‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 221 sur 229 · XXIV · texte numérisé non relu

XXIV

CGCLXXXI.

A MADAME LAURE SURVILLE, A PARIS

Dresde, 11 mai 1850.

Cette date, ma chère Laure, te dira bien des catastrophes de voyageur. Nous avons mis un grand mois à faire le chemin qui se fait en six jours. Ce n'est pas une fois, c'est cent fois par jour que notre vie a été en danger. Nous avons souvent eu besoin de quinze ou seize hommes et de crics pour nous retirer des bourbiers sans fond où nous étions ensevelis jusqu'aux portières. Enfin, nous voilà ici, vivants, mais malades et fatigués. Un pareil voyage vous vieil- •lit de dix ans, car juge de ce que c'est que de craindre de se tuer l'un l'autre ou l'un par l'autre quand on s'aime !

Ma maladie d'yeux m'empêche de voir les lettres que je trace, et c'est cette maladie qui nous fait arriver à travers tout à Paris pour la guérir. Je n'ai donc lu vos lettres qu'hier en arrivant ici, et je ne réponds qu'aux choses essentielles.

Remercie cordialement Laurent-Jan de ce qu'il a fait pour Vautrin. Comme ma riière a une procuration de moi, il faut que, aussitôt cette lettre reçue, on fasse défense par huissier à M. Hostein de jouer Vautrin. M. Gavault s'empressera, je le crois, de faire faire dans la journée cette signification. Moi, je suis indigné; car, outre les considérations très-justes de Laurent, il y en a une foule d'autres. Si, au mépris de tous les droits, M. Hostein a commis un tel acte de piraterie, il s'en repentira toute sa vie, car il sera attaqué en police correctionnelle.

Ma femme est très-sensible à tout ce qu'il y a pour elle dans vos lettres; mais ses mains ne lui permettent pas d'écrire.

Quant à ma mère, il y a longtemps que j'ai consulté pour elle le docteur Nacquart, et il m'a dit que tout ce qu'elle croyait avoir était des effets nerveux. Ses accès de langueur ne sont qu'une forme nouvelle de cette maladie, jointe à quelques mouvements goutteux.

Je compte sur toi pour faire comprendre à ma mère qu'il ne faut pas qu'elle soit rue Fortunée à mon arrivée. Ma femme doit aller

la voir chez elle et lui rendre ses respects. Une fois cela fait, elle peut se montrer dévouée comme elle l'est; mais sa dignité serait compromise dans les déballages auxquels elle nous aiderait.

Donc, qu'elle mette la maison en état, fleurs et tout, pour le 20, et qu'elle vienne coucher chez toi ou qu'elle aille à Suresnes chez elle. Le surlendemain de mon arrivée, j'irai lui présenter sa belle-fille.

Adieu ; dans neuf ou dix jours, je te verrai et je ne veux pas fatiguer mes yeux.

Mille amitiés à Surville.

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