‹ CorrespondenceChapitre 5 sur 16 · IL EST DIFFICILE DE SUPPORTER CES ATTENTATS · texte numérisé non relu

IL EST DIFFICILE DE SUPPORTER CES ATTENTATS

J’ai été mis à une rude épreuve, je l'avoue,

quand j’ai eu connaissance de pareils attentats. Supportant l’administration, désirant sincèrement m’entendre avec elle, je n’avais jamaisprononcé que des paroles amicales et obligeantes, quand il m’arrivait d’en p trier. Je gardais secrètement en moi mon opposition au traité d’annexion, à ce point que pendant un certain temps mon opinion à cet égard n’était connue de personne. Ce fut 'seulement quand je vis qu’on violait toutes les lois divines et humaines, que je sortis de mon silence; et alors éclata la colère des divers entourages du Président, entourage du Sénat et entourage militaire. Dévoué à la race africaine, je souffris de la voir humilier, et en outre, il me parut que la grande République, par l’intermédiaire de son Président, ne devait pas donner l’exemple de violer la constitution du pays et la loi internationale. Je fus profondément ému de voir la manière indigne dont on traitait la race noire, en marchant sur un principe fondamental de la loi internationale qui déclare l’égalité entre toutes les nations, de même que notre constitution déclare l’égalité de tous les hommes devant la loi. Les faits auxquels je viens de faire allusion, personne ne peut les défendre. Ils sont rangés parmi les antécédents du général Grant, et vous pouvez en juger si la race noire peut compter sur sa cordiale sympathie.

Il ne faut pas non plus oublier que, quelque temps après le retour d’une commission envoyée à iïayti, Frédéric Douglas, l’orateur noir, un homme de manières accomplies et singulièrement éloquent, fut exclu de la compagnie des commissaires, lorsqu’il voulut s’asseoir â la table à manger du bateau à vapeur qui transporte les voyageurs sur le Potomac. Cette indignité lui fut infligée à cause de la couleur de sa peau, et en vue du palais de l’Exécutif. Le Président, sur l’invitation duquel Frédéric Douglas avait joint la commission, ne fit jamais entendre une parole de condamnation en apprenant l’exclusion que je viens de rapporter. Il y a mieux : lorsqu’il reçut les commissaires à sa table, à leur retour à Washington, il eut soin de ne pas inviter Frédéric Douglas, qui cependant se trouvait alors à Washington, et répéta ainsi le traitement indigne auquel ce dernier avait été soumis.

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