‹ Correspondence 1819-1850 (volume 2)Chapitre 71 sur 229 · Sarrazine lui est dédiée · texte numérisé non relu

Sarrazine lui est dédiée

3. La Peau de chagrin , feuilleton de la Gazette de Franche - Comté du 13 août 1831. Ce journal avait été fondé par Charles de Bernard.

merveilleuse, sans raillerie ni prétention à l'esprit, aux dépens de l'auteur, bon goût de critique dont je vous félicite. Personne plus que moi ne désire voir s'établir en province des organes de l'opinion, et les votes des départements sont beaucoup aujourd'hui pour les auteurs consciencieux. Ils dirigent.

J'agis avec trop de franchise pour que vous ne me laissiez pas vous soumettre une considération dont j'ai été frappé. Vous accusez peut-être légèrement la jeune littérature de viser à l'imitation des chefs-d'œuvre étrangers. Croyez-vous que \e fantastique d"Hoffmana n'est pas virtuellement dans Micromègas, qui, lui-même, était déjà dans Cyrano de Bergerac, où Voltaire l'a pris? Les genres appartiennent à tout le monde, et les Allemands n'ont pas plus le privilège de la lune que nous celui du soleil, et TÉcosse celui des brouillards ossianiques. Qui peut se flatter d'être inventeur? Je ne me suis vraiment pas inspiré d'Hoffmann, que je n'ai connu qu'après avoir pensé mon ouvrage; mais il y a dans ceci quelque chose de plus grave. Nous manquons de patriotisme entre nous, et nous détruisons notre nationalité et notre suprématie littéraire, en nous démolissant les uns les autres. Les Anglais ont-ils été dire euxmêmes que Parisina était la Phèdre de Racine, et vont-ils se jetant à la tête les littératures étrangères, pour étouffer la leur? Non. Imitons-les.

Ceci, monsieur, n'est point une question personnelle, parce que j'espère qu'à la seconde édition de mon livre, le public reconnaîtra l'immensité, la nouveauté de l'entreprise sous le faix de laquelle je succomberai peut-être, ou que j'exécuterai mal, mais que j'ose tenter. L'ouvrage aura doublé d'étendue, et le plan en sera largement exposé par une plume plus habile que n'est la mienne. Je me félicite, monsieur, d'avoir un sujet d'entrer en correspondance avec VOUS; je souhaite succès à votre entreprise honorable et bonne, et vous prie d'agréer mes compliments et les sentiments de considération distinguée ayec lesquels j'ai l'honneur d'être votre tout dévoie.

A MADAME LA DUCHESSE d'aBRANTÈS, A VERSAILLES.

Paris, 1831.

Madame,

M. Marne aura l'honneur de vous aller voir ce soir, à huit heures précises. J'ai, comme nous en étions convenus avant-hier, posé les bases du traité : trois mille francs par volume, pour deux mille cinq cents exemplaires; reprise du marché de rAmirante^ ; toute sécurité pour l'imprimeur et pour vous; payement en ècus, à la remise de chaque volume; enfin, toute satisfaction pour vos intérêts. Je verrais votre accord avec un vif plaisir, parce que vous vous épargneriez bien des ennuis.

Si j'avais pu sortir, j'aurais, avec tout le dévouement dont je fais profession pour vous, assisté à cette discussion; mais, si M. Mame a bec et ongles, vous trouverez en lui un homme trèsaimable par-dessus le marché du libraire.

A LA MEME

Paris, 1831.

Rabou a votre article; vous le recevrez en épreuves dans deux ou trois jours, et alors vous le lirez plus à votre aise. Vous avez du succès. Rabou l'a trouvé au-dessus de ce que je lui disais.

Mon Dieu, pouvez-vous souffrir ainsi!...

Je vous remercie mille fois de votre café; il est délicieux. J'irai vous voir toute une soirée, la première dont je disposerai.

J'ai une grande occupation pour compléter un de mes volumes.

Mille affectueuses choses et amitié dévouée.

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