‹ Correspondence 1819-1850Chapitre 29 sur 81 · A MADAME ZULMA CARRAUD, A FRAPESLE · texte numérisé non relu

A MADAME ZULMA CARRAUD, A FRAPESLE

Janvier 1845.

Chère,

Et vous ne m'écrivez plus, ne fiit-cc que tous les trois mois! Vous me laissez me cuisant dans les ardeurs d'un travail gigantesque et qui s'accroît d'efforts en elforts! Oh î c'est très-mal. J'ai causé beaucoup de vous hier avec un jeune professeur qui n'était pas la rose, mais qui avait vécu près d'elle à Frapesle, et nous avons fait un hymne d'éloges en votre honneur.

Vous ne vous figurez pas ce que c'est que la Co^3ÉDIE humaine; c'est plus vaste, littérairement parlant, que la cathédrale de Bourges architecturalement. Voilà seize ans, ma chère et ingrate amie, que j'y suis, et il faut huit autres années encore pour terminer! J'attends que j'aie fini mon édition actuelle pour vous l'envoyer, toujours à condition que vous brûlerez tout ce que je vous ai donné, qui vraiment est indigne, à cause des fautes, de figurer près d'une perfection céleste comme la vôtre.

Borget ne vient pas me voir une fois par an ! J'ai vu Périollas au Havre; il a -sa niche dans la Comédie humaine, comme tous ceux qui seront bons amis, serviables ou obligeants pour moi. Dans deux mois, l'édition en seize volumes sera finie, et, dans un mois, je vais en Allemagne pour six ou sept mois ; ainsi, c'est presque un adieu que je vous fais ici.

On dit Yvaii un beau garçon ; et Borget ne me Ta pas amené!...

Mille tendresses à vous, et mes amitiés an commandant.

Plaignez-moi ; je travaille seize heures par jour, et je dois encore plus de cent mille francs! et j'ai quarante-cinq ans! Voilà une triste chose.

Quand vous reverrai-je dans mon atelier, où vous avez laissé votre parfum pour vous faire regretter do temps en temps?

Allons, adieu 1

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