CCV.LXXX1I
A MADAME DE BALZAC, A SURESNES
Dresde, 11 mai 1850.
Ma chère mère,
Tu sauras par Laure pourquoi je suis en retard d'un mois, et pourquoi je ne puis écrire que quelques lignes.
J'ai été désolé de ta maladie de langueur, et pour toi d'abord, et pour moi, à qui tu pouvais sauver un malheur, en défendant, en vertu de ma procuration, à M. Hostein de jouer Vaulrin; ce qui m'obligera à faire un procès correctionnel.
Ce n'est que d^ici que je puis te dire exactement le jour de notre arrivée à Paris, car nous n'avons plus d'obstacles à rencontrer. Donc, j'espèie être rue Fortunée le 20 ou au plus tard le 21; et, je t'en prie instamment, fais que tout soit prêt pour le 19, et que nous trouvions à déjeuner ou à dhier, quand même les provisions devraient être perdues, car j'ignore à quelle heure nous arriverons l'un de ces trois jours-là (19, 20 ou 21). Je mets trois jours parce que, avec la recrudescence de ma maladie de cœur, je ne sais pas si je ne serai point forcé de m'arrêter quelque part.
Je t'avais donné beaucoup d'occupation, imaginant que, dans tes accès de souffrances nerveuses, cela te ferait du bien ; mais, si tu es faible, n'en prends qu'à ton aise.
Je te conjure d'aller soit à Suresnes, soit chez Laure : car il ne serait ni digne ni convenable que tu reçusses ta belle lille
chez elle. Elle te doit da respect et doit t'aller trouver chez toi.
Donc, mets en ordre tous mes papiers dans la chambre que tu as occupée. Tu sais que tu peux en confier, pour deux jours, la clef à François, qui me la remettra. Dépose sur les papiers les clefs que tu as, et recommande à François que personne, pas même lui, ji'entre là.
Lorsque ma femme sera allée te rendre ses devoirs, tu viendras nous voir le lendemain, et nous arrangerons nos comptes.
Ma santé est si déplorable, que je ne resterai pas à Paris. Ma femme et moi, nous allons prendre les eaux des Pyrénées et les bains de mer à Biarritz. Ce terrible voyage a aggravé ma maladie.
N'oublie pas' les fleurs.
Comme il m'est impossible de monter un escalier de plus de vingt-cinq marches, si tu étais chez Laure, j'en aurais un de moins à monter.
Adieu ! Je ne te dis rien de plus, car dans huit jours j'espère t'embrasser.
Ma femme, bien touchée de ton souvenir, t'envoie par avance ses respects.
CCCLXXXIII.