AUTRES ANTECEDENTS
Je pourrais signaler d’autres faits pour montrer quelles sont les sympathies réelles du Président, mais je ne peux omettre la loi concernant les droits civils qui doit couronner l’édifice de l’égalité devant la loi, et aux bienfaits de laquelle tous les citoyens, sans distinction de couleur, doivent être appelés. Le Président Grant, qui pouvait intriguer dans les couloirs du Congrès en faveur de
ses projets sur Santo-Domingo,et malgré tout ses torts vis-à vis de la race noire, ne sut rien faire au profit de la mesure bienfaisante dont je viens de parler. Elle fut discutée constamment pendant une longue session du Congrès, et partout les gens de couleur suivirent la discusion avec anxiété: mais le Président ne laissa tomber de ses lèvres aucune parole de “ sympathie cordiale .” Enfin. à la veille de la réunion de la Convention qui le devait nommer, il adressa une lettre à une assemblée de gens de couleur, tenue à Washington en vue d’encourager le vote de la loi en question ; dans cette lettre, il passa à coté de la difficulté, en faisant la déclaration “qu’il était en faveur de l’exercice des droits qui appartiennent iustement à tout citoyen.” Il laissa ansi dans l’incertitude la question de savoir si les personnes de couleur doivent être appelées à l’exercice des droits énumérés dans la loi que discutait le Congrès dans ce moment. On m’assure que Greeley a été attaqué par un incorrigible démocrate parce qu’il s’est montré partisan de la loi dont il s’agit: mais personne ne s’est prononcé contre le Président à ce propos. Parmi ses précédents, je considère qu’il est de mon devoir de signaler le peu d’empressement ou de bon vouloir manifesté par le Président à l’égard de la race noire, soit pour la protéger, soit pour ramener la paix dans les Etats du Sud. Personne ne peut douter que s’il eut déployé un peu de cette energie et persistance qu’il a si largement manifestées dans l’affaire de Santo Domingo — sans même parler de toutes ses démarchés dans les couloirs du Congrès — nous n’aurions pas eu le spectacle de ces outrages commis par les Ku-klux, outrages si déplorables ; et par là, toute prétexte à demander de nouvelles lois au Congrès eut été évité. Mais le Président est incapable de rien faire, soit par la nature de son caractère, soit par les écarts dans lesquels il est tombé. Après avoir violé la Constitution et la loi internationale pour insulter la République noire, et en donnant l’example de l’insubordination, il n’est pas en position de punir ceux qui ne respectent pas les lois.