‹ Correspondence 1819-1850Chapitre 36 sur 81 · A MADAME HANSKA, A DRESDE · texte numérisé non relu

A MADAME HANSKA, A DRESDE

Mercredi, 15 octobre 18 45.

Chère comtesse,

Je pars de Paris par la malle le 22, comme vous partez de Mulhouse, et je serai le 23. à cinq heures, à Chalon; c'est moi qui vous donnerai la main pour descendre de voiture. Ma place est retenue et payée. Comment voulezvous que je vous adresse de Paris, mercredi, une lettre pour Francfort-sur-Mein , à vous qui quittez cette ville jeudi? y dii reçu hier à Passy votre troisième lettre, où vous me donnez ces indications, et nous sommes au mercredi 15. C'était impossible! J'en gémis d'autant plus que je ne peux vous envoyer une lettre pour la douane de Strasbourg, où je voulais vous recommand£r.

Répondez à votre diseuse de bonne aventure que ses cartes ont menti, et que je ne m'occupe pas d'une autre blonde que la Fortune. Non. je n'ai* pas d'autre langage que le muet langage du cœur pour vous remercier de celte adorable lettre n° 2, où éclate votre gaieté avec son pétillant entrain, doux trésor de votre charmant esprit que le beau temps vous a ramené ; car, comme vous disiez une fois: « Il n'y a que les malfaiteurs qui peuvent rester tristes en présence d'un joyeux soleil. » Je me sers de cet excellent M. Silbermann qui vous remettra ces quelques lignes, non pour vous dire que vous me trouverez à Chalon, votre instinct d'amie a dû vous en avertir; non

pour vous expliquer pourquoi vous n'avez rien reçu à Francfort, mais pour vous peindre mon extase en lisant celte lettre. Votre joie enfantine et purement physique m'a pénétré; j'ai admiré cet adorable naturel si enjoué, si spontané et si sérieux à la fois, parce qu'il est composé d'impressions vives et de sentiments profonds. Enfin, j'ai eu les yeux baignés de larmes en remerciant Dieu avec ferveur de vous avoir rendu cette santé,, à laquelle vous ne tenez que pour les vôtres, pour ceux qui vous aiment comme vos enfants et votre vieil esclave fidèle. Chaque fois que je vais respirer votre air, votre cœur, votre présence, je reviens désespéré des obstacles qui m'empêchent de rester dans le ciel.. Aussi je travaille, Dieu seul sait comment, car Dieu seul sait pourquoi! Quand vous tiendrez cette lettre, il est plus que probable que je n'aurai plus de dettes que celles de la famille. Nous causerons de mes affaires sur le bateau de Chalon à Lyon. J'en aurai long à vous dire là -dessus, et j*espère que, cette fois, vous ne serez pas trop mécontente de votre serviteur. J'ai énormément à faire, à écrire, à corriger, avant d'être libre de vous accompagner. J'espère pouvoir vous conduire jusqu'à Gênes. A qui confierais-je le soin de vous tenir la tête si vous étiez malade sur mer? Si vous me laissiez faire, j'irais jusqu'à Naples; je sacrifierais tout, même une fortune, pour garder une amie telle que vous et la soigner en cas de mal de mer. Je ne peux pas vous savoir livrée à des étrangers, à des indifférents; je veux être auprès de vous, ma chère comtesse aimée, ma brillante étoile, mon bonheur!

iCO CORRESPONDANCE.

Toute cette semaine, j'ai été coiiiiiie un ballon; vous savez ce que sont les courses d'affaires à Paris, j'en suis vraiment accablé. Les minutes valent des heures pour moi, si je veux ne perdre que de l'argent en voyageant, car il me sera impossible de recueillir aux journaux le prix des Petites Misères (trois feuilles), de la Femme de soixante ans (une feuille), des Comédiens sans le savoir (trois feuilles) ; en tout, sept feuilles de la Comédie humaine qui valent au moins six mille francs. Ce n'est pas une perte, c'est un manque de gain. Je n'ai pas le temps, et personne ne peut me suppléer pour vendre cela. Pour le moment, d'ailleurs, aucun journal ne peut prendre, ils ont tous des romans commencés. Les jîardies seront payées cette semaine; il m"a fallu aller cinq fois chez M. Gavault sans le trouver; j'ai fait quatre courses inutiles à r Époque. Enfin, je vous raconterai tout; il est stupide de causer affaires ici, quand nous aurons une journée en bateau de Chalon à Lyon, et une autre de Lyon à Avignon. Je tâcherai de vous préparer des logements comme dans nos voyages passés; car je crois que vous serez bien forcée de vous arrêter parfois pour vous reposer quelque peu.

Je n'ai point reçu la coupe; je ne sais pas si la poste se charge de ces sortes d'expéditions; en tout cas, elle ne sera pas perdue; vous savez que j'en veux faire un souvenir symbolique : elle sera soiflenue par quatre figures : la Constance, le Travail, l'Amitié, la Victoire.

Bade a été pour moi un bouquet fleuri sans une épine. Nous y avons vécu si doucement, si paisiblement, et tellement cœur à cœur! je n'ai jamais été si heureux de ma vie; il me semblait entrevoir l'image de l'avenir que j'ap-

pelle et que je rêve au milieu de mes ennuis et de mon accablante besogne. Mais j'irais au bout du monde à pied, vous dire que vos lettres sont pour moi, dans l'absence , ce que vous avez été vous-même à Bade, un de ces chefsd'œuvre du cœur qui ne se rencontrent pas deux fois dans une vie humaine Oh! si vous saviez comme vous êtes bénie, aimée, appelée à tf ut moment! Hier, je sentais mes yeux se mouiller de larmes heureuses, en songeant à tout ce que vous êtes pour moi; j'y ai pensé longtemps avec une douceur de souvenir dont rien n'approche. Ce sont mes excès, je me permets cela , comme votre friande enfant se permettait des alberges.

Je vous quitte, j'ai cinq feuilles de Comédie humaine à corriger. Je vous écrirai encore demain avant tout travail. Vous pouvez bien vous dire que, malgré mes travaux, mes courses, mes affaires, à toute heure, je pense à vous; que votre nom est sur mes lèvres, dans ma tète, dans mon cœur; enfin, je ne respire et ne vis que pour vous. Vous pouvez ajouter que je me dis et me répète sans cesse à moi-même : « Le 2^, je la reverrai, je vivrai dix jours de sa vie ! »

Cette lettre partira le 17 ou le 18 pour Strasbourg; M. Silbermann vous la remettra en personne.

Chère comtesse, je travaille beaucoup; je vous ai écrit avec une telle hâte hier, que je n'ai pas eu le temps de relire ce que je vous écrivais; je vais mettre cette lettre à la poste aujourd'hui, car je n'en aurai pas le temps demain : je prends médecine, et puis lundi autant, M. Nac-

quart l'exige. En outre, j'ai des courses et des travaux excessifs, il m*est impossible de vous dire un mot. D'ailleurs, je vous vois d'aujourd'hui en huit peut-être... Je veux que vous ayez cette lettre à Strasbourg à votre passage; or, si M. Silbermann est à la campagne dimanche, et que vous arriviez lundi à Strasbourg, il pourrait y avoir malentendu; il faut donc qu'il la reçoive samedi, et, pour cela, il faut qu'elle parte aujourd'hui jeudi. Il sera ainsi prévenu d'aller vous voir.

Avec l'attrayante perspective de ce bienheureux 2f», il m'est impossible de coudre deux idées ensemble ; j'ai la triste certitude, d'autre part, de ne pouvoir faire une belle œuvre littéraire tant que je ne verrai pas clair dans mes affaires et que je n'aurai pas payé intégralement tous mes créanciers. Ennuyé par ce cùté-là, et absorbé de l'autre par un sentiment profond, exclusif et passionnément dominateur, je ne puis rien faire, — l'esprit n'y est plus! — ce n'est ni une plainte ni un compliment, c'est la vérité. Je viens de prendre un parti pour obvier à ce petit malheur : c'est de terminer le volume de la Comédie HUMAINE en souffrance (le XII*) avec Madame de la Cliau' terie; cela me dispense de faire sept feuilles qui valaient neuf mille francs. Loin de vous, je ne suis heureux que lorsque je vous revois par la pensée et le souvenir, quand je pense à vous, et j'y pense trop souvent pour la copie.

J*ai reçu la jolie coupe et j'en veux faire une merveille. Quand vous tiundroz cette lettre , dites-vous que nous allons l'un vers l'autre. Prenez bien garde à tout! Soignez votre sanié, c'est le bien de votre enfant, je n'ose dire le mien, et pourtant ai-je autre chose au monde? Si quelque

chose vous déplaît de ce que je dis ici, pardonnez-le à la hâte avec laquelle je griffonne. Je n'ai que le temps de fermer ma lettre en vous disant : « A bientôt! »

CCXGI.

A M. MÉRY, A MARSEILLE

Paris, 21 octobre 1845,

Mon cher monsieur Méry,

Voulez-vous avoir la bonté de me retenir une place à la malle-posie de Marseille pour Paris, à la date du 2 novembre prochain? Vous me rendrez un petit service assez important, car j'aurai besoin de revenir promptement à Paris, en ne faisant que toucher à Marseille.

Vous seriez également bien aimable de retenir à l'hôtel d'Orient, pour le 29 et le 30 octobre, un appartement convenable pour quatre voyageurs, consistant en un salon et une chambre à coucher, et deux autres chambres à coucher, plus une chambre de domestique, et de les retenir à mon nom afin d'éviter tout quiproquo.

Madame de Girardin me charge de vous dire que madame Damoreau va répétant que la Croix de Berny est un chefd'œuvre : vous saurez sans doute pourquoi.

Trouvez ici, d'avance, mes remercîments et Texpression de mon admiration pour vos rares talents.

k MADAME HANSKA, A NAPLES.

Marseille, 1 2 novembre 1845.

J'arrive à l'instant, je n'ai ni mes bagages ni mon passeport, je n'ai pas déjeuné; mais, pendant qu'on apprête la table, je me mets à vous écrire, chère comtesse, selon mon habitude; c'est, en arrivant, mon premier et mon plus grand besoin.

E dunqiie, il a constamment venté depuis Naples, vente grand frais, comme ils disaient sur le bateau, et il y a eu beaucoup de mer; c'est, vous le savez, les deux innocentes paroles sous lesquelles les marins déguisent les plus affreux temps; et lé nôtre a été si gros, que nous avons été obligés de relâcher à Toulon hier; mais la Santé n*a point voulu permettre au commissaire du bord et à votre humble serviteur (diplomate) d'apporter les dépêches les plus importantes que jamais l'Orientait expédiées! 11 était sept heures, le soleil était couché, la Santé ne vaque plus; nous avons dit à la Santé qu'elle assumait sur sa tête la plus grande responsabilité, qu'elle jouait gros jeu : la Santé nous a ri au nez, et il a fallu passer la nuit à bord et continuer vers Marseille. Je n'ai pas été malade; mais tout le monde, les marins exceptés, Ta été rudement. Ce n'est pas tout : nous avons eu constamment de la pluie à verse, le Tibre et lArno se voyaient en mer, à leur jet jaunâtre, jusqu'à une grande distance; le littoral a été noyé. A tous mes chagrins, aucun ennui n'a manqué, vous le voyez I J'ai eu

cependant une distraction : je suis allé à Pise, et, malgré la pluie battante, j'ai tout vu, excepté, il est vrai, votre admirateur M. G... La cathédrale et le baptistère m'ont ravi ; mais à ce ravissement s'est mêlée la pensée que, jusqu'à présent, cette année, je n'avais rien admiré sans vous; et je n'ai plus alors regardé ces belles choses qu'avec la plus profonde mélancolie. A Givita-Vecchia, j'ai mis pied à terre en mémoire de vous, et je suis allé revoir ce magasin d'antiquités où vous vous étiez assise, et j'y ai appris que la Bocarmé avait déjà fait des histoires sur mon voyage, sans aucune importance d'ailleurs; qui pourrait se soucier des bavardages de cette vieille intrigante ? Vous aviez mille fois raison, et je me suis bien repenti d'avoir écrit votre nom pour Anna, comme je me repens toujours quand j'ai le malheur de ne pas vous obéir ou vous deviner complètement. Tel est l'exact récit des faits de mon voyage. Quant aux sentiments, il faudrait inventer des mots nouveaux, tant vous devez être fatiguée de mes doléances. J'ai regardé l'hôtel de la Victoire aussi longtemps que j'ai pu ! Pas une femme ne s'est montrée à bord; elles se sont manifestées par d'affreux vomissements, qui faisaient craquer les boiseries presque autant que la rage de la mer... Voilà mon déjeuner qui vient m'interrompre.

Minuit.

Méry sort d'ici ; je lui ai offert du thé et un whist à dix sous la fiche, ce qui, comme vous voyez, n'est pas ruineux. Voici l'histoire de cette journée. Quand j'ai eu déjeuné, je me suis couché, tant j'étais fatigué. Méry, à qui j'avais écrit un mot, est venu pendant mon sommeil et m'a trouvé

dans une pose si magnifique de repos, qu'il l'a respectée; mais il est revenu comme je m'habillais, et nous sommes allés voir un marchand d'antiquités chez qui j'ai trouvé de bien belles choses. J'ai choisi quelques niaiseries pour moi qui m'ont paru de vraies occasions à saisir ; vous savez que je n'achète pas autrement. Au sortir de chez les marchands, nous avons été dîner eu causant, puis nous sommes revenus ici prendre le thé; j'ai perdu cent sous, et j'ai gagné la collaboration de Méry pour plusieurs pièces de théâtre que j'ai en vue. Il va faire copier lalTaire des deux savants et nous la ferons imprimer pour vous. Un curieux autographe de Méry et des vers qu'il a faits pour vous, en me chargeant de vous les envoyer, sont joints à cette lettre. Cela vous fera plaisir, n'est-ce pas?

Je pars demain à onze heures du malin; ainsi je ne serai resté que quarante-huit heures à Marseille et je ne m'y suis occupé que de bric-à-brac beaucoup et un peu de Méi*y. Maintenant que nous voici au 13, il faut que je ferme cette lettre et que je vous l'envoie, car il y a une occasion demain pour l'Italie.

1 3, neuf heures du matin.

Adieu donc, chère comtesse, je ne vous écrirai plus que dePassy. Vous savez si bien ce qu'il y a dans mon âme, dans mon coeur, dans mes souvenirs pour vous et pour vos deux enfants, — car Georges est bien votre premierné, — que je n'ai vraiment plus besoin de revenir làdossus. Je suis encore stupide de la mer: même en vous écrivant, j'ai le roulis du bateau dans la tète; vous m'excuserez, n'est-ce pas? Je vous ai écrit les pieds encore

humides de la mer, et, demain, je me remets dans la malle pour Paris. J'ai beaucoup dépensé, à part mes acquisitions; d'abord sur le bateau : l'eau n'était pas buvable, il a fallu prendre du vin de Champagne, et il a été impossible de le boire seul à côté du capitaine et du commissaire, qui étaient d'une attention admirable pour moi; j'ai donc eu beaucoup d'extraordinaire. J'ai dû aussi inviter ces messieurs à déjeuner ce matin à l'hôtel d'Orient; la politesse l'exigeait, et puis cela faisait un peu partie de mon costume d'auteur de la Comédie humaine. Ne criez pas à la dissipation, n'en dites rien à Georges, qui me prendrait pour un LucuUus et se moquerait de moi !

Mille affectueux hommages, mille gracieusetés de cœur à votre adorable enfant et à l'excellent Georges. Je vais travailler à aller vous rejoindre. Peut-être verrez -vous Méry à Florence ; il s'est arrangé pour être du voyage avec moi. Soignez-vous bien et dites-vous quelquefois qu'il est à Passy un pauvre être bien éloigné de son soleil. Je suis comme Méry bien frileux quand je suis à Paris, vous êtes ma Provence.

13, minuit.

J'ai eu jusqu'à ce soir pour donner ma lettre et j'en profite pour y ajouter encore quelques lignes et y mettre un dernier petit mot. D'ailleurs, ma grande souveraine tient assez à savoir tout ce que fait son dévoué et fidèle esclave. Vous saurez donc que mon déjeuner s'est bien passé, il a été fort bon et fort gai. Puis je suis allé chez Lazard, le fameux marchand de bric-à-brac de Marseille; puis nois avons dîné. J'avais fait le matin une petite visite à Méry, après vous avoir écrit, et j'ai vu son ménage. Pauvre poète !

lié par la plus vulgaire et la plus sale des ficelles, et, malgré les misères d'une pareille existence, plus ensorcelé que jamais de son Anglaise. Ah! si vous saviez de quel air, en parlant à un jeune homme dans la rue, il m'a dit à l'oreille : (( Charmant garçon! cousin de lady Greig... » Où étiezvous, comtesse?

Enfin, il faut vous avouer que je tombe de sommeil, car i*ai passé la nuit blanche, à cause du thé que j'ai pris démesurément hier, et que le garçon (un stupide Allemand) avait fait d'une force vésuvienne.

Au lieu de dormir, je n'ai fait que calculer et recalculer mes engagements d'une part, et de l'autre mes projets d'acquisition, ma maison à bâtir ou à arranger. Puis je pensais aussi à la plus belle année de ma vie, celle où je vous ai le moins quittée. Comme vous voyez, cette insomnie n'a pas été sans de grands charmes. Avant de se séparer, on avait fait un peu de baccarat, j'ai gagné quelque argent; si bien que la partie de Pise ne me coûte plus rien. Méry est d'une force extraordinaire au jeu, et toujours de plus en plus spirituel sous toutes les formes.

Je quitte Marseille dans onze heures et avec Tespoir de revoir le Rhône que nous avons vu ensemble, au moins jusqu'à Vienne. Combien de souvenirs , combien de doux entretiens j'y repêcherai ! Saurez-vous jamais avec quel nostalgique regret je vous cherche dans le passé où je vous ai vue, puisque je ne puis vous trouver dans le présent où vous êtes? Je me disais cela toute celte nuit en ne dormant pas. Si vous avez été réveillée dans cette nuit du 12 au 13, vous avez dû entendre prononcer tous vos noms avec des variations aussi douces qu'enfantines ; tousl

car chacun d'eux répond aux délicieuses facettes de votre charmant caractère, à votre enjouement communicatif, à votre incomparable douceur, à votre raison supérieure, unie à cette angélique indulgence qui vous rend la plus précieuse des amies ; oui, vous les avez entendues, ces pieuses et ferventes litanies, même dans votre sommeil, si vous dormiez, ou Dieu n'entend pas nos prières. Méry m'a parlé beaucoup de vous, vous lui êtes très-sympathique; il a bien remarqué votre front olympien, qui tient d'un dieu païen, de l'ange chrétien, du démon un peu (je veux dire du démon de la science). Ceux qui vous connaissent comme moi ne devraient aspirer qu'à une chose auprès de vous, c'est à comprendre, à goûter et à aimer de plus en plus votre âme, ne fût-ce que pour devenir meilleurs en participant à vous et à votre essence éthérée si parfaite. Voilà ma prière, le vœu de ma religion humaine et mou dernier élan vers vous.

A LA MÊME

Passy, 18 novcmbro 1845.

Chère comtesse, je suis arrivé hier tellement fatigué, qu'il a fallu me mettre au lit; je ne me suis levé que pour dîner et pour me recoucher aussitôt après; j'avais une horrible courbature avec de la fièvre; enfin, je me sentais tout moulu et brisé. J'avais excédé mes forces. A Marseille, j'étais en perpétuelle représentation, cela augmentait beaucoup la fatigue du voyage. Vous avez vu le métier que

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