‹ Correspondence inédite avec la cour de VienneChapitre 11 sur 49 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

(c France ", voilà sa part dans la Révolution; il a passé quarante mois « sans être assuré, en se couchant, de se « réveiller libre ou vivant le lendemain » . Réfugié en Suisse, il est chassé de son pays par la brutale invasion de 1798; un décret spécial le retranche nominativement de sa patrie conquise et francisée de force par le Directoire. « J'ai tout perdu avec la Suisse, dit-il en arri- « vaut en Angleterre, patrie, parents, amis; il ne m'en « reste que des souvenirs déchirants « , des souvenirs d'oppression, de rapine, de rapt, de meurtre et d'incendie. « La Suisse, comme Athènes après l'invasion «d'Alaric, n'est plus, selon le mot d'un rhéteur byzantin, « que la peau vide et sanglante d'une victime offerte « en sacrifice. » Dans son dernier asile, il fonde et rédige le Mercure britannique, il poursuit son œuvre et meurt à la tâche, épuisé à cinquante ans, laissant les siens sans ressource, mais avec la conscience d'avoir vécu en honnête homme, sachant qu'il a fait son devoir et plus que son devoir, puisqu'il a combattu en volontaire, bravement, sans relâche et jusqu'au bout, contre les attentats des jacobins, contre les illusions des émigrés, pour la civilisation et la justice. Dire la vérité hautement et librement, voilà le premier besoin d'une âme sérieuse et sincère; « Sans l'hospitalité du peuple « anglais, écrivait-il, j'éprouverais encore le tourment « du silence; jamais trop de reconnaissance ne payera « le bienfait de cet affranchissement. » A ce profond soupir, on sent la force et la chaleur d'une conviction méditée qui ne peut pas se taire. « Que de fois, dit son « fils, je l'ai vu, pendant qu'il écrivait, bouleversé,

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