‹ Correspondence 1819-1850Chapitre 47 sur 81 · XLVI · texte numérisé non relu

XLVI

mais, soyez tranquille, je ne dépasserai jamais le seuil de la mienne pour y entrer.

J'ai conquis Lamartine par mon appréciation de son dernier discours (sur les affaires de Syrie), et j'ai été sincère, comme toujours, car véritablement ce discours est magnifique d'un bout à l'autre. Lamartine a été bien grand, bien éclatant pendant cette session 1 Mais quelle destruction au point de vue physique ! Cet homme de cinquante-six ans paraît en avoir au moins quatre-vingts; il est détruit, fini; il a quelques années de vie à peine; il est consumé d'ambition et dévoré par ses mauvaises affaires. Emile de Girardin était allé à la Chambre; donc, je n'ai point parlé des Paysans. Ce sera pour une autre fois. Quant à Véron, il prend mon roman de la Cousine Bette; mais nous avons à nous entendre encore sur le prix et sur les quantités. J'attends le directeur de la Semaine. En somme, outre les Paysans à finir, je vais avoir dix-huit feuilles de la Comédie humaine à faire et je serai bien avancé dans le payement de ma dette.

Vendredi 19.

Je me suis couché hier à six heures et demie, et j'ai dormi d'un sommeil proiond, malgré les 32 degrés de chaleur qu'il fait ici. Me voilà prêt à travailler de deux heures à dix heures du matin, car Dubochet ^t Kurne viennent déjeuner avec moi.

Nous allons avoir une conférence à propos de la Comédie HUMAINE, et Dieu sait ce qui en sortira; de nouveaux chagrins et des ennuis peut-être!... Aussi ne compté-je que sur mes travaux et mes payements de journaux, pour mes

solutions financières. Si je veux employer tout le mois de juillet à faire les Paysans, il faut que Yéron ait le manuscrit de la Cousine Bette dans les premiers jours du même mois; je corrigerai la Cousine Bette en faisant les Paysans.

Je voudrais bien que toutes mes caisses fussent enfin déballées; les belles choses attendues, l'inquiétude de savoir en quel état elles sont, agissent sur moi trop vivement, surtout dans l'état d'irritation que me donne la fièvre continue de l'inspiration et .de l'insomnie. J'espère avoir fini le Vieux Musicien pour lundi, en me levant tous les jours à une heure et demie du matin, comme aujourd'hui que me voilà rétabli dans mes heures. Je vous dirai demain combien de feuillets auront été faits cette nuit; il en faudrait douze pour me rendre satisfait de moimême.

J'ai remis à un autre jour mon dîner chez M. F..., à qui cependant j'avais à parler pour terminer l'affaire Hubert. Je serai sur des roses une fois ces trois affaires réglées : ma mère, Hubert, Buisson.

Comment allez-vous? Que faites-vous? Aurai-je une lettre ce matin? J'en avais demandé deux par semaine! je vous écris tous les jours, et vous n'avez ni Comédie HUMAINE à corriger et à augmenter, ni créanciers pour vous tourmenter.

Samedi 20.

J'ai reçu votre lettre hier à six heures et demie, et je n'ai pu vous répondre, car il a fallu dîner, et, après dîner, Cailleux (à qui j'avais écrit pour le meuble, le Salomon de Caux, etc., et à propos des portraits du roi et de madame

Adélaïde qui sont à Genève) avait pris Pheiire de huit à neuf, pour venir voir mon cabinet. J'ai à peine eu le temps de lire votre lettre dans la rue, et j'ai à peine le temps de vous répondre. D'abord, comme vous avez dû le voir, je n'ai pas attendu vos ordres pour vous envoyer les journaux, et vous deviez les avoir et les lire quand je lisais votre lettre. Le Cousin Pons, cette nouvelle de cinquante feuillets, va être terminé mardi; mercredi, je reprends l'autre partie des Parents pauvres, après avoir conclu avec Véron , que je dois revoir tantôt, à deux heures. Ce matin, je traite Méry et un rédacteur du Messager. Enfin, malgré l'épouvantable chaleur (j'ai 30 degrés dès neuf heures!), mon activité n'a jamais été si violente et mon travail si acharné; car, avant tout, je veux payer intégralement le chiffre de ma dette et gagner l'indépendance et le repos.

Je vous remercie pour l'envoi de la lettre d'Aducci : elle m'a fait mourir de rire, autant qu'on peut rire par une [-arcille chaleur; mon cabinet est une fournaise dès huit heures du matin. Je travaille la nuit, entre une heure et demie et neuf heures; de neuf heures à cinq, je trotte pour affaires. Vous voyez que je me remue pour vendre les florentins. Le tableau de Breughel va être vendu; si on m'en donne cinq cents francs, cela payera les frais de Rome, et au delà. Ce sera sans doute fini aujourd'hui. Chenavard trouve le Natoire une très-belle chose et Cailleux m'a dit que ce tableau avait été gravé dans le temps et avait de la valeur, parce que cela redevenait de mode.

Je suis très-cou lent du Vieux Musicien; mais la Cousine Belle n'est encore qu'une ébauche informe; il ne s'agit

même pas de perfectionnement, tout y est à inventer.

Allons, il faut faire la partie de copie que je dois faire tous les matins. Je ne me suis levé qu'à trois heures; Cailleux m*a tenu debout jusqu'à dix heures. Je vous envoie mes lettres très-régulièrement deux fois par semaine, mais vos réponses sont, hélas! bien rares et bien courtes! Oh! je vous en sui^.lie à genoux, par pitié, soyez donc moins avare de lettres et de détails; grondez-moi, dites-moi des choses désagréables, mais écrivez-moi! la vue de votre jolie petite écriture me rendra douces les amertumes de vos colères, qui ne sont jamais bien terribles; on a beau vous déplaire ou même vous blesser, on retrouve toujours en vous l'ange de paix et de mansuétude qui pardonne au lieu de punir.

Hier, j'ai tout changé dans mes heures de travail , à cause des chaleurs tropicales qui vous consument comme la braise d'un four allumé. J'ai dormi dans la journée de une heure à six heures et demie, et j'ai travaillé de sept heures du soir jusqu'à ce matin sept heures. Il faut faire de la copie pendant la nuit et dormir le jour, pour arriver aux résultats que je veux obtenir.

Ballard, un rédacteur du Messager, est venu avec Méry déjeuner chez moi ce matin. J'ai besoin de la caisse du Messager, car on ne puise pas sans peine à Paris trente mille francs dans les eaux du journal. Il faut avoir pour soi, aux Débats, Bertin; au Constitutionnel, Véron; à la Prtsse, Emile de Girardin; au Messager, le mnistre de rintérieur; dM Musée des familles, Piquée. J'ai encore quelques autres journaux sans influence personnelle. Or, c'est des affaires plus difficiles qu'on ne pense ; ce n'est rien que

l'invention, le travail, le drame : c'est le payement qui est tout. Quant à la librairie, elle expire, dit-on. Le public s'endort, il faut tâclier de réveiller ce despote ennuyé, par des cboses qui l'intéressent et l'amusent. Pour le moment, je suis assez content de mon Vieux Musicien. Q^iand vous lirez cette lettre, ce sera fini, car je suis en ce moment au trente-quatrième feuillet, et il n'y en aura que quarantehuit. Mercredi, je travaillerai à la Cousine Bette pour le Consiitutionnel ; aussitôt que ces deux manuscrits seront livrés aux compositeurs, je finirai les Paysans. En avril, je ferai les Méfaits d'un procureur du roi; puis, cet hiver, les Petits Bourgeois et l'Éducation du prince. Ne sera-ce pas une année bien employée , surtout avec un déménagement comme le mien? A dater du 15 juillet, je chercherai dans le faubourg Saint -Germain, ou à la place Royale.

La semaine prochaine, j'aurai fini les déballages; la caisse de Genève est arrivée au roulage, et les caisses de Rome sont à l'Entrepôt.

A présent, laissez-moi vous demander de chasser loin de vous les préoccupations inutiles et malfaisantes ; ne soyez pas triste, ne soyez même pas rêveuse -, soyez ce que vous êtes toujours, la providence et la joie de votre foyer; soyez son esprit, son cœur, sa bénédiction de tous les instants; une ligne de tristesse, un mot d'inquiétude dans vos lettres me fait tant de mal ! Je vous veux heureuse; c'est mon ambition à moi, et ma volonté est si forte quand il s'agit de vous, qr je ne doute pas du succès de ce vouloir. Il n'y a pas de jour, il n'y a pas de moment en ma vie, où je ne sois disposé et prêt à me

jeter dans un gouffre pour vous ôter un souci. Cela n'est pas une phrase , c'est un sentiment du cœur, profond et vrai, que vous avez toujours vu se manifester en actes, quand il le fallait; ce qui s'est fait dans le passé ne vous manquera pas dans l'avenir.

Écrivez-moi donc souvent et gaiement, et ne me dites pas que vous êtes obsédée, en forme d'excuse ; car, moi aussi, je suis obsédé et par les affaires et par les travaux et par les courses; et qu'est-ce que l'obsession du monde en comparaison ! et cependant je vous écris tous les jours, comme on fait sa prière en se levant; mais c'est que vous êtes toute ma vie..., que vous êtes mon àme tout entière, et que la moindre, la plus vague de vos tristesses se projette sur moi comme une ombre. Continuez donc à me raconter votre vie et vos impressions, ne me cachez rien, dites-moi toujours tout, le bon et le mauvais et jusqu'aux pensées involontaires.

G... est venu hier : il a été d'une bêtise amère; je suis épouvanté quand je pense que, sur dix fois qu'il sort, le roi l'emmène cinq fois, avec M. Fontaine. Le roi commet la même faute qu'a commise Napoléon : c'est de vouloir être tout; il y a un jour où les empires périssent quand péril l'homme qui les résume, ou quand il a besoin de se faire suppléer. Ce qui est sûr, c'est que le repos et la paix de l'Europe ne tiennent qu'à un fil, et ce fil, c'est la vie d'un vieillard de soixante-seize ans.

Vous partez de complication pour vos affaires, et celle-là donc?... Mais, comme voir-s, dites, il faut se fier à la Providence, car tout est danger, quand on sonde le terrain autour de soi. 3'avoue que rien ne m'étonne phis que de

2G0 CORRKSPONDANCE.

VOUS voir ainsi tourmentée de choses que vous ne pouvez changer, vous que j'ai toujours vue si soumise à la volonté divine, vous qui avez toujours marché en avant sans regarder de côté et d'autre, ni encore moins en arrière où s'engouffre le passé qui n'est plus qu'un cadavre. Pourquoi ne pas vous laisser mener par la main de Dieu à travers le monde et la vie, comme vous l'avez fait jusqu'ici, et ne pas marcher vers l'avenir avec cette sérénité, ce calme, cette confiance qu'une foi comme la vôtre devrait inspirer ? D'ailleurs, j'avoue qu'il y a dans ce fait de voir mon étoile, qui rayonne d'un éclat si pur, s'occuper d'intérêts matériels, je ne sais quoi qui me déplaît et me fait souffrir. Vous y avez déjà trop donné de votre temps et de votre belle jeunesse ; en dépit de vos instincts et de vos répugnances, vous étiez dominée par la nécessité, le bien-être de votre enfant et le sentiment du devoir. Maintenant que vous avez rempli vos obligations avec une si scrupuleuse et si méritoire exactitude envers votre adorable fille qui comprend si bien tout ce qu'elle vous doit, et que vous l'avez établie selon le choix de son cœur et daccord avec vos idées et vos sympathies, vous n'avez plus qu'à vous laisser aller à cette quiétude du repos que vous avez si bien mérité et déposer le fardeau des affaires entre les mains de vos enfants, qui continueront l'œuvre de votre patiente et laborieuse administration. Que pouvez-vous craindre pour eux, si sages, si éclairés, si raisonnables, si parfaitement unis, si bien faits l'un pour l'autre ? Pourquoi prévoir des événements hostiles à leur sécurité?... pourquoi redouterdes catastrophes qui, j'aime à le croire, n'arriverront jamais? En usant vos forces à

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créer des dangers imaginaires, vous n'en aurez plus pour vous défendre contre le danger réel, si tant est qu'il vous menace jamais, ce que je ne crois guère.

Cela ne vous paraît-il pas étrange et bizarre, à vous qui m'avez si souvent consolé et soutenu dans mes peines et affermi dans mes croyances, que je prenne insolemment ma revanche en osant ainsi vous donner des conseils, moi qui ai toujours et sans cesse besoin d'être soutenu, guidé et parfois même grondé par l'omnipotence de votre haute sagesse? Je ne sais si vous pourrez déchiffrer ce griffonnage sténographié à la hâte, et que, d'après nos conventions, je ne me donne pas l'ennui de relire.

Soyez tranquille au sujet des nostalgies : j'ai défendu à mon cœur d'en avoir; elles sont écrasées par le travail. Faites-en de même pour vos idées noires, dissipez-les en me les confiant et en me permettant de les combattre.

Adieu pour aujourd'hui, et à demain la continuation de ma causerie griffonnée. Faites mes plus tendres amitiés à vos chers enfants ; vous savez bien ce qu'il y a dans mon cœur pour eux. Adieu donc et au revoir bientôt.

GCCX.

A LA MÊME

Lundi, 2 7 juillet 1840.

Que ma troupe errante et vagabonde ne s'effraye pas d'une chose qui va nous rapprocher. Depuis cinq jours, je ne me sentais pas trèvS-bien; ce matin, je suis allé voir mon docteur, qui m'a dit qu'il régnait une épidémie do

forte cholérine, due aux excessives chaleurs dont nous souffrons en ce moment; il m'a prescrit une diète absolue et de l'eau gommée pour boisson. Je vais alors, pour me reposer, venir vous trouver à Creutznach et passer deux ou trois jours avec vous si la malle-poste le permet. Ce ne sera absolument rien que cette indisposition, et, de grâce, ne vous en préoccupez pas le moins du monde; mais, si cela n'était pas pris tout de suite, cela deviendrait du choléra sporadique; j'ai renoncé aux fruits, que je mangeais en abondance. Je n'avais plus de force, je dormais à tout moment, mes travaux étaient abandonnés. Comme ce n'est rien à cette heure, de Taveu du docteur, je vous dis la chose sans réticence et sans détour. Il est plus que probable que j'aurai la maison Potier; je vous en porterai le plan. En aoàt et septembre, on fera les réparations nécessaires, on posera les calorifères, on fera les peintures, etc. En octobre, le tapissier fera son œuvre, et, au mois de novembre, je pourrai emménager. Si les affaires vont bien, j'aurai un an pour acheter un petit terrain à côté pour une serre, ainsi que pour les écuries et remises indispensables. Je resterai dans cette espèce de Chartreuse jusqu'à la fin de mes jours peut-être, sans voir âme qui vive;

Oubliant tout le monde, et du monde oublié,

comme dit Chénier,

Ah! chère étoile lumineuse et souveraine! l'année dernière, nous étions à Bourges, nous courions la poste; mais vous étiez malade et triste, tout en voyant ces belles

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choses; souffrir dans le bonheur, au reste, c'est mon lot; car je suis bien heureux de vous aimer, et je souffre d'être ici, quand vous êtes à Creutznach; mais il le faut, quand on est enrayé comme je le suis par le travail et les affaires.

Mardi 28.

Il est six heures, j*ai beaucoup dormi, j'ai fait diète hier, je me sens tout à fait mieux. C'est aujourd'hui la fête de ma mère, il faut que je sorte toute la journée.

Il y a un an à pareil jour, nous étions à Montrichard; vous avez vu pendant quelques heures la belle vallée du Cher. Ah ! comme je sens, en refeuilletant ainsi le passé, qu'il n'y a pas de bonheur sans vous; depuis hier que je me repose, je suis en proie à une idée fixe, je reste en face de cet espoir : l'entendre et la voir!... Que voulezvous ! ne vous indignez pas trop, je vous en supplie, mais j'ai besoin de vous voir, comme on a besoin de manger quand on a faim ; c'est odieux, c'est brutal, c'est tout ce qu'il y a de plus révoltant peut-être, mais c'est vrai. Ma pensée m'entraîne à Creutznach à tout moment. Je vais achever le Constitutionnel, puis aller retenir ma place à la malle et retourner vous voir et causer avec vous, ne fût-ce que deux jours. Aurai-je une lettre ce matin?... je n'ose l'espérer.

Adieu; il faut se soigner et ne plus travailler que pendant quelques heures; c'est maintenant de sept à dix heures, car, après dix heures, la chaleur devient réellement intolérable.

Mercredi 29.

J'ai trouvé à la poste une lettre de vos enfants. Anna y a mis un petit mot qui m'inquiète; elle médit : « Maman est triste et souffrante ; vous devriez bien venir nous aider à la distraire. » Je suis donc allé retenir ma place jusqu'à Mayence, et je serai très-exact, vous ne me ferez pas le tort d'en douter, j'espère. Adieu pour aujourd'hui.

Jeudi 30.

On a encore tiré hier sur le roi; vous saurez cela par le? journaux; c'est vraiment odieux! cela va rendre notre malheureux pays impossible et haïssable aux étrangers. Je vais beaucoup mieux, le docteur a été prophète : en deux jours, tout a été fini et remis en bon ordre; mais je ferai encore diète aujourd'hui, et, demain, je reprendrai ma nourriture habituelle et mes travaux. Les chaleurs sont redevenues plus affreuses que jamais; en vous écrivant, je suis en nage : chaque pore, chaque cheveu a sa gouitc de sueur, et je suis trempé, comme si je sortais du bain.

J'ai été hier voir le feu d'artifice; j'avais dormi toute la journée, tant la faiblesse et la chaleur m'avaient abattu. L'illumination était fort belle, et je doute que Peterhof en ait jamais eu de pareille (en dépit de toutes vos admirations). Comme je vous ai souhaitée! et que de fois je me suis dit et répété que positivement, l'année prochaine, vous verriez cela avec moi! Malgré la chaleur et la diète, je me sens si bien remis de mon indisposition, que j'irai ce soir à la première représentation du

DocteiMT noir, et que, demain, je reprends mes anciennes allures et mes travaux nocturnes, moyennant le café bien entendu; et, le 17 août, vous me verrez à Greutznach, comptez là-dessus.

La fin d'Esther a eu un grand succès; la lettre a été comme un coup électrique, tout le monde en a parlé. La profonde vérité de nos mœurs judiciaires, rendue si dramatique, a surpris les gens du métier. Attendez VHistoire des parents pauvres, et vous verrez que j'en ferai une bien belle œuvre; mais n'ayez pas trop de confiance, car je peux me tromper aussi. Donc, tout va bien, et tout ira de mieux en mieux. Mais je vous aime tant, qu'il n'y a pas d'autre malheur possible pour moi que ce qui peut venir de vous seule, soit comme santé, soit comme sentiments. Les larmes me gagnent en revoyant certains gestes, certains mouvements de votre aimable personne, dans cette chambre obscure de ma cervelle où se peignent tous vos traits, votre adorable caractère, votre cœur infini de bonté, votre esprit, vos promenades avec moi, nos marches sur les routes, jusqu'à vos douces gronderies; enfin, toute notre histoire, où vous avez toujours été la plus noble, la plus pure, la plus sainte, la plus excellente

des créatures humaines.

31 juillet.

Nous avons hO degrés dans mon appartement: ma faiblesse est extrême, à cause de la diète absolue que m'a ordonnée le docteur. Ceci vous expliquera la brièveté do ma causerie de ce matin.

Hier, j'ai vu le Docteur noir : c'est le comble de la stupidité, la médiocrité dans ses saturnales; je me suis cou-

ché à une heure, el, ce matin, j'étais encore au lit à neuf heures. Je reviens de la poste et pas de lettres, hélas! C'est un soldat de la Méduse, regardant à l'horizon, et n'y voyant rieu, que votre pauvre serviteur sans lettres au retour de la poste. Allons, il faut lire et corriger mes épreuves.

CGGXI.

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