‹ Correspondence inédite avec la cour de VienneChapitre 12 sur 49 · PREFACE. XV · texte numérisé non relu

PREFACE. XV

i< agité, se lever tout à coup et se promener à grands « pas dans la chambre, jusqu'à ce qu'il fût parvenu à « maîtriser les puissantes émotions soulevées dans son u âme ! » Un pareil homme n'a ni le temps ni l'envie de polir des phrases; il n'écrit que pour se soulager et se décharger.

C'est pourquoi ses articles ne sont pas des pièces littéraires; il n'a rien de l'écrivain que l'éloquence; son style est rude, heurté, parfois incorrect; il ne faut pas lui demander la tenue irréprochable de Rivarol, la hauteur aristocratique et dédaigneuse de Joseph de Maistre, il ne songe pas à lui-même, à la gloire, au grand art, aux grandes manières, au bon ton; il ne pense qu'à son œuvre, à la vérité, au bien public, aux idées qu'il défend; il n'est qu'un loyal ouvrier, artisan de persuasion et de preuve. Mais, au préalable, il s'est persuadé lui-même et par tant de preuves si fortes que son esprit et son cœur sont pleins et débordent. Cela fait une grosse source bouillonnante, du jet le plus puissant et le plus continu, un courant intarissable de logique et de passion qui coule droit, à pleins bords; on est entraîné, on ne s'arrête pas à remarquer les flaques d'écume, les éclaboussures et les excès de la parole militante ; on entend une voix mâle, tendue et passionnée, un accent grave et vibrant, la douleur d'un grand esprit révolté par le spectacle de la sottise et de la folie, l'indignation d'un cœur généreux outragé par le triomphe de la brutalité, du mensonge et du crime. Sans le vouloir, et par cela seul qu'il écrit de verve, il a souvent des mots poignants, des saillies ou des arrêts brusques, des cris

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