‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 3 sur 229 · BALZAC. V · texte numérisé non relu

BALZAC. V

Ainsi jeté dans l'administration de la guerre, mon père y resta, et il était charge des subsistances de la vingt-deuxième division militaire, lorsqu'il épousa à Paris, en 1797, la fille d'un de ses chefs, en même temps directeur des hôpitaux de Paris.

Mon père vécut dix-neuf ans à Tours, où il acheta une maison et des propriétés près de la ville. Après dix ans de séjour, on parla de le nommer maire, mais il refusa cet honneur pour ne pas abandonner la direction du grand hôpital dont il s'était chargé. 11 craignit de manquer de temps pour bien remplir ces triples fonctions.

Mon père tenait à la fois de Montaigne, de Rabelais et de l'oncle Toby par sa philosophie, son originalité et sa bonté. Comme l'oncle Toby, il avait aussi une idée prédominante. Cette idée chez lui était la santé. Il s'arrangeait si bien de l'existence, qu'il voulait vivre le plus longtemps possible. Il avait calculé, d'après les années qu'il faut à l'homme pour arriver à l'état parfait, que sa vie devait aller à cent ans et plus; pour atteindre le plus, il prenait des soins extraordinaires et veillait sans cesse à établir ce qu'il appelait l'équilibre des forces vitales. Grand travail, vraiment!... Sa tendresse paternelle augmentait encore ce désir de longévité. A quarante-cinq ans, n'étant pas marié et ne comptant pas se marier, il avait placé une bonne partie de sa fortune en viager, moitié sur le grand-livre, moitié sur la caisse Lafarge, qu'on fondait alors et dont il était un des plus forts actionnaires. (Il touchait en 1829, quand il mourut par accident, à l'âge de quatre-vingt-trois ans, douze mille francs d'intérêt.) La réduction des rentes, les gaspillages qui eurent heu dans l'administration de la tontine, diminuèrent ses revenus; mais sa belle et verte vieillesse lui donna l'espoir de partager un jour avec l'État, à Textinction des concurrents de sa classe, l'immense capital de la tontine ; ce qui eût grandement réparé le tort qu'il avait fait à sa famille. Cet espoir passa tellement chez lui à l'état de conviction, qu'il recommandait sans cesse aux siens de con-

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