ici une terrible maladie de cœur, p mes quinze ans de travaux forcés, et voilà huit mois entre les mains d'un docteur qui, en pleine Ukraine, se un grand médecin attaché au palais et aux terres de lesquels je sui-s. Le traitement a été interrompu par un( ribles fièvres dites moldaves qui, des marais du Danu à Odessa et ravagent les steppes. Cela s'appelle une ii céphalalgiquc, et elle m'a duré deux mois. II n'y a qu que j'ai repris le traitement de la maladie chronique d
de penser à vous, de vous aimer, de parler de vous même ici, où l'on connaît Borget depuis 1833!... Comuie la vie est autre vue du haut de cinquante ans! et que souvent nous sommes loin de nos espérances! Vous souvenez-vous de Frapesie, quand j'y endormais madame Desgrès! j'ai endormi, je crois, bien du monde depuis ! mais que de choses, que d'illusions jetées en même temps pardessus le bord! etcroiriez-vous que, sauf l'affection qui va croissant, je ne sois pas plus avancé là où je suis? Quelle rapidité pour Téclosion du mal et quels obstacles pour les choses du bonheur! Non ! c'est à donner le dégoût de la vie. Voilà trois ans que j'arrange un nid qui a coûté ici une fortune (hélas!), et il y manque les oiseaux. Quand viendront-ils? Les années courent, nous vieillissons et tout se flétrira, même les étoffes et les meubles du nid. Vous voyez, chère, que tout n'est pas rose, pas même pour ceux qui, en apparence, ont la fortune. Cela devrait nous consoler et cela ne console personne, ni ceux et celles qui, dans l'opulence, rêvent la liberté dont jouissent les malheureux qui, dans la liberté, veulent la fortune.
Le château où je suis est comme un îlot dans un océan; l'océan est le blé et des steppes d'une étendue asiatique ; mais, dans ce château, l'on parle quelquefois de vous, d'autant plus que le temps nous a manqué pour vous voir à Bourges. Nous sommes arrivés à neuf heures du soir et repartis à deux heures après midi, ayant vu la cathédrale, Jacques-Cœur et les Filles-Bleues. D'ailleurs, obtenez de femmes mises en costume de voyage d'aller en voir une autre inconnue sans les splendeurs de la toilette I... L'une des deux étrangères est maintenant mariée ; elle est la petite souveraine de quinze mille âmes, et elle est heureuse; au moins faut-il qu'il y ait des heureux pour qu'on sache ce qu'est le bonheur ici-bas.
Je sais qu'Ivan est bien placé, que X... est la dispensatrice des plaisirs d'Yorik; mais je voudrais avoir une lettre de vous pour en savoir plus que l'on ne m'en dit avec les généralités des lettres où les amis, quoi qu'on fasse, ont une phrase dans une page. Si vous ne voulez pas négliger un vieil ami d'enfance qui vous aime bien et qui vous est bien sincèrement attaché, vous pouvez m' écrire à l'adresse suivante : « M. de Balzac, àBerditchef, empire russe, par Berlin et Brody »; mais, si vous ne m'écrivez pas dans la huitaine qui suivra la réception de ma lettre, je ne recevrai peut-être pas
COiaiESPONDANCE. 637
la vôtre, car on me met en état de revenir, et il faut que je sois à Paris pour les premiers jours de février.
Allons, adieu ; le cosaque part pour aller porter les lettres à Berditchef, et je n'ai plus que le temps de vous embrasser de huit cents lieues de distance. Mille amitiés au commandant et à Borget. Resterez-vous à Bourges ou à Frapesle? Dites-moi bien vos projets. Viendrez-vous cet hiver à Paris? Allons, mille bien bonnes choses de votre tout dévoué.
Qu'est devenu Périollas? Où est-il? Est-il à Tournon? En avezvous des nouvelles?
CCGLXIX.
A MADAME LAURE SURVILLE, A PARIS
Vierzschovnia, 2 9 novembre 1849.
Ma chère sœur,
Ta dernière lettre, reçue il y a deux jours, m'a fait grand plaisir ; car enfin j'aperçois un terme à tes.angoisses que j'entrevoyais et que nous partagions tous ici. Avec quelle impatience nous attendons ta lettre du 20 décembre prochain pour savoir si l'affaire sera définitivement assurée !
Que je voudrais voir votre maison rebâtie pour en faire une belle et bonne maison de produit. Avec ce bien-là et une belle campagne en Touraine, vous auriez une honnête et douce aisance. 11 est bien temps, car ton mari a énormément travaillé. Me voici arrivé à mes cinquante et un ans dans quelques mois. Il me faut la même petite aisance. Hélas ! dans le cas d'un heureux résultat, il nous faudra bien de l'économie pour atteindre à ce but. Je sais maintenant ce que c'est que d'avoir sa maison ! Il faut acheter encore trois terrains, pour pouvoir recevoir les enfants de la comtesse quand ils viendront, et bàiir ! .
Moi, j'ai repris le traitement de ma maladie de cœur, il y a huit jours. Notre docteur est un très-grand médecin, enseveli à Vierzschovnia, mais qui, semblable à beaucoup de génies, aime peu l'art où il excelle et ne l'exerce qu'à contre-cœur. Il est Colleciionneur de violons, d'armes et d'enfants, car il a beaucoup de ces produits
naturels. Son aîné est un médecin qui poursuit sa profession avec ardeur, et qui promet d'être un grand médecin aussi. Comme médecin, le père a inventé les 2youdres. Il guérit par des substances réduites en poudre qu'on avale dans des pains à chanter; mais les effets en sont miraculeux. Il les varie, les dose, les compose au fur et à mesure des besoins du malade et des plus petites phases de la maladie. Cela exige des soins et des observations d'une minutie extrême; mais il se rend ainsi maître des maladies les plus désespérées. 11 faut encore six ou huit mois de traitement pour que les valvules démon cœur aient repris leur élasticité, leur force et leur jeunesse; car la cause de ma maladie était le dépérissement du sang veineux ; les deux sangs ne s'infusaient plus facilement; les valvules du cœur ne fonctionnaient plus bien, et le sang s'extravasaît dans le poumon droit, puis sortait par les bronches au moindre effort. A Paris, je serais déjà mort, comme Soulié. Nos médecins de Paris sont trop occupés pour avoir des soins si minutieux, et surtout ils ont tous l'opinion préconçue de la morbidité incurable des maladies de cœur; en outre, ils ignorent complètement les traitements à ordonner selon les tempéraments. Le docteur garde un si profond secret sur la composition de ses poudres, qu'il ne le livre pas même à son fils aîné. Il a radicalement guéri des gens plus malades que moi. En ce moment, je puis monter les vingt marches qui conduisent à mon appartement; mais trois marches de plus, je ne pourrais pas les franchir. En six semaines, il m'aura mis en état de voyager; et, l'année prochaine, je reviendrai pour quelques mois achever la cure radicale. La fièvre céphalalgique m'a retardé de trois mois. Ah ! l'on ne connaît ce que c'est qu'un climat excessif, asiatique, qu'en le subissant!
Mes chers amis ont eu mille malheurs, cette année. Par exemple, un coup de tonnerre, pendant un orage où il n'a tonné que deux fois, a atteint un moulin à six cents mètres du château et l'a brûlé en cinq minutes, sous mes yeux. D'un autre côté, il n'y a pas de récolte. Le blé a été remplacé, sans qu'on sache pourquoi, par une herbe stérile ayant les apparences du blé. Ce phénomène n'est pas particulier à nos terres, il a affligé toute l'Allemagne.
Tu dois être très-fière de tes deux petites ; elles ont écrit deux lettres qui sont charmantes, et qu'on a bien admirées ici. C'est la
récompense de ta vie que deux filles semblables, il ne faut pas être injuste envers la destinée, tu peux accepter bien des malheurs. C'est comme moi avec madame Ilanska. Le don de son affection m'explique tous mes chagrins, mes ennuis et mes travaux; je payais par avance au mal le prix d'un pareil trésor; comme l'a dit Napoléon, tout se paye ici-bas, rien n'est volé. Je trouve même que j'ai payé très-peu. Ce n'est rien que vingt-cinq ans de travaux et de luttes pour acquérir un attachement si splenJide, si radieux, si complet. Voilà quatorze mois que je suis ici, dans un désert, car c'est le désert, et il me semble qu'ils ont passé comme un songe, sans une heure d'ennui, sans une discussion, et cela après cinq ans de voyages et seize ans accomplis d'une connaissance constante. Les seules inquiétudes ont été causées par nos santés et par les affaires. 11 est vrai que la comtesse Anna et le comte Georges sont deux perfections idéales; je ne croyais pas que deux êtres pareils existassent. C'est une noblesse de vie et de sentiments, c'est une douceur de mœurs, une égalité d'humeur auxquels on ne peut croire qu'en vivant avec eux; un enjouement, une gaieté sans fatigue ni monotonie. Jamais je n'ai été dans ma sphère comme là. Je ne pense pas à la France ni à Paris, mais je pense à toi, à ma mère, à mes nièces, et au bon Surville pour vous souhaiter le mieux que vous désirez. Aussi les petites auraient dû nous écrire leurs petits babillages tous les quinze jours.
Mon départ est fixé, je n'attends que le trainage; dans cette saison, il est impossible de se mettre en route tant que la neige n'est pas établie à une certaine hauteur et n'atteint pas une certaine consistance; autrement, je pourrais rester quinze jours, un mois dans un village, après avoir fait cent lieues. Nous avons eu hier de la neige, mais insignifiante, elle fond. C'est une famine dans ce pays quand la neige ne tombe pas sur le sol gelé par dix degrés de froid, et le froid n'a pas encore paru.
Adieu, ma chère Laure; écris-moi le 20 décembre où en sera ta grande affaire, car, jusque-là, nous serons inquiets. Dis-moi, en même temps, si tu me cèdes Marguerite; car je ne veux la prendre que si tu n'en as pas le moindre regret et si elle ne te suit pas en Languedoc.
Mille amitiés à Surville, dont j'admire les efforts; je ne dis rien
pour tes filles, à qui j'écris collectivement. J'espère être à Paris à la fin de janvier; mes affaires l'exigent; mais celles d'ici dominent tout.
L'histoire de Laurent-Jan, racontée par Valentine, m'a fait bien rire; il a trop d'instruction, trop d'esprit et de réelle valeur pour ne pas comprendre qu'il y a une époque de la vie où elle devient sérieuse, et les gamineries de l'atelier ne sont plus de mise à l'âge où nous arrivons, quelques spirituelles et plaisantes qu'elles soient; je l'aime beaucoup, et il fait semblant de l'ignorer. Fais-lui bien mes amitiés, et dis-lui que je compte tout à fait sur lui pour tous mes travaux de théâtre, que je veux lui faire partager.
GGGLXX.