TRAITEMENT INDIGNE DE LA RACE DE COULEUR
Je fais allusion à l’attentat commis sur la souveraineté d’Haiti, qui compte 800,000 noirs faisant dans ce moment l’epreuve de se gouverner eux mêmes. G”est là un antécédent des plus instructifs, révélant manifestement le fond même de la nature du Général Grant; et cet épisode est constaté par des preuves et documents officiels. Ayant conçu l’idée d’annexer Dominica, qui est la portion espagnole de l’île ; ne reculant devant aucune extrémité, il débuta par se saisir du pouvoir de faire la guerre, en violation flagrante de la constitution ; puis, sans regarder à la dépense, il envoya divers batiments de la marine fédérale, y compris plusieurs moniteurs, pour maintenir au pouvoir
l’usurpateur Baez, espérant obtenir par l’intermédiaire de ce dernier l’objet de ses convoitises. Non content de son essai de dictature, il attenta à l’indépendance de la Répui* blique noire en la menaçant ouvertement de la guerre; le tout, ? ans l'assentiment du Con- ’grès, auquel est confié le pouvoir de déclarer la guerre.
Son amiral, muni d’instructions envoyées de Washington, pénétra dans !c port de Port-au-Prince, accompagné de notre plus puissant moniteur, le Dictateur , fort bien nommé pour l’occasion, de la frégate Severn , et d’autres moniteurs; se rendit au palais de l’Exécutif en compagnie des officiers de l’escadre, et montrant de la croisée les navires de guerre à l’ancre dans la baie, se livra à d’inconvenantes démonstrations, menaçant de prendre ou de couler tous les navires haytiens. Le Président de la République est* un noir. L’amiral se fut bien gardé de se conduire de la sorte à l’égard d’un chef appartenant à la race blanche, et notre pays n’eut jamais toléré 'semblable impudence de n'importe quel gouvernement. Ici donc est une indignité commise non seulement envers la République noire, avec ses 800,000 habitants, mais encore envers toute la race noire partout, où elle habite, et particuliérement envers la race noire qui habite not.e pays. L’indignité ne finit pas là ÎVnc.ant de longs mois, la marine des Etats-Unis louvoya le long des côtes d’Hayti, tenant ses habitants sous l’empire de la crainte et des angoisses; et le Président Grant était à leurs yeux comme une sorte de faucon planant dans les airs et guettant le moment de tomber sur eux.
EMPRISONNEMENT ü’üN CITOYEN AMERICAIN.
Un de nos concitoyens, appartenant à la race blanche, fut la Victime d’un traitement inhumain et injustifiable. Un honnête commerçant du Connecticut, estimé et aimé de tous ceux qui le connaissent, fut jeté en prison par Baez et y fut longtemps détenu parce qu’on craignait qu’à son retour à New-York il ne révélât le complot de ceux qui l’avaient imaginé. La captivité de ce commerçant fut prolongée grâce à la connivence de deux agents du Président Grant, l’un desquels est très en avant dans sa faveur et fait partie de son entourage militaire. Qu’une telle infamie ait pu être commise, prouve tout simplement le peu de cas que fa>it le Président des droits de l’homme, que ce dernier soit un noir ou un blanc.