‹ Correspondence 1819-1850Chapitre 33 sur 81 · AVANT · texte numérisé non relu

AVANT

En bas, il faudrait renverser les cornes, mettre les pointes en haut, et faire sortir des conques les ennuis ile la vie : Caroline impérieuse, agressive, et Adolphe défait et penaud.

GOuKESPONDANCE. 13 j

Vous recevrez une épreuve complète et corrigée d'ici à deux jours.

Peut-être faudrait-il nous entendre pour toute cette préface, qui doit faire prospectus.

GGLXXXIV.

A MADAME IIANSKA, A DRESDE.

Paris, 3 avril 1 8 i 5.

Je reçois votre lettre du 27 et je ne sais que penser, en la lisant, de tout ce que vous me dites de la mienne. Moi, vous faire la moindre peine, le moindre chagrin, moi de qui la constante pensée est de vous les épargner ! L'épithète de meurtrière, appliquée à ma prose, m'a fait bondir. Mon Dieu, quelque bonnes que soient mes intentions, il paraît que je vous ai fait mal, et c'est assez. Quand nous nous verrons, vous comprendrez peut-être combien l'incertitude qui plane sur moi a été fatale; fatale à mes intérêts si gravement compromis, fatale à mon bonheur, puisque je me vois séparé de vous pour trente jours au moins, car je n'ai pas une ligne d'écrite et je ne serai guère à Francfort que dans les premiers jours de mai. Dans des circonstances si irritantes, il est permis d'être impatient. J'écris d'ailleurs mes lettres bien à la hâte, sans jamais les relire; je me laisse aller à moi-même sans aucune réflexion, et, si j'avais relu celle-là, peut-être en aurais-je fait, comme de beaucoup d'autres {où j'élevais un 'peu trop la voîx)^ un sacrifice à Vulcain.

Néanmoins, laissez-moi vous dire qu'il est deux cœurs

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qui sont pleins de vous, qui vous aiment uniquement pour vous seule. C'est Lirette et moi. Eh bien, Lirette, avec qui je parlais de votre situation, à la grille de son couv^.nt, partage entièrement mes idées sur l'avenir auquel j'ai fait allusion, à propos duquel je me suis mêlé, indiscrètement peut-être, de vous donner des conseils bien sages. Quant aux dangers personnels dont vous me parlez pour moi, c'est de ces choses dont je ris. et avec lesquelles vous n'êtes pas familiarisée. Il y a ici, à Paris, des gens à qui ma figure déplaît, qui me voudraient hors de ce monde, qui ont des haines plus que féroces contre moi, et qui ne m*en saluent pas moins. Il est très-possible que, comme Carter, à qui l'on proposait deux lions, j'eusse trouvé vos Saxons trop peu féroces, et mon métier de dompteur de bêtes peu en lumière. Mais je puis vous assurer, chère comtesse, que, si c'est là la cause des affreux trois mois que je viens de passer, ah! cher cœur fraternel, ce serait plutôt à moi de vous répéter les mots sublimes que j'ai baisés dans votre lettre : Je vous pardonne! je les ai contemplés avec une larme à l'œil, car il y avait là votre adorable caractère tout entier. Vous vous êtes crue offensée par le serviteur le plus fidèle, le plus dévoué qui sera jamais, et vous lui avez pardonné. J'ai été plus touché de cela que de tous mes chagrins réunis. Oh! merci de la douleur qui m'a fait sonder la profondeur de votre perfection, et pardonnezmoi de vous avoir méconnue; soyez vous tant que vous voudrez, faites tout ce que vous voudrez, et si, par impossible, vous faisiez mal, ce serait mon bonheur que de réparer la maille rompue du filet. J'ai eu tort, j'ai été

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coupable et très-coupable, car, à une bonté comme la vôtre, il faut toujours répondre par la douceur et l'adoration. Écrivez-moi peu ou prou, ne m'écrivez pas du tout, j'en souffrirai, mais je saurai me taire. Faites comme vous l'entendrez pour votre avenir et celui de votre enfant; seulement, ne vous enracinez pas trop dans le présent, regardez toujours devant vous et arrachez à l'avance les épines du chemin que vous devez traverser.

Je me suis déterminé à demander un arpent et demi à Monceau, parce qu'il en faut huit cents toises (un arpent et demi fait quinze cents toises superficielles) pour un jardin et une maison avec les dépendances. Tant que les sept cents toises restantes ne vaudront pas trois cent cinquante mille francs, je les garderai en jardin et j'en jouirai. Cet arpent et demi coûtera quatre-vingt-dix mille francs et la maison à bâtir cinquante mille francs; en tout, cent quarante mille francs. Ce sera fini et payé en 18/^6, et je n'aurai plus alors un sou de dettes; ce sera six mille francs de loyer; à cette époque, je ne pourrais convenablement me loger à moins...

Voici encore un académicien de mort, Soumet; il y en a cinq ou six qui inclinent à la tombe; la force des choses me fera peut-être académicien, malgré vos railleries et vos répugnances.

J'ai tout tenté pour rester à Passy, où je suis tranquillement et commodément, mais tout a échoué. On me donne congé pour octobre de cette année, et il faudra se transporter à Paris, pour attendre deux, ans, dans un appartement, que mon petit hôtel soit bâti à Monceau. Je vais aller chercher au faubourg Saint-Germain ; c'est une

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dépense de quelques milliers de francs qiio je ivgrolte énormément. Mes affaires d'argent exigeront aussi impérieusement, sinon plus que mes travaux, que je reste tout le mois d'avril à Paris. 11 me faut vingt-cinq mille francs ce mois-ci, et il faut que je règle avec les trois libraires de la Comîîdie humaine, qui me doivent de quinze à seize mille francs. Il est plus que probable que, si j'eusse pu appliquer tout ce que j'ai en portefeuille au payement de mes dettes, je n'aurais plus rien dû à personne au monde vers octobre prochain; car j'ai, sans compter les Petits Bourgeois, quatre -vingt mille francs à recevoir cette année, et j'espère en gagner cent mille en 18^6, Ce serait deux cent mille si la Comédie humaine s'épuisait. Dans six à huit ans d'ici, les sept cents toises réservées ^vaudront trois ou quatre cent mille francs. Monceau sera alors la même chose que le quartier Notre- Dame-de-Lorette, c'est forcé d'après la marche du Paris actuel ; il y a une cause d'activité dont le progrès sera même si rapide, qu'on ne peut pas dire si ce ne sera pas dans trois ou quatre ans; c'est le débarcadère des chcmifts de Versailles, de Saint-Germain, de Rouen et du Havre qui sépare le futur quartier de Monceau du quartier de Tivoli. Aussi achèterai-je peut-être l'arpent et demi avant môme de payer le reste de mes dettes, tant j'ai peur que cette affaire ne m'échappe. Ne pensez pas un instant que je puisse me tromper, car M. d'Aligrc a acheté considérablement dans ces parages; il y gagnera des millions quand le quartier se fera. Je suis vraiment désespéré que vous n'ayez pu mettre à exécution les idées quo je vous avais soumises à Pétersbourg, quant à la

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réalisation d'une somme considérable, même par voie d'emprunt, car il y a là une fortune. Ceci, chère comtesse, n'est pas spéculer, comme vous dites : c'est placer, ne confondons point; c'est jeter une somme dans un coin où elle se trouve décuplée. Aussi regardé-je comme un affreux malheur d'avoir en ce moment vingt mille francs à payer pour éteindre les dettes qui m'empêchent d'être propriétaire. Emile de Girardin, en achetant deux cent cinquante mille francs son temple de la rue de Chaillor, ne peut que doubler ses capitaux; tandis que deux cent cinquante mille francs mis en terrain à Monceau seront décuplés. D'ailleurs, c'est jouer le jeu du roi Louis- Philippe et de M. d'Aligre, les deux plus habiles spéculateurs de France et de Navarre. Le roi n'a vendu à Pion ses vingt-trois arpents que pour en mettre vingt-cinq autres en valeur, et il l'a dit d'ailleurs lui-même.

Hier, je suis allé à la poste à quatre heures, et pas de lettres! Vous n'avez donc pas mis votre lettre à la poste mardi? Voilà comment vous tenez vos promesses!

Je suis à peu près sur de retrouver mes heures de travail, celles de la table et du Ut, et, si les difficultés du logis sont résolues, j'aurai de la tranquillité dans Tàme, car la maison est à ma disposition et je puis faire mon déménagement à mon aise, tout en travaillant ici jusqu'au dernier moment.

Dimanche, doux heures et douiie.

Je me lève, je regarde mon Daffinger avec délices! Fnfin, j'ai reçu hier votre lettre. Figurez-vous, chère, que j'ai eu vraiment du malheur. Votre letlre avait reçu un pâté

l'îO CORRI-SPOND ANGE.

d'encre, elle s'était collée à une autre, et il y a eu un retard constaté par la poste sur renvelopi)e. La directrice, qui, depuis deux jours, voyait mon anxiété, m'a vivement crié en me voyant : « Monsieur, il y a une lettre! » et me l'a fait voir avec une joie qui lui fait honneur. Et quelle lettre! Je l'ai lue en allant tout doucement par les endroits solitaires. Lire des choses si charmantes qui vous sont adressées, c'est à ne plus écrire une ligne soi-même et à rester couché aux pieds de sa souveraine comme son chien fidèle. Enfin, j'ai dormi, car je dois avouer que, depuis deux jours, je n'avais pas fermé l'œil, tant ce retard m'inquiétait. Songez que, si je n'ai plus quarante feuilles à faire, j'en ai toujours dixneuf; vous voyez quau lieu d'écrire les manuscrits, je n'écris qu'à vous et que j'irai ainsi toute la nuit. J'ai tort, je suis un grand coupable, je me le reproche, je fais bien des efforts pour me remettre au travail et je reste incorriL;ib]e; c'est toujours comme en ce moment : je relis votre lettre, j'y réponds et je n'ai pas encore une ligne de copie d'écrite. J'ai lu, les larmes dans les yeux, ce que vous me dites de si affectueux et de si émouvant, au sujet des difficultés de nos positions respectives. Mais tout ce que je vous écris doit vous prouver que ce que vous regardez comme au-dessus de l'homme et que vous- croyez être l'apanage exclusif de la femme est le fait de ma vie. Vous savez trop bien que je ne pense qu'à vous, et à toute heure.

J'ai vu Pion; le roi recule à mesure que lui, Pion, avance: le roi veut maintenant treize cent mille francs; je ne sais vraiment pas si cette affaire se fera. Dans le cas

CORRESPONDANCE. lit

aflîrmatif, je serais toujours d'avis d'y mettre une somme pour l'avenir, c'est le placement le meilleur et le plus sûr; mais, si l'affaire Franklin a lieu, je ne demanderai plus que deux arpents pour cent trente mille francs. C'est tout ce que je puis me permettre, n'est-ce pas? Répondez-moi bien sur tout cela, chère comtesse. Vous savez que je ne fais rien sans consulter votre suprême sagesse.

Je reviens à votre lettre et je vous en remercie encore et toujours; je l'ai lue et relue avec tous les sentiments qu'elle excite, avec une adoration agenouillée moralement devant cette exquise perfection de cœur. D'entre chaque ligne sort une image de voire belle âme, de vos sentiments si nobles et si purs. Avez-vous été généreuse avec cet affreux Anglais! Je ne vous pardonne qu'à cause de l'ombrelle retrouvée; je hais l'Angleterre, les Anglais, et les Anglaises surtout, plus que tout, car c'est une Anglaise qui est la cause de mes derniers malheurs; chaque obstacle m'irrite en me retraçant d'humiliants souvenirs et me rendent honteux et confus de mon injustifiable duperie.

Quand je finis une lettre pour vous, je suis comme quand on se sépare : j'ai une amère et profonde tristesse. Mille choses à vous dire dont j'oublie les trois quarts. Écrivez-moi bien régulièrement.

Adieu, et à bientôt, j'espère.

142 CORr,i:SPOND VNCF.

CCLWXV.

A LA M t. ME.

Paris, 10 avril 1 815.

Adieu, paniers! vendanges sont faites, chère comtesse! La maison de la rue Fontaine est une infâme horreur et il faut s'en tenir à Monceau. L'affaire de l'illusiraiion des Petites Misères est terminée, et j'empoche environ sept mille francs. Je vais avoir des réimpressions de la Physioîogie du mariage et de quelques autres œuvres, et enfin l'affaire des Paysans en librairie se conclura d'ici à quinze jours; en sorte que j'avancerai dans l'importance de ma liquidation à pas de géant et non petit à petit, comme vous dites. En ce moment, chez nous, la librairie est dans un état affreux; j'aurai, à ce qu'il paraît, affaire à Leipsick : j'ai rec^u des lettres de cette ville qui contiennent des propositions pour des réimpressions, et cela ne peut guère se traiter par correspondance.

Ferai-je en douze jours deux parties des Paysans ; là est le problème, car je n'ai pas une seule ligne d'écrite. Dresde et vous, vous me tournez la tête ; je ne sais que devenir. Il n'y a rien de plus fatal que l'indécision dans laquelle vous m'avez tenu depuis trois mois. Si j'étais parti le 1" janvier pour revenir le 28 février, je serais plus avancé, et j'aurais eu deux bons mois comme à Pétersbourg. Chère étoile souveraine, comment voulezvous qu'on puisse concevoir deux idées, écrire deux plirases, avec le cœur et la tête agités comme je les ai

CORRESFONDArsCE. 1 4'5

eus depuis novembre dernier; mais c'est à rendre fou un homme ! Je me suis bourré de café en pure perte, je n'ai réussi qu'à augmenter les tressaillements nerveux de mes yeux et je n'ai rien écrit; voilà ma situation au 10 avril, aujourd'hui; et j'ai sur le dos la Presse, qui envoie tous les jours, et mes Paysans, qui sont mon premier long ouvrage; je suis entre deux désespoirs, celui de ne pas vous voir, de ne pas vous avoir vue, et le chagrin littéraire, financier, le chagrin d'amour-propre. Oh! Charles II avait bien raison de dire : Mais Elle?.,, dans toutes les. affaires que des ministres lui soumettaient.

Je ne puis vous écrire que ce mot, et il est plein de tristesse, car il faut que je travaille et que je tâche de vous oublier pendant quelques jours pour être mieux et plus sûrement à vous. Il est midi, je viens de prendre une forte tasse de café, je me remets aux Paysans pour la dixième fois et tous les muscles de ma face jouent comme ceux d'un animal; la nature a assez de travail, elle regimbe. Ah! pourquoi ai-je des dettes! pourquoi me faut-il travailler bon gré mal gré! Je suis si chagrin, si tiraillé, si désespéré, que je ne veux pas être désespérant; vous devez assez voir que je suis à vous plus que jamais et que j'use ma vie loin de vous inutilement, car la gloire à conquérir par des ouvrages insipides ne vaut pas quelques heures passées près de vous. Enfin, je ne me confie qu'à Dieu et à vous seule; à vous qui ne m'écrivez pas un mot de plus pour cela, vous qui pourriez me consoler par irois lettres par semaine au moins, et qui m'en écrivez à poiiio di u\, Cl encore si c ou ries I

Ii4 CORRESPONDANCE.

18 avril.

Vous m'écrivez : « Je voudrais vous voir! » Eh bien, quand vous tiendrez cette lettre entra vos doigts mignons, puissent-ils trembler un peu, car je serai bien près de vous, à Eisenach, à Erfurt, que sais-je! car je suis de bien près ma lettre : je vous écris aujourd'hui vendredi et je pars dimanche au plus tard.

Comment! vous pouvez recevoir de votre gouvernement l'ordre de revenir dans votre pays et je ne vous aurais pas vue? Comment! voilà cinq mois que je n'ai pas écrit une panse d'à, ô chère comtesse! et vous me dites que je me suis amusé? Mais vous connaissez ma vie par ces lettres où elle est écrite jour par jour, heure par heure et minute par minute; et c'est ainsi que vous lisez, que vous savez que mes seuls plaisirs sont de penser à vous et de vous le prouver en vous écrivant ! J'ai passé ces cinq mois à me dire tous les jours: « Je pars demain; je la verrai, ne fut-ce qu'un mois, que deux minutes, mais je la verrai! »

Ne m'écrivez plus, mais attendez-moi.

Je suis chagrin que vous ayez lu les Petits i]fanc(jes d'une femme vertueuse, sans avoir attendu l'édition de Chlendowski, dans le tome IV de la Comédik humaine, où cela porte le titre de « Bcairix, dernière partie ». Avez-vous reçu les deux lignes qui ont pu vous dire dans quel état j'étais de lundi à dimanche? Je vais la revoir! une idée qui a souvent défrayé des voyages de sept cents lieues. J'ai tout envoyé promener! et la Comédie humaine, et les Paysans, et la Presse, et le public, et ChloLdow^ki, à qui

je dois dix feuilles de la Comédie humaine..., hum! et mes affaires, et un petit volume projeté que je ferai en route, et mon affaire avec le Siècle qui se terminait ces jours-ci; enfin, tout! Je suis si heureux de partir, que je ne puis plus écrire posément; je ne sais pas trop si vous pourrez me lire, mais, à mon griffonnage, vous reconnaîtrez ma joie ! Lisez ivresse et bonheur à tout ce qui sera indéchiffrable. Vous direz à tout votre monde qu'étant venu à Leipsick pour affaires, je viens à Dresde par politesse et pour vous faire mes adieux avant votre retour dans vos foyers. Faites-moi retenir un appartement à la StacU- Rom; j'aurais besoin de trois pièces : un petit salon, une chambre à coucher et un cabinet de travail. J'ai de la besogne par-dessus la tête et je travaillerai de cinq heures du matin à midi tous les jours; de midi à sept heures, je serai chez vous, et vous dirai bonsoir à huit heures. Comme vous voyez, il n'y aura pas place pour un Saxon ni pour un Polonais dans tout cela. Cette fois-ci, je vous dis adieu sans douleur, car mes malles sont là; je sors pour mon passe-port et pour mes épreuves.

Je voudrais ne pas être, comme à mon rapide passage par Dresde, sous les toits à h Stadt-Rom, mais pas pins haut que le second; j'apporterai avec moi mon triste bippocrène, mon café, car ce sera peu que de travailler sept heures par jour pour tout ce que j'ai à faire. Allons, je vous quitte, adieu! Cette fois, je suis sûr de vous voir bientôt, et plus tôt même que vous ne le pensez peutêtre.

GCLXXXVI.

A M. FROMENT MEURICE, A PARIS

Mai 1845.

Mon cher aurifaber,

Je vous remercie de votre canne aux singes, duut le dessin est d'une perfection inouïe, et digne de vous.

Puis-je compter que, pendant mon absence, vous me monterez les agates, vous finirez mon lézard, vous ferez mon coiTret? et voulez-vous, puisque vous ne m'avez pas donné le support, en faire un second, comme pendant?

Si vous étiez aimable, je trouverais tout fini le 16 mai, jour de ma fête.

Mille affectueux compliments.

Je souhaite que madame Froment Meurice se rétablisse promptement.

Je vous envoie l'inscription à mettre en relief sur le coffret et que j'ai promise à votre metteur en œuvre.

CCLXXXVll.

A MADAME EMILE DE GIRARDIN, A PARIS

Paris. 2 août 1845.

Hélas! j'ai trois affaires qui me condamnenï à rester chez moi. D'abord, l'éiai irés-inquiéiant d'une personne de mes amies qui s'est blessée, et pour laquelle il y a cousultaiion de docteurs, où j'ai bien peur que chacun

ne prêche pour son sein!... Puis un cas grave survenu dans la vie d'une autre personne à qui je m'intéresse, et qui prend rendez-vous chez moi pour traiter cette affaire. Enfin, les Paysans exigent que je travaille toute cette nuit.

Ce qui me console, c'est de vous savoir entourée des tigres et des lions de la littérature, de poésie et d'esprit; et l'absence d'un humble prosateur, remarquable seulement par sa mine joviale, ne se fera pas sentir. Vous serez au milieu d'une pléiade; que feriez-vous, madame, d'un vendeur de pommes?

Autant de respect que d'amitié, c'est tout vous dire.

On a oublié de mettre ce petit mot dans le panier de pommes envoyé à la plus spirituelle et à la plus belle.

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