LE COMTE D'ARTOIS A LA COMTESSE DL\NE DE POLIGNAC
Le jeune Villerot. — M™' de Polastron.
Uliu, ce 7 juin 1791.
Yaudreuil a été assez aimable pour me donner de vos nouvelles, ma pauvre mère, et vous jugez le bien qu'il m"a fait en m'assurant qu'il vous avait trouvée un peu mieux. Soignez-vous pour vos amis ; comptez-moi de ce nombre ; croyez à tout le tendre intérêt que vous m'inspirez, et fortifiez-vous du juste espoir de voir bientôt terminer nos peines.
Je ne sais plus où est votre jeune ami (1). S'il vous a rejointe, je veux vous le laisser le plus longtemps possible; mais il a une boussole sûre, en se laissant guider par Yaudreuil.
Mon amie ne sera plus avec vous quand vous recevrez cette lettre. Elle aura quitté ses parents avec regret; elle aura été affligée de se séparer de vous ; mais, tout franc, ni elle ni moi n'aurions pu résister à un aussi grand éloignement, surtout dans de pareilles circonstances. Mais le ciel permettra que nous soyons bientôt tous réunis, et pour ne plus jamais nous quitter.
Elle va à Bruxelles, comme vous le savez. Elle y sera avec ses amies, avec plusieurs de ses parents, avec M'^^de Yaudreuil, et sa position sera décente et convenable.
Adieu, ma pauvre mère. Yous voyez que je compte bien sur vous, puisque je vous parle autant de ce qui m'intéresse; mais je suis tranquille, et je n'ai pas même peur de vous ennuver.
Adieu ; aimez-moi bien, et croyez que mon amitié pour vous est à la vie et à la mort.
(1) Le jeune Edmond de Villerot, fils naturel de la comtesse Diane et du marquis d'Autichamp. (Feuillet de Cgxches, t. III, p. 319.) Voir plus loin a lettre de M. de Vaudreuil du 2'à avril 1791.
Mille tendresses, je vous en prie, à votre frère, à votre sœur, enfin à tous mes bons et vrais amis.
M. DE YAUDREUIL AU COMTE D'ARTOIS
Pas de nouvelles du duc de Polignac. — Mémoire de Froment. — Le Vivarais. — Le camp de Jalès — Choiseul-Gouffîe; . — Lettre du Roi à M""* de Polignac. — Kaunitz. — Les colonies. — Lettre du club des Jacobins. — Pologne. — Calonne. — Nécessité d'envoyeiquelqu'un aux Tuileries.
(A Vicence), ce mardi 7 juin (1791).
Aussitôt la réception de votre courrier, Monseigneur, j'ai communiqué à M. de Las Casas le mémoire et les lettres destinées pour l'Empereur. Il a désiré en avoir copie, et a jugé que c'était l'occasion de faire partir un courrier pour l'Espagne et d'en faire partir un autre après le retour du duc de Polignac. Il pense que ce n'est pas le moment de ménager les courses, et son zèle est véritablement bien actif et bien méritant. Denis n'a pu partir de Venise que le samedi 4, pour aller à Milan. Aujourd'hui mardi 7, nous n'avons encore aucune nouvelle du duc, et nous les attendons avec bien de l'impatience. Selon mes calculs, je crois que le courrier sera ici demain, et j'ai engagé M. de Las Casas à venir demain à Vicence pour se trouver à l'ouverture du paquet, ses lumières pouvant nous être utiles, et ne voulant perdre aucun moment, tant pour le second courrier qu'il veut envoyer en Espagne, que pour le départ de Denis. C'est uniquement pour charmer mon impatience que j'ai l'honneur de vous écrire, car je n'ai encore rien de nouveau à vous mander.
Je joins à ce paquet le mémoire que M. Froment (1) a envoyé au comte d'Antraigues en réponse à la lettre que celui-ci avait écrite d'après vos ordres. D'après le contenu du mémoire de Froment et les nouvelles qu'a reçues d'An-
1) Sur Froment, voir p. 213, note 1.
traigues qu'il n'y a presque plus de moyens de contenir le Vivarais, il a mandé qu'on vous dépêchât, de la part de cette province, un député qui vous rendit compte personnellement de la situation exacte de la province, et qu'en même temps l'abbé de Siran (1) partirait pour la frontière d'Espagne, tandis que le général Beaulieu contiendrait de son mieux l'ardeur de Jalès, jusqu'à l'époque oij il faudrait s'en servir et la diriger utilement. Quant à la députation à Turin, vous verrez que Froment la croit inutile, et que, vu son inutilité, il serait mal fait de multiplier les démarches.
M. de Las Casas vient de me mander qu'un courrier a passé à Vienne allant à Constantinople pour y chercher M. de Choiseul-Gouffier, nommé ministre des affaires étrangères à la place de Montmorin, devenu gouverneur de M. le Dauphin. Cette même nouvelle m'a été mandée de Paris par le marquis de Yaudreuil. Si nous pouvons nous fier à une lettre écrite dernièrement par M. de Choiseul-Gouffier à la comtesse Diane, il n'acceptera pas ce dangereux honneur ou plutôt cette honte dorée. Sa lettre était pleine des protestations les plus positives sur ses principes royalistes et sur son mépris pour ses anciens amis, dont la conduite lui fait horreur. Mais ce n'est plus que par les actions qu'il faut juger les hommes, et non plus par leurs paroles. Peut-être, malgré cette profession de foi, M. de Choiseul est-il en route pour aller servir la révolution.
Il nous manque un courrier de France, qui n'était pas arrivé à Milan quand la poste en est partie pour Venise, et nous ne sommes instruits que de ce que vous nous avez mandé par Denis.
Le fils de M*""^ de Polastron (2) a eu plusieurs jours de
(i) L'abbé de Siran, vicaire général à Mende (Lozère), où il avait cherché à produire un mouvement contre-révolutionnaire. N'ayant pas réussi, il dut passer la frontière et se réfugier à Chambéry.
(2) Le fils de M'^' de Polastron. Anne-Henri-Louis, né le 19 octobre d78a. Il entra plus tard dans l'armée anglaise, et il était lieutenant de cavalerie lorsqu'il mourut de la fièvre jaune à Gibaltar.
fièvre assez forte, mais il est mieux. La comtesse Diane est, selon moi, beaucoup mieux depuis quelques jours. J'ai consulté pour elle Tliouvenel (1), qui était à Venise; il pense que ses accidents tiennent absolument à son temps critique; mais la bonne dame ne veut pas y croire. Je ne conçois pas pourquoi elle tient tant à ce qu'elle craint de perdre.
Il me paraît clair, tant d'après ce que vous a apporté Bonnières (2) que d'après une lettre datée du 12 mai, que le Roi a écrite à M™® de Polignac. qu'on avait mandé aux Tuileries que vous alliez passer les Alpes pour tenter quelque entreprise basardeuse et sans avoir aucun moyen de la part des puissances. Ce q li me le prouve encore, c'est que le Roi, en approuvant que le duc de Guiclie ne vînt pas à Paris, lui défend de vous rejoindre, à moins que l'Empereur n'y consente. Le duc de Guicbe a répondu que riionneur lui faisait la loi de vous rejoindre, et que cette loi était la première pour lui. Le Roi dit dans sa lettre à M"^* de Polignac : « Voire jeune ami me donne bien de Vinquiéliide : on le dit engagé dans un voyage au moins bien prématwé et qui pourrait tourner d'une manière funeste pour bien du 7nonde: ce n' est sûrement pas à Yenisequon lui a donné ce perfide conseil (3). » 11 n'est pas difficile de deviner l'écrivain qui vous a si bien servi. Tout cela part de la boutique de Soleure (4) et des agents à double mission (5). Au retour du duc de Polignac, nous en saurons davantage.
Les lettres de Vienne à M. de Las Casas mandent que M. de Kaunitz ne croit pas aux bonnes intentions de la
(1) Thouvenel (Pierre), niépecin renommé, né en 1745. Ayant émigré en 4790, il demeura dans les États Vénitiens jusqu'au moment où, sous le Consulat, il rentra en France. Mort en 181o.
(i>) Bonnières (Alexandre-Jules-Benoil de), né le 20 décembre 1749, mort à Paris le 11) décembre 1800, était avocat consultant du comte d'Artois membre de son conseil et intendant de sa maison.
(3) J'ai clfacé ce que j'avais écrit pour copier exactement les mots de la lettre {Sote de M. de Vaudreuil). Comp. plus haut p. 370, note 2.
(4) Le baron de Breteuil résidait à Soleure.
(o) Agents à double mission. Allusion à M. 'de Bombelles.
Prusse et de l'Angleterre pour nous : mais Las Casas esl persuadé que M. de Kaunitz est mal instruit.
Un incident fort fâcheux est que, l'Assemblée Nationale ayant décrété que les gens de couleur libres seraient admis comme les blancs aux droits de citoyens et aux assemblées coloniales, les propriétaires créoles qui sont à Paris ont fait demander protection à l'Angleterre. Cette démarche, dictée par le désespoir et la crainte de voir la colonie dévastée par les nègres et les blancs égorgés, peut avoir des suites funestes. La ligne de démarcation tirée entre les blancs etles gens de couleur faisait seule la sûreté de nos colonies; dès qu'elle est effacée, il n'y a plus de possibilité de contenir les noirs qui y sont cent contre un. C'est ce qui a décidé les propriétaires, en"rayés de ce danger imminent, de se mettre sous la protection des Anglais, qui ont un grand intérêt pour eux-mêmes à s'opposer à une invasion qni gagnerait et perdrait aussi leurs colonies. Toutes les villes maritimes sont en mouvement depuis ce décret et la démarche des propriétaires créoles; et nécessairement cela doit avoir de très grandes suites.
Je suspends ma lettre jusqu'à l'arrivée du duc de Polignac ou de Denis.
Ce 10.
Nous n'avons encore aucune nouvelle ni du duc de Polignac, ni du courrier que nous lui avons envoyé. Vous me connaissez trop pour ne pas juger de mon impatience; vous me voyez dressant les oreilles à chaque coup de fouet que j'entends, allant sur le grand chemin au-devant de Denis qui ne vient pas, etc.
Nous apprenons par Venise que le roi de Sardaigne doit avoir été le 7 à xMilan, Cela est de bon augure, et c'est sans doute le résultat de cette entrevue que le duc aura attendue avant d'expédier le courrier.
Ayez soin, Monseigneur, de faire retirer de Worms une lettre venant du club des Jacobins, adressée au club affilié
38i CORRESPONDANCE INTIME
de Yilleneuve-(le-Berg (1). Cet original a été porté jusqu'à Genève par un homme sûr, et de là mis à la poste pour Worms. Cet original vous est adressé par le président du club de Yivarais. homme voué à la bonne cause et qui ne s'est chargé de cette présidence que pour surveiller les enragés et savoir leurs secrets. Vous trouverez cette lettre importante; j'en ai la copie que d'Antraignes me charge d'envoyer à Sérent.
Nous apprenons par Venise quun abbé délia Guerra, missionnaire de la propagande, vient d'être arrêté à Milan. Il était bien muni d'argent et de papiers importants qui ont été saisis.
Je reçois une lettre du baron de Talleyrand, qui fait partir ses enfants pour vous rejoindre. Je prends la liberté de vous les recommander, et je vous réponds de la pureté de leurs principes.
M. de Roquefeuil est parti de Rome pour vous porter son zèle et sa volonté.
N'oubliez pas, Monseigneur, d'écrire au comte de Narbonne-Frizlar poste 7'estante à Genève. Le cardinal me mande qu'au premier mot de Monseigneur il se rendra près de lui. C'est un homme important à avoir, vu sa réputation et par le crédit qu'il aura en Dauphiné, où. il a commandé et où il est, comme partout, fort estimé.
Vous savez sans doute que l'électeur de Saxe est élu en Pologne pour succéder au trône, devenu héréditaire par le vœu national. L'Empereur et le roi de Prusse en ont déjà complimenté l'électeur. Que les hommes sont étranges ! Tandis qu'en France on veut détruire la plus ancienne des monarchies, la Pologne sent qu'elle ne peut trouver son bonheur que dans une monarchie héréditaire, et renonce volontairement au droit d'élection. Si vous n'aviez pas eu un aussi grand objet et d'aussi grands devoirs à remplir, vous auriez eu beaucoup de chances pour
(i) Le comte d'Antraigues était aux États Généraux député de la Sénéchaussée de Villeiieuve-de-Berg, en Vi\aruis.
vous, et des ouvertures en ont été réellement faites à M. do Bombelles, qui les a fort négligées (1).
Le petit Polastroii est absolument hors d'affaire; mais il nous a inquiétés pendant deux ou trois jours.
La comtesse Diane était infiniment mieux hier, et en tout je vois de l'amendement dans son état.
M. de Las Casas ne viendra ici qu'après le retour du duc de Polignac; ainsi le courrier vous sera expédié avant que M. de Las Casas ne vienne à Yicence.
Voici un article de la lettre du club des Jacobins au club affilié de Villeneuve-de-Berg-. Il est important à méditer. Le voici :
« Le 14 ou 20 juillet il est possible que nous convoquions « la nouvelle législature, pour entretenir l'activité du « peuple et tenir parole à nos négociateurs, qui, à ce prix « peut-être, nous assureraient des moyens de la Reine a pour retarder les projets hostiles.
(1) La Gonstitulioii do Pologne, votée le 3 mai 1791, déclarait le trône de Pologne héréditaire et y appelait, après la mort du roi Stanislas Poniatowski, alors régnant, l'électeur de Saxe et sa descendance. Ce prince n'avait qu'une fille âgée de neuf ans; elle fut aussitôt déclarée infante de Pologne, et son époux, dont le choix devait être approuvé par la Diète polonaise, devait devenir le chef de la dynastie future. Si cette dynastie venait à s'éteindre, la nation se réservait le droit de s'en choisir une autre.
Cette élection de la maison de Saxe au trône de Pologne avait été déterminée beaucoup moins par les souvenirs que les rois de cette maison avaient laissés en Pologne que par l'espoir que nourrissait chacun des deux partis dominants, de faire épouser la jeune princesse à son candidat : le roi Stanislas comptait la marier à son neveu, et les Gzartoryski â leur fils aine, celui qui est mort à Paris en 1861. C'est pour ce motif que les frères de l'électeur de Saxe et les autres membres de sa famille avaient été exclus de la succession. Voir le rapport du chargé d'affaires de Saxe à Varsovie, dans Herrmann, Ge^chlchte Ru^slands, t. YI, p. 355.
Quant au comte d'Artois, son nom ne se rencontre dans aucun des documents publiés jusqu'ici sur les affaires de Pologne. La seule indication qui semblerait coulirmer ce qu'écrit M. de Vaudreuil se trouve dans le Journal de Khrapowitzky (en russe), où il est dit à la date du 27 février 1793 : « 11 est arrivé une estafette du comte Nicolas Roumiantzow, annon- « çant que le comte d'Artois, frère du roi Louis XVI, est déjà en route, et « qu'il sera bientôt ici. L'impératrice n'est pas contente de cette visite. « Elle pense qu'il va l'importuner de différents projets et de ses prétentions « sur la Pologne. » Khrupowitzky était secrétaire particulier de Catherine, et inscrivait, pour lui-même et jour par jour, tout ce qu'il entendait dire à l'impératrice.
383 GORRESPOiXDAxNCIî: INTIME
« Mais cotte législature n'aura pas lieu de si tôt s'il est « possible, et dans tous les cas vous serez bien avertis, et « je vous porterai moi-même les intentions du comité « pour que le cboix des députés soit celui que nous vous « avons désigné; car dans cette circonstance il y va du « salut du peuple. »
Méditez bien cet article avec Galonné. Il me paraît très important.
Je suspends encore jusqu'après l'arrivée du duc ou de Denis.
Je joins à cette lettre celle que M™® Victoire m'envoie pour ^'ous, et les copies de la lettre que m'a écrite Galonné et de celle que vous avez écrite au duc de Polignac.
Le courrier arrive, m'a apporté la dopêcbe du duc à cacbet volant ; je l'ai lue à la bâte pour ne pas retarder le départ du courrier pour Goblence. Je n'ajouterai rien à ce que cette dépècbe vous dira; elle m'a paru claire et bien faite. Le résultat est que l'Empereur écoute les Tuileries, que l'agent réel des Tuileries est le baron de Breteuil, que la Reine conserve de l'éloignement contre Galonné, que l'Empereur dit qu'il travaille à le remettre en faveur comme le seul bomme bien capable pour la circonstance; mais l'Empereur y travaille-t-il en elïet ? y réussira-t-il? Les liaines d'une femme qui a eu tort me paraissent inextinguibles.
L'Empereur a beau dire que tout ce que le Roi lui demande par l'entremise du haron est conforme à vos vues et à tout ce qu'il a réglé avec vous à Mantoue, et que rien ne cbangera à cet égard ; tant qu'il sera en correspondance aussi suivie avec le baron de Breteuil. qui vous croise et veut tout rapporter à lui seul, vous aurez de grands obstacles à vaincre. Le duc de Polignac me mande qu'à cet égard il est impossible d'obtenir de l'Empereur qu'il ne corresponde qu'avec vous, le Roi ayant donné des pleins pouvoirs au baron de Breteuil qui doit vous les avoir communiqués. A moins que l'arrivée de Ghristin et
celle de M. de Durfort (1) n'aient chang-é les idées des Tuileries relativement à Galonné, j'entrevois de grands obstacles provenant de l'intrig'ue du baron et de la jalousie qu'il a contre Galonné . jalousie appuyée par les préventions toujours subsistantes de la Reine et continuelment excitées près du Roi par Montmorin.
Je vois aussi que l'Espagne correspond directement avec le Roi et la Reine; je ne sais par quelle voie, puisque l'Empereur qui la connaît ne la dit pas. 11 est donc clair que près de l'Empereur et près de l'Espag-ne c'est le baron qui vous prime. Point d'bumeur, mon cher prince, quelque fondé que vous soyez à en avoir. Avec de la patience vous triompherez des ennemis connus et des ennemis cachés, plus à craindre que les premiers. Quelle récompense du dévouement de mon ami! Mais sa récompense est dans son propre cœur et dans l'estime et l'amitié que vous lui accordez. Je crains qu'il ne prenne de l'humeur et qu'il no quitte la partie, de peur que les préventions qu'on a contre lui ne la rendent mauvaise. Son patriotisme seul et son dévouement pourvous le retiendront; car l'ambition n'est de rien dans son zèle, dont la source et le but sont également purs.
Je vois que vous ne ferez rien avant le mois de juillet même avancé; ainsi j'attendrai vos ordres ici, à Vicence. Ne rae les donnez pas surtout trop tard.
Ge que vous avez de plus pressé à faire est d'envoyer un homme sûr aux Tuileries, pour ramener à vous seul toute la correspondance et pour qu'on s'explique nettement au sujet de Galonné. Sans cela, de nouveaux obstacles se présenteront sans cesse.
Vous voudrez bien communiquer ma lettre à Galonné. Il
(1) M. de Durfort. Le comte Alphonse-Sarrasin de Durfort- Boissières (né en 1753, mort en 18:2i') avait été envoyé par le Roi et la Reine vers le comte d'Artois, et, s'étant trouvé à Mantouc à l'époque de l'entrevue du comte d'Artois avec l'enapereur Léopold. avait été réexpédié à Paris avec le plan élaboré dans cette entrevue. Il fit ensuite les campagnes de 1792, 1(3 et 'J4 dans l'arm Je de Condé et celle de 1795 sous les ordres de Lord Moira. Sous la Restauration, il djvint lieutenant-général.
me paraît si essentiel de ne pas retarder votre courrier que je ne me donne pas le temps de lui écrire, n'ayant à lui mander que les mêmes choses contenues dans cette lettre, et la dépèche du duc de Polignac vous mettant tous deux au fait de la position des choses.
Si vous pouvez obtenir pour le duc dePolignac la double autorisation qu'il désire, ce sera un grand avantage pour vous et pour la chose. L'homme que vous enverrez aux Tuileries peut vous rapporter cette pièce essentielle. Le duc ne reviendra ici que dans quelques jours, et vous enverra sans doute un courrier à son retour.
Votre amie, à laquelle j'ai montré la lettre que vous m'écrivez, est bien étonnée de n'avoir pas de lettre de vous. J'ai beau lui dire que vous la croyez partie, cela ne la satisfait pas. Son fds va beaucoup mieux, mais n'est pas encore en état de partir.
Je finis, parce que je juge votre impatience du retour du courrier. Je mets mon tendre et respectueux hommage aux pieds de mon prince.
M. de Las Casas m'écrit en ce moment que son courrier, parti deVicence le 30 avril, et même des lettres postérieures du 3 mai, sont arrivées à Madrid; mais on ne faisait que les recevoir, et on n'avait pas le temps de faire réponse; on allait s'en occuper.
Le nouveau chargé d'affaires de France est depuis quel- ([ues semaines à Madrid, et il trouve toutes les voies fermées pour être présenté au roi; il ne l'a pas été.
M. DE VAUDREUIL AU COMTE D'ARTOIS
Nouvelles de la colonie. — Barentin. — Séguier. — Confiance de la Reine en Beaumetz. — Querelles entre le Roi et la Reine. — Montmorin affirme que les puissances ne teronl rien pour le comte d'Artois. — La propagande en Brabant. — Le vicomte de >»oailles.
A Yicenco, 14 juin 1791.
Le duc n'est pas encore revenu. Monseigneur, mais il était décidé à ne pas quitter, tant qu'il resterait quelque chose en arrière; je compte cependant qu'il sera ici le 16. Je n'ai donc rien de nouveau à vous mander, et c'est uniquement de mes amis et de moi que je veux vous parler.
jVIme de Polastron attend le retour du duc pour partir et que son fils, déjà guéri de sa maladie, ait repris assez de forces pour bien supporter le voyage. La comtesse Diane est visiblement beaucoup mieux depuis quelques jours, et je commence à espérer qu'elle gagnera beaucoup en perdant. Il me paraît clair qu'elle joue à qui perd gagne. Les eaux de Yaldagno font toujours le même bien à M""" de Polignac. Pour moi, à mesure que l'espoir s'établit dans mon cœur, mes forces s'accroissent.
Avez-vous fait une réflexion. Monseigneur? C'est que M. de Barentin (1 ) est toujours garde des sceaux et chancelier en survivance, par conséquent l'homme nécessaire à avoir près de vous pour présider les parlements. Je sais que les parlements le désirent et y comptent. Il est à Milan et attend vos ordres. Rien ne peut se faire légalement sans lui, et les parlements sont ^aussi importants que les armées. D'ailleurs vous connaissez la pureté de ses principes, et
(1) Barentin, né en 1738, garde dos sceaux le 19 septembre 1788, émigré aprésla prise delà Bastille, rentré eu France au 18 brumaire, mort enl819
les parlements l'estiment et ont confiance en lui. Séguier(l) a dû aller à Worms. J'espère qu'on vous l'aura dit.
Las Casas viendra ici dès que le duc sera de retour. Son zèle est invariable et infatigable.
On mande de Paris (c'est Cazalès) que la confiance de la Reine est à présent pour Beaumetz (2), qui est un scélérat très dangereux et très Iiabile; qu'il y a des querelles fréquentes entre le Roi et la Reine, mais que la Reine vient à bout de tout, en faisant peur au Roi. Montmorin a dit à Cazalès : « Le comte d'Artois et tout ce qui l'entoure sont « des fous. Je suis instruit et je sais positivement que les a puissances ne feront rien pour lui! » Cazalès a levé" les épaules et lui a tourné le dos.
Les Jacobins ont envoyé pour deux millions d'assignats en Brabant et à Liège, avec permission de les échanger et d'en distribuer le montant pour essayer encore de produire quelque insurrection. Le vicomte de Noailles est allé avec quatre mille louis en Alsace et en Lorraine pour remuer et corrompre. Cazalès lui a annoncé qu'il y serait pendu : le héros a pâli, et est parti.
Voilà tout ce que j'ai appris; mais vous êtes plus à portée d'être bien instruit que moi. J'attends avec bien de l'impatience le résultat du retour de Cbristin.
Recevez avec votre bonté ordinaire. Monseigneur, mes hommages, tendresses, respects et vœux.
Toute la colonie vous offre mêmes sentiments.
(1) Séguier, avocat général au parlement do Paris, né en 172C, émigré en 1790, mort à Tournay en 1792.
(2) Beaumetz, né en 1759, membre du conseil souverain d'Artois, député aux Etats généraux, où il appartint au parti constitutionnel. Il émigra en 1792, et, après avoir erré en Allemagne, en Angleten'c et aux Etats-Unis^ passa aux Indes Orientales, où il mourut.
DU COMTE DE VAUDREUIL. — 1 79 l G9i
M. DE VAUDREUIL AU COMTE D'ARTOTS
Accusé de récepliou d'une lellre du comte d'Arlois.
(Vicence), ce 14 mai IT'JI.
Je n'ai pas pu lire votre lettre au duc de Polignac, parce qu'il est encore à Milan, oiî je la lui envoie par un courrier, et que je n'en ai pas le cliiliVe. Je lui envoie aussi celle que vous m'écrivez, et j'y ajoute toutes les réflexions que me fournissent mon zèle et mes petites lumières.
Votre lettre, sous bien des rapports, m'a fait grand plaisir, et pour votre santé et pour etc.
J'avais déjà mis ma première lettre à la poste, quand j'ai reçu la votre, et je n'ai le temps que de vous écrire ces deux mots à la hâte pour vous accuser la réception de votre lettre et vous instruire que j'ai envoyé un courrier au duc.
Ci-joint une lettre d'une de vos amies.
M. DE VAUDREUIL AU COMTE D'ARTOIS
ludécisions de l'Empereur. — Un courrier des Tuileries à l'Empereur. — Offre de M™- de Champceuelz. — Exiger du Uoi <[ue le comte d'Artois soit sou seul repiésentanl auprès des cours- — Ali)honse de Durfort. — Intrigues de Breteuil el des Tuileries. — Les deux millions de l'Empereur.
A Vicencis ce 17 juin 1791.
J'écris à Calonne une lettre de seize pages qu^il vous communiquera, Monseigneur. Lisez-la, je vous prie, tout entière et avec attention. Vous y verrez le tableau fidèle de tous les sentiments que j'ai éprouvés; il y a de l'indignation, de la colère, même de la rage, et puis des folies, et
392 CORRESPO.NDANCE INTIME
je finis par la raison; mais ce qui y domine, c'est ma tendresse, mon dévouement pour vous et mon amitié pour Galonné. Je n'ai pu dormir ; jamais agitation n'a été pareille à la mienne. Non, je ne pourrai soutenir jusqu'au bout cet état perpétuel de lièvre morale. Mon Dieu, que vous me faites de mal! Mon Dieu, que vous me faites de bien! Car mon sentiment pour vous remplit mon âme d'inquiétude, de vœux impuissants, de sollicitudes incalculables ; mais aussi qu'il la remplit bien, qu'il l'abreuve délicieusement par les jouissances qu'il me donne ! Je suis heureux et fier de vous aimer et d'être aimé de vous. Je n'ai d'ambition que dans la postérité ; on dira : Le digne fils d'Henri lY avait pour ami Yaudreuil ! Et voilà ma fortune faite pour tous les siècles.
Vous allez voir un instant votre amie ; elle vous dira si je vous aime.
Il me paraît que l'on ne se presse pas de nous réunir. Ce fameux Empereur ne peut donc rien faire sans son conseil, puisqu'il attend la permission de Vienne pour écrire en Espagne. Ah! que je suis ennuyé des rois et des princes, vous excepté! Mais vous n'êtes pas un prince; vous êtes un homme qui fait honneur à Thomme. L'Empereur dit pourtant que son courrier \a. revenir et qu'il écrira sur-le-champ en Espagne, qui est fort impatiente et ardente de se montrer. Mais cette Autriche... Chut... Je deviens sage et même politique. Je m'arrête, car j'allais vous répéter tout ce que je mande à Calonne, et ma tête a d'écritures plus qu'elle n'en peut supporter.
Je reviens seulement encore sur un point; c'est sur ce qui regarde le duc de Polignac. Vous sentirez l'embarras de sa position, et quel service vous lui rendriez et à vousmême en le faisant autoriser; quel service surtout vous rendriez à M^^^ de Polignac. J'en ai dit plus qu'il ne faut, et votre cœur m'entendra de reste.
Je suis aux pieds et dans les bras de mon cher prince.
Voilà une lettre dont Flavigny m'a chargé pour Monseigneur.
DU COMTH; de VAUDREUIL.— 1791 393
Les Tuileries ont envoyé un courrier en toute diligence à l'Empereur immédiatement après l'arrivée du comte Alphonse de Durfort (1), et redemandaient le retour du courrier pour le 19. Ce courrier n'a pas passé et ne passera pas par Soleure, et l'Empereur a eu, en parlant au duc de Polignac, l'air plus gai et plus ouvert qu'il n'avait encore eu. Se pourrait-il qu'enfin les yeux de la Reine s'ouvrissent sur ses vrais intérêts ! Je tire de cela un bon augure, et le duc aussi.
Saisissez la première ouverture pour faire autoriser le duc de Polignac; cela est bien essentiel et pour vous et pour eux. Ce serait le cas d'un courrier ad hoc.
Je reçois à l'instant une lettre de M""^ de Champcenetz, dont je copie les propres paroles, parce qu'elles sont pour vous :
« M. le comte d'Artois ne peut laisser dans le besoin <r tous les pauvres et braves gentilshommes qui le re- « joignent; mais a-t-il assez de moyens pour verser des « bienfaits si indispensables pour sa cause et pour sa « gloire? Hàtez-vous de lui mander que j'ai au moins vingt « mille francs et au plus cinquante mille francs, que jelui « ferai tenir à son ordre oii il sera. Je dois toute ma for- « tune à son auguste aïeul: je n'en jouirais pas bien, si je « n'en faisais le sacrillce au bonheur de ses petits-fils. « C'est donc me faire goûter un plaisir céleste que d'ac- « cepter ce qui doit être plus à lui qu'à moi; et puis, j'ai « tant à cœur la gloire de ce prince intéressant! Engagez- « le surtout à prodiguer de douces paroles à toute cette « classe de noblesse pauvre ! »
Je lui mande qu'il n'y a rien à vous recommander sur cela, et que ces sentiments sont dans votre cœur, et ces grâces dans toute votre allure, vos paroles, vos gestes, vos regards. Vous la comblerez de joie en acceptant son
(1) Il est évident que le courrier expédié des Tuileries est celui qui porta à l'empereur Léopold la lettre de Marie- Antoinette du l«'juin 1791. (D'alloxviLLE, Mémoires secrels, t. II, p. 210. — Arneth, Marie-Antoinette, Joseph II und Leopold II, p. 167.)
394 CORRESPONDA>iCli: INTIME
offre et en lui écrivant un mot à Lausanne^ poste restante, 2oays de Vaud, en Suisse. Vous lui indiquerez la manière de vous faire tenir cette somme.
Nous venons de causer à fond avec M. de Las Casas, et notre résultat est que, tant qu'il y aura deux missions, deux confiances, l'une en vous, certifiée à l'Empereur par M. de Durfort, l'autre en M. de Breteuil, muni de pleins pouvoirs du Roi, il est impossible que les affaires marchent, surtout avec cette rapidité qui devient si nécessaire. D'ailleurs l'incertitude, l'indécision naturelles de l'Empereur sont encore augmentées par les négociations croisées. On a beau dire qu'elles tendent au même but, je vois tout le contraire; car les circonstances vous rendent l'homme de la chose, et le baron ne travaille qu'à vous en exclure; il vous ferme toutes les routes; il ôte à vos agents l'entrée des Cours, puisque le chevalier de Roll ne sera pas écouté sur les affaires ni reçu dans ce rapport à Berlin (l).
Et au fait, les principaux articles do vos conventions avec l'Empereur n'ont pas été remplis : P il n'a pas encore écrit au roi de Sardaigne, et no lui écrira pas; 2'^ il n'a pas encore écrit en Espagne; il est vrai qu'il assure que, sous peu de jours son courrier partira, mais tiendra-t-il parole?
Il n'y a qu'un parti à prendre, c'est d'exiger du Roi que les pleins pouvoirs soient ôtés sur-le-champ à M. de Breteuil et à M. de Bombelles, que vous soyez le seul représentant du Roi, le seul accrédité près de l'Empereur et des Cours. Votre position, la pureté de vos vues, l'amour de la noblesse, du clergé, la confiance des parlements vous donnent le droit de faire valoir, avec autant de respect que de fermeté, tous ces titres; et M. le baron de Breteuil est en horreur à tout le royaume; son nom seul suffit pour décourager les uns, efïrayer ou indigner les autres,
(1) Aumois dojuia 17'Jl, lo chevalier de Roll avait été envoyé par le comte d'Artois à Berlin avec « l'assurance, tout à fait fausse à la vérité, que « Louis XVI avait chargé le comte de Durfort de ilemander le secours des « armes prussiennes et s'engageait à payer les frais de la guerre. » Sybel, Histoire de l'Europe, etc., L. I, p. 300.
et empêcher la réunion à un seul parti. Voilà ce que vous pouvez, et ce que vous devez faire sentir au Roi avec le ton qui convient à un frère, à un sujet, mais aussi à un prince loyal et pur, (jui s'indigne d'être en concurrence avec un sot et un intrigant.
L'Empereur sera sous peu de jours à Padoue, où le duc retournera. 11 saura là si le courrier pour l'Espagne est parti, et vous en rendra compte. M. de Bombelles a dit au duc que M. de Breteuil avait eu l'ordre du Roi de vous communiquer et vous avait en effet communiqué ses pleins pouvoirs. L'a-t-il fait, et comment avez-vous reçu cette communication? Mais vous en avez aussi, puisque M. de Durfort vous a été envoyé ad hoc ; que c'est en présence de l'Empereur que toutes les conventions, tous les articles des plans ont été stipulés, arrêtés, écrits; que M. de Durfort les a portés au Roi lui-même. Que viennent donc faire à présent ce Breteuil et son Télémaque? Et comment l'Empereur donne-t-il dans toutes ces intrigues de Soleure et des Tuileries? Il y a là une sottise, une puérilité royale qui me confondent 1 Eh! pardieu, ce n'est pourtant pas un jeu d'enfant qu'on joue I II s'agit du sort de la France et peut-être de l'Europe. Rien n'empêchera, je le crois, la contre-révolution de se faire : mais avec ces manières-là, elle sera sanglante, risquable, jettera le royaume dans de nouveaux malheurs de tout genre; au lieu que, si vous étiez le seul accrédité, si les intrigants étaient exclus, il y aurait, et dans peu, un grand ensemble imposant, qui épargnerait le sang et réparerait tous les malheurs de la France. Tout mon sang s'allume; mais calmez le vôtre. Soyez sage, patient et pur jusqu'à la fin; mais faites expliquer le Roi, et renvoyez ce baron et compagnie à tous les diables, qui les convoitent et tôt ou tard auront cette digne proie.
Les deux millions de l'Empereur, les avez-vous, les aurez-vous? Oh! cet homme est bien loin de la francliise qu'il faudrait pour une telle circonstance. Le duc m'assure qu'il est inégal, indécis, et qu'au fond il ne se soucie de
rien, ni des choses, ni des personnes. Je n'aurais osé vous mander tout cela par la poste; cette lettre vous arrivera plus tard, mais avec sûreté. Vous la brûlerez, quand elle ne vous sera plus bonne à rien, et je vous prie de dire à Calonne d'en faire autant de celle que je lui écris.
J'ai pleuré en quittant celle qui se charge de ma lettre (1), et ses yeux aussi se sont mouillés. Vous parlerez de moi. Ah! que je serai bien là!
L XXXVI M. DE VAUDREUIL AU COMTE D'ARTOIS
Retards dans l'exécution du plan concerté à Mantoue. —Le prince indignement joué par la jalousie de la Reine et la faiblesse du Roi. — Obtenir par M™' Elisabeth l'annulation de tous les pleins pouvoirs antérieurs et faire peur au Roi. — Las Casas ira à Padoue donner une rude poussée à rÈmpereur. — Rien ne saurait empêcher la contrerévolution ; la presser, sans rien compromettre.
(Viceiice), ce dimanche 19 (juin 1791), à minuit.
Voilà, Monseigneur, des idées, des calculs, des raisons qui nous ont paru si graves que nous croyons devoir vous les communiquer, même par un couTrier ad hoc, et je vous envoie mon cousin, malgré sa ch.... p. .se.
C'est un fait positif que l'Empereur, tout en disant qu'il n'y a rien de changé au plan arrêté par lui avec vous et envoyé aux Tuileries, retarde l'exécution de tous les principaux articles de ce plan; que la lettre au roi d'Espagne, qui doit décider tout, mettre tout en mouvement, presser la protestation de la Maison de Bourbon, la faire suivre par le manifeste de l'Empereur, et, immédiatement après, appuyer ces deux actes préliminaires par des forces imposantes, n'est pas encore partie ; que l'Empereur n'a
(1) Celle qui se charge de ma lettre. M»" de Polaslron.
pas écrit au roi de Sardaigae, qui en témoigne sans cesse à Sérent sa surprise et son humeur; que les agents du baron de Breteuil sont beaucoup plus écoutés que les vôtres par S. M. I. ; que l'article 15 (1) de l'écrit porté par M. de Durfort aux Tuileries éprouve une contravention formelle, puisque les deux missions croisées, les deux entremises existent toujours, et qu'on peut dire en toute vérité que la confiance qu'on vous a témoignée dans un moment d'embarras ou de peur, ou était feinte ou n'était que l'effet d'une terreur instantanée; que depuis la confiance réelle est tout entière au baron de Breteuil et à son agent Bombelles, qui vous déjouent.
Le bulletin que je vous ai envoyé par la poste, qui est de fabbé Maury à d'Antraigues, dont vous derez taire le nom, est incontestable, puisque l'assemblée du côté droit a eu lieu, puisqu'on y a proposé ua plan abominable, un accommodement honteux de la part de la Reine, qui ont été rejetés avec indignation; toute l'intrigue est consignée dans ce bulletin et appuyée par un fait constant, puisque l'assemblée du côté droit a eu lieu. M. de Beaumetz et M. de Montmorin, agents de la Reine, ont proposé cet indigne plan, et sont convenus que M. le baron de Breteuil, destiné à être premier ministre, dirigeait ce plan. Ajoutez à cela que vous êtes mécontent de l'indécision des Suisses et de leur lenteur; que le chevalier de RoU ne sera pas reçu à Berlin sous le rapport des affaires; que c'est M. de Bischofswerder qui l'a dit à l'Empereur; que l'Empereur, qui avait approuvé la mission du chevalier de RoU, qui a vu ses instructions, qui l'avait accrédité lui-même en le recommandant au prince de Reuss, n'a rien opposé à M. de Biscliofswerder quand il a appris par
(1) L'article 15 du plan concerté à Mantoue portait : « Tout étant ainsi combiné avec les puissances, on doit regarder ce plan comme arrêté et prendre garde qu'il ne soit contrarié par des idées disparates ; c'est pourquoi on demande avec instance de ne pas diviser la confiance ni mullipiier les entremises, ayant déjà éprouvé que cette manière d'agir ne servait qu'à nuire, retarder et embarrasser. » Bertrand de Moleville, MémAres particulisrs.etc, éd. de 1823, t. II, p. 327.
lui cette décision de la Cour de Berlin. Résumez tout cela: vous en concluerez que vous êtes indignement déjoué par la jalousie de la Reine, et par la faiblesse du Roi, qui cependant (d'après ce que mande l'abbé Maury) a au moins un œil ouvert sur le compte delà Reine, et n'a plus de vraie confiance que dans l'ange (i) que tous les honnêtes gens adorent,
11 faut donc recourir au remède; quel est-il? Le voici. Il faut envoyer un courrier sûr, intelligent, qui s'adresse directement au chevalier de Coigny, ou au chevalier de Durfort, ou au marquis de Clermont-Gallerande, ou à Vioménil, qui ont été témoins des ordres donnés au comte Alphonse de Durfort, qui ont le dépôt de l'écrit arrêté en présence du Roi et de la Reine. Il faut que l'un des quatre témoins (2)s'adresse directement àM"^^ Elisabeth, et que cet ange obtienne du Roi un plein pouvoir pour vous, qui détruise et annule tous les pleins pouvoirs antérieurs, et que vous annonciez que, si on vous le refuse, vous allez, à la tête de la nombreuse noblesse qui vous entoure, risquer les grandes aventures pour sauver votre pays et la monarchie, dont chaque jour le danger augmente par les retards et les intrigues de M. de Breteuil; que vous n'avez plus ni le pouvoir ni la volonté d'attendre, à moins que la confiance du Roi, bien prononcée à toutes les puissances, ne vous donne les moyens de rassembler promptement de grandes forces et de modérer par cette promesse non illusoire l'ardeur et l'effervescence des provinces et de la nombreuse et impatiente noblesse qui vous entoure et vous sollicite. Vous y êtes pleinement autorisé, puisque tout ce que vous a dit M. de Durfort est consigné dans un écrit existant en sûres mains ; puisque vous n'avez agi, passé les Alpes que d'après cette assurance de la confiance et de l'autorisation du Roi; puis-
(1) L'ange, M"" Elisabeth.
(2) Je crois qu'il faudrait préférer le chevalier de Coigny, à moins (ce qui vaudnit encore mieux) que tous les quatre ne se réunissent pour enlever, avec 1 aide de l'ange, ce plein pouvoir unique et qui annule tous les autres. Note d: M. de Vaudreuil.
que votre marche a tout mis en mouvement dans le rovaume, et qu'il n'est plus temps de suspendre ce mouvement. Vous n'obtiendrez ce plein pouvoir, l'annihilation des autres pleins pouvoirs, et d'éteindre, d'aimuler le baron de Breteuil, qu'en faisant peur au Roi. Ce moyen de la peur, employé tant de fois avec succès pour produire tant de maux, qu'il soit du moins employé une fois pour produire le salut de la France !
Bien entendu, Monseigneur, que vous vous en tiendrez à menacer d'éclater, mais que vous serez bien décidé à n'en rien faire ; car vous perdriez tout. Sachez encore attendre et patienter ; vous serez le sauveur, l'arbitre et l'amour de votre pays. Ce n'est pas au moment de recueillir le fruit de votre sagesse, de rendre l'autorité à votre frère sans eflusion de sang, en ménageant des peuples égarés, en ne livrant au glaive de la justice rétablie que les cliefs coupables d'une criminelle révolution, qu'il faut risquer des entreprises téméraires, compromettre toute la noblesse et le clergé, qui sont encore dans le royaume sous les poignards et les assassinats des brigands, et compromettre aussi les jours de toute votre auguste famille. En montrant de grandes forces, précédées par des protestations et des manifestes, tout sera bientôt terminé, parce que la terreur fera tomber les armes des mains scélérates et que d'aussi grands appuis donneront une force réelle à tous ceux de l'intérieur qui pensent bien. Les enragés se trouveront placés entre ces forces extérieures et les mécontents de l'intérieur; il n'y aura pas même de résistance, et les crimes n'auront pas lieu. Mais si, avec de faibles moyens, vous entrepreniez, des flots de sang couleraient d'un bout du royaume à l'autre, et vous auriez à pleurer d'avoir donné lieu à tous les crimes que vous voulez empêcher, et les résultats seraient incertains ; car si, d'un côté, la valeur et la justice combattaient pour vous, de l'autre, la rage et un rosLe de fanatisme de liberté rendraient la résistance terrible. Si les quatre personnes que je vous ai indiquées
n'étaient pas à Paris, le baron de Goguelat pourrait vous servir, ou bien l'iiomine que vous enverriez s'adresserait directement à l'anj^e. Il faudrait faire transcrire le bulletin de l'abbé Maury, en cachant son nom, et motiver par ce bulletin la crainte que vous ressentez pour les jours du Roi et de la Reine.
Que cette détermination ne se prenne qu'entre vous et Galonné et celui qui sera chargé de la commission. Ne la confiez à personne autre ; cela est bien essentiel.
Si on vous rapporte ce plein pouvoir, qui annule tous les autres, n'en laites part qu'aux puissances, et gardez-en d'ailleurs le secret. Mais alors vous le signifierez à l'Empereur, à l'Espagne, à Turin, à Berlin, en Suisse, etc., et alors tout ira rapidement.
Il est possible que le voyage et le séjour de Padoue, oii le duc de Polignac ne quittera pas l'Empereur, nous éclaircissent bien des choses, alors nous vous enverrons un autre courrier. Mais mon idée, que j'ai communiquée à M. de Las Casas et qu'il a infiniment approuvée, devait vous être transmise sans perdre de temps. C'est mon cousin que je vous envoie pour cela. Je ne lui donne que l'argent nécessaire pour sa course, n'en ayant pas moimême encore reçu de Paris ; mais j'espère que si Monsoignsur le garde avec lui, il voudra bien lui avancer ce dont il aura besoin. Si Monseigneur me le renvoie, je le prie aussi de lui faire donner ce qu'il lui faudra pour son retour. Vous trouverez aussi dans le paquet la dépèche du duc de Polignac.
M. de Las Casas ira à Padoue et fera l'impossible pour voir l'Empereur, et alors il lui donnera une rude poussée ; il s'y trouve suffisamment autorisé. Il lui démontrera, avec plus de moyens et de clarté qu'aucun autre, les dangers de cette intrigue et des retards qu'elle occasionne. Je le crois sur cela plus instruit que nous tous, et il est indigné. Oh! cet homme est bien précieux, et vous est entièrement et exclusicement découé ! Nous en avons des preuves indubitables.
Ne confiez, je vous le répète, Monseigneur, tout ceci qu'à Galonné seul, et soyez sûr qu'en dépit des intrigues tout ira bien. Le branle est donné, et aucune puissance sur la terre ne pourrait empêcher la contre-révolution. Il s'agit de la presser sans rien compromettre, et de l'appuyer par de si bons moyens que le sang innocent soit épargné et que la terreur prévienne et empêche les crimes.
Si mon cousin trouve en route M"^ de Polastron, il lui demandera les paquets dont elle s'était chargée pour vous, et vous les portera.
Je n'ai rien de plus à ajouter que les expressions de ma tendresse, de mon dévouement et de monrespect pour vous.
On se porte bien ici, et on vous y aime bien.
Il est absolument essentiel que celui que vous enverrez ne sache pas lui-même qui a écrit et à qui on a écrit le bulletin; c'est une condition expresse de l'écrivain à son correspondant. Je vous l'avais envoyé en chiffres par la poste; mais, vous envoyant mon cousin, j'ai envoyé chercher à la poste la lettre que je vous avais écrite, et je joins à celle-ci le bulletin déchiffré.
J'apprends que M. le comte deSaint-Priest est parti pour voyager en Allemagne (1). S'il va droit à vous, il n'y a rien à dire , et il faut le bien recevoir , malgré quelques fautes d'orthographe. Mais, s'il ne va pas vous rejoindre, c'est une preuve de quelque suite d'intrigues, et il faut éclairer sa marche.
Si la lettre que j'ai envoyé reprendre à la poste m'arrive avant le départ de mon cousin, je la joindrai à ce paquet ; mais, si on ne veut pas me la rendre, accusez-m'en, je vous prie, la réception quand elle vous sera parvenue. II est aisé de la reconnaître, puisqu'elle renfermait le bulletin en chiffres.
Le comte d'Antraigues écrit un mot à Galonné pour lui rendre compte d'un fait relatif à la Suisse, et qui découvre une nouvelle intrigue du baron.
(1) Le comte de Saint-Priest était parti au mois de mai 1791 pour l'Angleterre. (Barante, Lettres et instructions de Louis Xi III, etc., page cljv.)
Il serait important, si vous prenez le parti d'envoyer quelqu'un Je sûr à Paris, que le chevalier de Coigny, le chevalier de Durfort, Glermonl et Vioménil se ralliassent tous en cette occasion à l'ange pour déterminer le Roi à donner le plein pouvoir, sans lc((uel tout traînera ou manquera. Faites beaucoup de peur, mais soyez bien décidé à n'en être pas moins sage. L'abbé Maury, Cazalèset Des Pommelles (1) qui leur sert de secrétaire, pensent et disent à d'Antraigues que tout le bon côté pense qu'il vaut mieux que le mariage {2) soit différé de quelques jours, pour que toutes les clauses soient bien stipulées et que tous les parents signent au contrat. Que ce soit là, mo7i adorable prince, la règle de votre admirable conduite.
Si vous avez avec vous un Suisse intelligent et sûr, ou quelqu'un qui parle bien allemand, ce serait le cas d'envoyer à Frauenfclden (ou Frauenleld) avec une bonne instruction. Le comte d'Antraigues, qui ne sait pas la langue, ne peut pas s'en charger. 11 écrit à Galonné.
M. de Las Casas me charge de vous dire qu'il attend tous les jours son courrier d'Espagne, et qu'il ne perdra pas do temps pour vous instruire des résultats; mais nous savons positivement que l'Espagne est prête, et attend avec impatience l'appel de l'Empereur.
Ne ménageons pas les courriers, Monseigneur, dans une occasion pareille. Tout dépend souvent de quelques jours, et surtout de la sûreté des communications.
Ma lettre me revient delà poste: je la joins à mon paquet,
(1) Des Pommelles, V. plus haut, p. 2il . En 1789, Des Pommelles était chevalier do Saint-Louis et lieutenant-colonel du 5» régiment d'étatmajor (troupes provinciales). Militaire distingué, il fut un des premiers à condamner le système, alors en vigueur, du recrutement de l'armée par engagements volontaires, et publia sur ce sujet deux écrits : 1° Mémoires sur les milices, leur création, leurs vicissitudes et leur état actuel, 1789, in-4'' ; 2° Mémoire sur la nécessité des troupes provinciales, ou d'une armée auxiliaire et permanente, 1790, in-4''.
(2) Le mariage, terme de convention pour indiquer l'invasion eu France.
M. DE VAUDREUIL A LADY ELISABETH FOSTER
Regrets de n'avoir pu aller à Spa. — M. de Vaudieuil et le comte d'Artois vont rejoindre la duchesse de Poligaac 1
M. DE VAUDREUIL A LADY ELISABETH FOSTER
11 a trouvé tous ses amis en bonne santé. — Sacrifice fait au comte d'Artois. — La famille Pulig nac 2
M. DE VAUDREUIL AU COMTE d'aRTOIS
Lettre de la Reine à la duchesse de Polignac. — La Fayette empêche le peuple d'aller à Versailles. — L'Assemblée nationale a peur de Paris. — La comtesse d'Artois. — Libelles contre les Princes. — Défection générale des troupes 4
M. DE VAUDREUIL A LADY ELISABETH FOSTER
Vague effrayant de l'avenir. — Crainte pour la santé de ses amis. —Départ prochain pour Rome 6
M. DE VAUDREUIL AU COi^TE d'aRTCIS
Nouvelles de Versailles. — Le roi de Prusse s inquiète de l'abolition des dîmes eu Alsace et en Lorraine. — Libelles contre la Reine et le comte d'Artois. — M™" de Polastron. — Nouvelles diverses. — La princesse de Piémont. — On din)inue l'effectif de l'armée pour se servir des gardes nationales. — Le cardinal de Bernis 7
M. DE VAUDREUIL AU COMTE d'aRTOIS
Le roi de Sardaigne doit guider les démarches de son gendre. — Sonder par son entreprise les dispositions de l'Espagne et, au besoin, y envoyer le prince de Condé ou le prince de Nassau. — Le Vélo suspensif. — S'appuyer sur les provinces et non sur des troupes étrangères. — Brûler ses lettres. — Ne pas venir à Venise. — M™» de Polastron 14
VJI
M. DE VAUDKEUIL AU COMTE d'aRTOIS
Prochaine arrivée à Turin. — La branche espagnole des Bourbons exclue de la succession au trône de France. — Troubles en Franche-Comté. — Les gardes françaises font la loi à Paris. — Bailly et La Fayette. — Atrocités à Troyes. — Necker. — Fausses nouvelles 17
Vin
M. DE VAUDHEUIL AU COMTE d'aRTOIS
Espère être à Turin le 11. — On rendra justice au comte d'Artois. — Necker est l'homme nécessaire 21
M. DE VAUDREUIL AU COMTE d'aRTOIS
Prise de Belgradj par les Impériaux. — L'Espagne ne fera rien à Naples. — Attendre des provinces le salut de la monarchie. — Le concours des puissances étrangères serait nuisible 23
M. DE VAUDREUIL AU COMTE d'aRTOIS
Arrivée à Rome. — Journée du 6 octobre. — Le remède aux maux de la France doit venir des provinces. — La Cour de Madrid recevra bien les avances du Roi, moins bien celles des Princes. — Adresse de la ville de Lyon. — Rome imbue de principes révolutionnaires. — Le duc d'Orléans. • 25
M. DE VAUDREUIL AU COMTE d'aRTOIS
Dangers d'une intervention étrangère dans les affaires de France. — Demis pense de même. — .tre prêt à tout, mais ne rien précipiter. — Le duc d'Orléans. — Ne pas venir à Rome. — Bruits malveillants; éviter d'v donner le moindre prétexte 28
M. DE VA'JDREUIL AU COMTE d'aRTOIS
Bernis. — Les « Conseils d'un ami à son ami. » — Une autorisation du Roi est nécessaire pour guider le prince. — Nicolaï — Nyvenheim. — Les démarches du prince, pour être utiles et légitimes, doivent être approuvées par le Roi. — Lettre révoltante de l'Empereur Joseph II. — M-' de Polastron. — Union entre toutes les personnes de la famille. 31
M. DE VAUDREUIL AU COMTE d'aRTOIS
Rester ramen
prés des frontières, se préparer à tout sans rien risquer, travailler à ner l'opinion publique. — Ne pas venir à Rome, pour ne pas compromettre M"" de Polastron; elle-même décidée à se sacrifier. — Ne pas aller a Naples. — Une autorisation du Roi nécessaire pour les démarches en Espagne. — Ne pas prendre pour guide Galonné, détesté pur la Reine
et sacrifié par le Roi. — Du côté de la Prusse, laisser agir le roi de Sardaigne. — Le Parlement de Rouen. — ElFacement nécessaire des Polignac. — Modestie et dévouement 37
M. DE VAUDREUIL AU COMTE d'arTûIS
Nicolaï. — Le Parlement de Metz. — Le duc d'Orléans méprisé. — Les Lameth, Lally-Tollcndal, Mounier. — Discours du roi d'Angleterre au duc d'Orléans. — La Cour doit avoir un plan. — Sérent grand d'Espagne.
— A Paris, les yeux commencent à se dessiller 45
M. DE VAUDREl'IL AU COMTE d'aRTOIS
Deux nouveaux libelles contre le prince. — Il ne doit pas venir à Rome.
— Nécessité pour lui de préparer un manifeste et d'elfacer toute idée de légèreté sur son compte. — Conseil de correspondre avec Bouille. — Regrets de l'envoi l'ait à Berlin. — Nouvelles de santé. — Fausse nou velle du départ du Roi. — Le baron de Choiseul. — Mauvaises nouvelles du Brabant 49
M. DE VAUDREUIL AU COMTE d'aUTOIS
L'existence du prince est la sauvegarde de la monarchie. — Tout séjour hors de Turin dangereux pour lui. — M°° de Polignac. — Ouvertures verbales à faire au Roi ; nécessité d'une autorisation, même tacite. — Pas de faux calcul! S'il arrivait un malheur, le prince en serait rendu responsable. — L'auteur justifie sa conduite et la réserve de Bernis.... 52
M. DE VAUDREUIL AU COMTE d'aRTOIS
Inconvénient d'un voyage du prince à Rome. — Nécessité d'une entente avec le Roi et la Reine. — Nouvelles de M""" de Polignac, de Vaudreuil et de Polastron 58
M. DE VAUDREUIL AU COMTE d'aRTOIS
Bruit d'une brouille entre le prince et son ami. — M'"^ de Polastron. — Le cardinal Hersan ; se défier de ses conseils. — Mauvaises nouvelles de France. — La Pologne. — Le Brabant. — Les colonies en feu. — « Ecrasons l'infâme. » — La stagnation de la famille royale glace tous les 3œurs. — Sérent grand d'Espagne. — Armements de l'Angleterre. — Pitt et Fox 62
M. DE VAUDRELIL AU COMTE d'arTOIS
M™« de Polastron. — La Cour doit être instruite des intentions du prince.
— Préparer un manifeste et demander conseil à Steiger. — Le Roi et la Reine doivent avoir un plan. — Le roi de Sardaigne a-t-il fixé une pension au prince? — L'argent anglais principal moteur de la Révolution en France et en Brabant. — Maréchal de Broglic. — « Gilles le Grand. »
— Le Dauphiné. — La Pologne 71
M. DE VAUDREUIL AU COMTE d'artOIS
Rrflcxions sur l'année 1789. — Il part pour Naples. — Le Brabant. — Maladie de l'Empereur Joseph II. — Plan de finances arrêté par l'Assemblée nationale. — La Pologne. — Calcul de 24 contre 1 fait par Necker. ! 76
M. DE VAUDREUIL AU TOMTE d'aRTOIS
Va passer quinze jours à Naples. — Aveuglement des provinces. — Arrêté dos finances favorisant l'agiotage. — Attaires pécuniaires de l'auteur. — Maladie de l'Empereur Joseph IL — Négociation supposée entre les Cours de France, d'Espagne et, de Naples 80
M. DE VAUDREUIL AU COMTE d'arTOIS
Saint-Domingue. — Départ pour Naples. — Affaire Favras. — Parlement de Bretagne. — Réflexions sur la démarche du comte de Provence. — Nécessité d'un manifeste 84