A M. LAZARD, MARCHAND DE CURIOSITES, A MARSEILLE
Passy, 15 décembre 1845.
Mon cher monsieur Lazard,
La petite difficulté dont vous me parlez dans votre lettre d'avis provient, sans doute, d'une erreur de mémoire. Nous avons fait un bloc de l'acquisition pour le commandant du Tancrède et pour moi. Gomme cela roule sur dix francs, nous nous en entendrons à mon premier voyage à Marseille, qui aura lieu vers le mois de février prochain.
J'ai reçu mes objets. Trois assiettes se sont cassées par un défaut de précaution : il n'y avait pas assez de paille ou de foin, et les assiettes portaient sur la caisse. J'ai eu des difficultés avec votre entreprise de roulage, qui m'a envoyé les caisses un dimanche, et à six heures et demie du soir; ce qui est contre toutes les lois divines et humaines. Le charretier était gris ; il n'a pas voulu attendre mon retour, et il a dit des injures à la dame à qui les marchandises étaient adressées; puis il est allé déposer les caisses dans une maison de transit. Il en est résulté sept francs cinquante centimes de frais que je ne devais pas et que j'ai payés. Je me suis plaint au commissionnaire de roulage, qui m'a répondu que ceux qui n'avaient pas d'argent se plaignaient tous ainsi; et, quand il m'écrivait, il y avait deux jours, que j'avais soldé la lettre de voiture.
dont l'argent était prêt. Je vous engage à faire faire des plaintes, de Marseille, aux correspondants de Paris.
Maintenant, si vous aviez ou si vous trouviez des cornets de porcelaine de Chine pour aller avec mes deux vases, ayez l'obligeance de m'en prévenir; car je voudrais avoir l'occasion de les rassortir, et je les verrais à mon passage en février; mais avisez-m*en toujours.
Recevez mes civilités.
Si vous trouviez également de très-belles bibliothèque? de dix mètres de longueur sur trois mètres de hauteur, ou richement garnies, ou richement sculptées, je m'en arrangerais.
A M. MÉRY, A MARSEILLE
Paris, 1845.
Mon bon et cher Méry,
Je vous remercie mille fois de vos bons soins, et j'écrirai quelque part l'histoire véridique des rencontres d'un poëte et d'un sieur Lazard, marchand d'antiquités.
Je me hâte de vous dire que les époux Lazard m'ont fait, du premier mot, la glace huit cents francs et l'enfant indécent cinq cents, ce qui fait treize cents francs pour ces deux articles ; or, ce n'est rien rabattre que de rabattre trois cents francs. Laissez donc, je vous prie, entrevoir à Lazard que vous donneriez mille francs. Mais, tant qu'il n'accédera pas à ce prix, restez sur les ergots de vos neuf
cents francs; regardez stoïquement les objets en vous promenant dans votre capitale, et blaguez beaucoup Lazard. Vous savez que l'enlant est de bronze et la glace de plomb, et que cela ne s'envole pas. Ne reculez pas (F une semelle, et je vous aurai appris à vous mesurer avec les marchands de bric-à-brac.
Pendant que vous blaguerez ce digne Lazard, faites-moi le plaisir d'envoyer de temps en temps des amis à vous, pour marchander les deux objets, et qu'ils en offrent toujours, les uns cinquante, les autres cent francs, ceux-ci vingt-cinq francs de moins que vous. Après une quinzaine de ce régime, Lazard vous les donnera un beau matin. Faites-lui offrir aussi trois cents, quatre cents francs du tableau. C'est une scie qui fait beaucoup rire les artistes et qui commence ainsi : Portier, je veux de tes cheveux!
Si Lazard n'a pas cédé, il cédera lors de mon passage à Marseille. J'attends une lettre qui me permettra peut-être d'aller à Florence. Qui sait si nous n'irons pas ensemble? Je vous soignerai sur le vapeur. La prose sera aux pieds de la poésie.
Et votre roman pour la Presse, est-il aussi avancé que le mien, sur lequel il n'y a pas deux lignes de faites? Ohl le lansquenet!
Adieu; aimez qui vous admire, c'est-à-dire votre dévoué.
P.-S. — C'est moi qui ai tort sur l'article Râpe, et vous avez raison. Deux fois merci! Voyez (toujours en |)assant) si Lazard n'aurait pas de giands co nets de trente-six pouces de hauteur à personnages, et dans le genre des pots
que j'ai achetés. Il n'y en a pas à Paris ; j'ai prié Lazard de m'en clicicher dans le cercle où il rayonne.
Ne devenez jamais collectionneur : on appartient à un démon aussi jaloux, aussi exigeant que le jeu. Gagnezvous?...
Addio, carol
GGXCVII.