‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 44 sur 229 · A MADEMOISELLE LAURE DE BALZAC, A VILLEPAR ISIS · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE LAURE DE BALZAC, A VILLEPAR ISIS

Ma chère sœur,

Je commence par te dire que je f aime de tout mon cœur et que je t'embrasse, de peur de l'oublier dans le courant de ma lettre; je puis me vanter comme Petit-Jean et dire :

Ce que je sais le mieux, c'est mon commencement.

Ah! Laarasoror! que j'ai de tourments! Je ferai une pétition au pape pour la première niche de martyr vacante ! Je viens de découvrir à mon régicide- un défaut de conformation, et il four- •mille de mauvais vers! Je suis aujourd'hui un vrai Pater Dolorosa. J'ai trouvé un biais qui ne me satisfait pas trop : ah ! si je suis un Pradon, je me pends ! Lorsque tu verras de mauvais vers, mets en marge : a Gare à la potence ! » Je dévore nos quatre auteurs tragiques : Crébillon me rassure, Voltaire m'épouvante. Corneille me transporte. Racine me fait quitter la plume.

Je te dirai que je suis très-fâché contre toi. Comment, mademoiselle, appeler son frère étourdi ? on l'appelle nigaud; cela peint mieux. Au reste, je ne sais pas encore pourquoi tu m'as appelé étourdi ; je ne sais ce que le petit père * m'a ragoté ce matin de vous, de Saint-Cloud, de mois d'octobre, de partie ; tout ce que je souhaite, c'est que vous ne fassiez pas tort au petit déjeuner de la rue Lesdiguières.

Je ne vois Iris-Gomin qu'à la volée et toujours essoufflée quoique à cheval sur son arc-en-ciel de panier plein de pommes de terre.

Merci de vos tendresses et de vos provisions ; je t'ai reconnue dans le pot de confitures et les fleurs. Vos liqueurs réussissentelles ?

J'ai l'air un peu N... en m'informant comme cela de la bala-

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