PREFACE. IX
plus âpres. Tantôt en brusques silhouettes, tantôt en larges et profondes esquisses , tantôt en grands tableaux achevés, il représente une classe entière, noblesse ou clergé, Parisiens ou provinciaux, administrateurs de la Constituante, proconsuls de la Convention, fonctionnaires du Directoire, hommes de la Terreur, hommes de thermidor, hommes de vendémiaire , royalistes du dedans, émigrés du dehors, feuillants, girondins et jacobins de toutes les époques, avec des statistiques approximatives, des chiffres probables et des détails probants, par des anecdotes significatives, par des traits de caractère et de mœurs. Sur les jacobins, notamment, il revient à vingt reprises : c'est qu'ils sont la faction active et dominante; personne, sauf Burke, n'a si parfaitement compris leur fanatisme, leurs instincts et leurs procédés de sectaires , l'enchaînement de leurs dogmes, leur ascendant sur les esprits incultes ou mal cultivés, la force de leur propagande, la puissance et la malfaisance de leur rêve, leur aptitude à détruire , leur incapacité pour construire, leur appel aux passions dissolvantes et meurtrières, le mécanisme intime par lequel leur doctrine transforme un demi-lettré ou un artisan utile en un « philosophe à pique » , et le conduit de l'ignorance à la présomption, de l'enthousiasme au crime, en lui persuadant qu'il sauve la patrie et qu'il régénère l'humanité.
Enfin, voilà de l'histoire vivante, l'histoire des passions effectives et des volontés qui ont agi; on les touche, on les tient, on démêle leur qualité, on saisit leur ori-