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El Verdugo lui est dcdié

32 COllhESPONDANCE.

découvenes, mais c'est les meilleures places de la salle.

Nous jouerons mercredi prochain, à moins de malheur. Les premières découvertes de quatre places sont de cent francs la loge, et tout le monde veut être là. Mais la place fashioriable, où sont les Aguado, les Rotiischild, les Doudeauville, les Castries, etc., c'est la loge des premières fermées, parce qu'on est chez soi. La place là est de trente francs.

Les stalles sont à vingt francs.

Les deuxièmes découvertes sont à vingt francs la place; le balcon à trente francs.

Voilà tous les renseignements que vous désiriez.

Ah ! si vous saviez quel monde de jolies femmes ! Il n'y aura pas de claqueurs au parterre, qui est mis à cinq francs.

Dites à Stubcrt d'enrégimenter le plus de bravi dans son escouade.

La Mina m'a écrit que vous étiez malade, et ça m\i porté un coup comme si on avait dit à Napoléon que son aide de camp était mort. Je suis accablé, sur les dents! je fais répéter les acteurs le matin, tout le personnel de la distribution pendant la journée, et les actrices le soir.

Il y a dans la pièce pour vingt mille francs de costumes. Les décors sont tout neufs. On me soutient que l'ouvrage est un chef-d'œuvre, et ça me fait frémir ! Ce sera toujours d'une solennité effrayante. — Lamartine m'a demandé • une loge : je le mettrai entre les Russes.

La princesse Troubetskoï n'est pas la même dont je connais le mari. Vous verrez à écrire au prince. — Puis vos Makanof, ne les oubliez pas.

CORUESPONDANCE. 33

Il me vient, par matinée, des trente demandes de places, et je ne voudrais pas avoir des inconnus.

Ainsi : les balcons, vingt-cinq francs; les stalles, vingt francs; les premières découvertes, vingt-cinq francs la place; les deuxièmes découvertes, vingt francs; les deuxièmes fermées, vingt-cinq francs; les baignoires, vingt francs la place.

Écrivez aussi un petit mot à la princesse Constantine Razumovska. Je n'ose pas le faire moi-même.

Pour vous et pour votre mère, vous irez auv premières découvertes; je vous placerai bien.

Addio, carissima Sofi!

J'irai vous voir samedi. Mille compliments à Stubert, et mes hommages à votre chère mère.

Dites à toutes vos Russes qu'il me faut les noms et les adresses, avec leur recommandation écrite et personnelle, pour ceux de leurs amis (hommes) qui voudront des stalles. Il m'en vient cinquante par jour, solis de faux noms, et qui refusent de dire leur adresse; des ennemis

QUI VEULENT FAIRE TOMBER LA PIÈCE. NoUS SOmmCS obligéS

aux plus sévères précautions !

Dans cinq jours, je ne saurai plus ce que je ferai. Je suis ivre de ma pièce.

Il y a un acteur malade.

Le jour sera mercredi 16, ou, au plus tard, vendredi 18; l'un ou l'autre, mais plutôt mercredi.

3i CORRESPONDANCE.

GCXLVIII.

A MADAME DE BALZAC, A PARIS

Avril 1842. Ma chère mère,

Il m'est bien difificile de prendre l'engagement que tu me demandes, et je le prendrais d'une manière irréfléchie, que les suites en seraient alors graves, et pour toi et pour moi.

L'argent nécessaire à ma vie est en quelque sorte disputé à celui qu'exigent les créances, et bien péniblement oLtenu.

L'existence que je mène ne convient à personne, elle lasse parents et amis, tous délaissent ma triste maison ; ainsi, les choses vont se trouver plus difficiles encore, pour ne pas dire impossibles.

L'insuccès d'argent de la pièce que j'ai faite complique encore ma situation.

Il m'est impossible de travailler, au milieu des petits orages suscités par un intérieur où l'on ne s'accorde pas, el ma production s'est affaiblie depuis un an, cela est visible. Je ne sais quel parti prendre ; mais j'en aurai pris un d'ici à peu de jours.

Quand le mobilier que j*ai sera vendu, quand j'aurai vendu les Jardies, je n'aurai pas obtenu grand'cliose et je me trouverai seul avec ma plume et un grenier. Dans cette situation, serais-je plus en état de te secourir qu'en ce moment? je vivrai au jour le jour, d'articles que je ne puis faire avec l'agililé d'une jeunesse que je n'ai plus!

On prend — même mes proches! — l'égoïsme de mon travail pour un égoïsme personnel.

Je ne m'abuse pas : si, jusqu'ici, en travaillant comme je travaille, je n'ai pu réussir à payer mes dettes ni à vivre, le travail à venir ne me sauvera pas ; il faut faire autre chose, chercher une autre position.

Et c'est dans ce moment-là que tu me demandes de prendre un engagement pareil! Il y a deux ans, je l'aurais pris et je me serais trompé moi-même.

Aujourd'hui, je ne puis que te dire de venir partager mon pain.

Tu étais dans une situation supportable; j'avais une personne d'un grand dévouement qui te sauvait tous les ennuis du ménage; tu n'avais pas besoin d'entrer dans les détails de la maison, tu étais dans le silence et dans la paix. Tu as voulu me compter pour quelque chose, quand il fallait oublier que j'existais, et me laisser m.ouvoir dans toute ma liberté, sans quoi je ne puis rien. Ce n'est pas un tort, c'est dans la nature même des femmes.

Aujourd'hui, tout est changé. Si tu veux revenir, tu auras un peu du poids qui va peser sur moi, et qui jusqu'alors ne t'atteignait que parce que tu le prenais de toimême.

Tout cela, c'est des affaires et ne regarde en rien mon affection pour toi, qui est toujours la même ; aussi trouve ici les mille tendresses de ton fils bien dévoué.

3Ô CORUKSPONDANCn.

A M. AMÉDÉli POMMIER, HOMME DE LETTP.ES, A PÂRiS.

23 avril 1842.

Monsieur,

Je vous remercie et de votre recueil * et de ce que vous y dites de flatteur pour moi; malgré la modestie de votre lettre d'envoi, j'ai lu tout, et je vous trouve trop de talent et d'avenir pour ne pas vous dire d'écouter ce que vous vous êtes adressé à vous-même par la bouche de Boileau.

J'aurais, en qualité d'admirateur presque enthousiaste des poètes, beaucoup d'observations à vous faire, dans votre intérêt; mais je n'ai point le temps de les écrire, hâté que je suis de tracer, comme un pauvre bœuf de prosateur, mon sillon tous les jours; mais, si je me trouve un matin de bonne heure vers le quartier où vous demeurez, j'irai frapper à votre porte et vous soumettre de vive voix mes critiques amicales.

Agréez, monsieur, mes compliments et mes vœux pour de nouveaux succès.

A M. d'APPONYI, ambassadeur d' A UTRICFIE , A PARIS.

Paris, 1 7 août 18 42.

Si j'ai pris la liberté de vous offrir \a Comédie iu^maine pour votre belle bibliothèque, c'est moins à titre d'orne-

i. Crân€ri':s et Dettes de ca:ur.

COnRESPONDANCK. 37

ment littéraire que comme curiosité bibliographique. Ce livre a cela de curieux qu'il est le premier où Ton ait pu réunir le luxe et la perfection qui distinguent les livres tires à la presse à bras, tout en exécutant le tirage à la presse mécanique. Cette espèce de triomphe qui consiste à faire tomber juste les lignes les unes sur les autres dans la rcliration, c'est-à-dire en tirant le second côté de la feuille au revers du côté déjà noirci , s'est constamment bien accompli. Cela, de même que l'égalité de la couleur et du foulage, n*avait jamais été obtenu ni en Angleterre ni à Paris, et n'a pu être réalisé à Paris que dans une seule imnrimerie où Ton a spécialement étudié la presse mécanique.

Sous le rapport du bas prix, c'est aussi Tun des effets de notre librairie, qui, malgré le défaut de protection, tâche de iutter contre la Belgique, laquelle n'a pas de droits d'auteur à payer sur ses publications. Dans tout autre pays que la France, le prix du papier de ce livre coûterait ce que coûte tout le livre.

A part la curiosité typographique, les gracieusetés de Votre Excellence et de madame la comtesse d'Apponyi m'auraient donné le droit de vous l'offrir comme un remerchnent. Nous serons encore deux années à terminer cette longue entreprise, car la Comédie humaine aura près de vingt volumes; mais j'espère que Votre Excellence restera plus long(dmps encore à un poste où elle a si justement conquis tant de sympathies dans la société parisienne.

Veuillez, monsieur l'ambassadeur, présenter m.es hommages à madame la comtesse d'Apponyi, que fiîes occu-

38 COl\RESPO^•DA^•CE.

pations si exigeantes m'ont privé de voir depuis quelque temps, el agréer l'expression de ma considération la plus respectueuse.

Je suis de Votre Excellence le très-humble et irès-obéissnnt serviteur.

GCLI.

A M. DAVID (d'aNGERS)*, STATUAIRE. A PARIS.

Monsieur,

Je suis naturellement bien flatté de la proposition que vous m'avez faite. Mais, s'il n'existe ni lithographie ni portrait, ni quoi que ce soit de moi, c'est que je suis lié par une promesse à cet égard. Cette promesse est, d'ailleurs, en harmonie avec mes goûts. Nous ne savons pas si nos gloriettes ne sont pas des affaires de mode, et il n'y a rien de plus affreux que de se voir le revenant de sa propre gloire.

Plus tard, si je suis quelque chose, et si l'interdiction se lève, je serai tout à vous. Mais je sais qu'une médaille, quelque honorable que soit cette distinction, aflligerait la personne qui est derrière le rideau.

Si je vous donne ces explications, c'est pour vous convaincre qu'il n*y a ni mauvaise grâce ni fatuité dans ma réponse négative.

Agréez, monsieur, mes remercîments pour votre offre gracieuse, et l'expression d'une admiration sincère, à

i. Le Curé de Tours lui est dédie.

CORRESPONDANGK. 3!)

laquelle je voudrais donner une tournure qui ne fût pas banale; mais vous devez être trop gâlé pour que j'essaye de vous offrir autre chose que mes sentiments de sympathie pour le talent.

CGLII.

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