‹ Correspondence intime du Comte de Vaudreuil et du Comte d'Artois pendant l'émigration (1789-1815);Chapitre 21 sur 25 · LE COMTE D'ARTOIS AU BARON DE FLAGHSLANDEN · texte numérisé non relu

LE COMTE D'ARTOIS AU BARON DE FLAGHSLANDEN

Il annonce son départ pour la Flandre. — Ne croit pas à une grande décision du Roi et de la Reine.

Vicence, ce 21 avril 1791.

Je sais que vous vous plaignez de nui, mon cher baron, et cela me fait une vraie peine; mais aussi je veux réparer

(1) M. de Rivière était parti de Venise le 8 novembre. Y. la lettre lxxiii, p. 363.

(-2) De l'état de la Fra i^". tel qu'il peut et tel qu'il doit être, par M. de Galonné (Londres, 1790, in-8°).

(3) L'évêque d'Arras.

le plus promptement possible, et vous bien assurer que je connais tout ce que vous valez, et que vous méritez mes sentiments autant que ma parfaite estime.

J'ai quitté Turin pour venir attendre ici des nouvelles bien importantes, et qui doivent décider entièrement de ma marcbo ultérieure. Mais je veux vous confier, sous le plus grand secret, que, suivant toutes les apparences, je ne tarderai pas à me porter de vos côtés, mais seulement en passant et pour me rendre ensuite en Flandre, et cela d'accord avec l'Empereur et l'Espagne. Il n'y aurait qu'une grande décision du Roi et de la Reine qui pût me faire changer: mais hélas! je ne peuxv croire.

Je V0U3 verrai sûrement, mais je ne séjournerai pas avec vous.

Tout cela sera décidé d'ici à huit jours au plus, et sûrement vous en serez averti, parce que je serais au désespoir de ne vous pas voir.

Galonné a enfin gagné son procès ; il est depuis huit jours avec l'Empereur, et c'est son retour qui décidera ma prompte marche ; mais j'ai voulu vous prouver d'avance ma vraie confiance.

J'ai eu l'air de perdre mon temps; j'ai su tout ce dont on m'accuse: mais je ne m'effarouche pas du bruit, et je réponds que ces quatre mois-ci ont été les plus utiles et môme les plus actifs depuis deux ans.

Adieu, mon cherbaron; ne me répondez pas; je pourrais ne pas recevoir votre lettre; mais comptez sur mon amitié, sur mon estime, et sur ma vive reconnaissance pour toutes les peines que vous ne cessez de vous donner.

LXXYIII M. DE YAUDREUIL AU COMTE D'ARTOIS

Arrivée à Vicence. — liellre de J'Autraigues sur la li^iie de tous le& souverains. — Conseils sur la conduite à suivre.

A Vicence, ce 24 mai (1791).

Je m'empresse de vous mander. 31onseigneur, que j'ai

trouvé tous nos amis en bonne sanlé; même la comtesse Diane est un peu mieux. Que de questions m'ont été faites, et avec quel intérêt, sur vos espérances! J'ai répondu de mon mieux à tout et on m'interroge toujours. Outre l'entretien général, toujours relatif à vous, j'en ai eu plusieurs particuliers, où de part et d'autre on s'est attendri et puis animé. Enfin ici on vous aime bien ; voilà une grande vérité.

Je viens de recevoir une lettre du comte d'Antraigues, de laquelle j'ai cru devoir vous rendre compte et copier un article important. Il faut que vous sachiez d'abord qu'il a un de ses amis, très bien pensant, qu'il a engagé à entrer au club jacobite, qui y fait l'enragé, et qui lui rend compte de tout ce qui s'y passe. Cela établi, voilà ce qu'on lui écrit du 10 mai :

« On parle ici beaucoup d'une ligue formidable entre « presque tous les souverains de l'Europe. Ces propos « causent d'étonnantes terreurs. Hier 9 matin, MM. La- « meth, Menou et Pétion do Villeneuve, nommés le 7 de « ce mois commissaires du comité des Jacobins pour con- « férer avec M. Montmorin à ce sujet, se rendirent chez « cet homme, le plus singulier politique de l'univers appa- « remment, car il les chargea de dire au comité qu'il y « avait eu des velléités à cet égard fort exagérées, ayant « la réclamation d'Alsace pour objet, mais que la situation « des puissances prépotentes rendait ces velléités peu « dangereuses, et que, dans tous les cas, le moment où « elles pourraient mériter l'attention du comité était fort « éloigné.

« Ladite réponse fut remise le 9 à midi par écrit à « M. Menou. Le même jour, 9 mai, le comité des Jaco- « bins se rassembla à sept heures du soir. La réponse du « Montmorin y fut lue et ne satisfit pas les chefs jacobic tes, et M. Laclos surtout prétendit que M. Montmorin a ne savait ce qu'il disait ou ne disait pas ce qu'il savait. « Il entra dans de grands détails sur la ligue, sur ses « plans, ses moyens, et ajouta que ces plans n'étaient pas

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« doutoux. que M. d'Orléans avait reçu de Londres, et <( par la voie la plus sûre, ces détails de gens employés € dans l'intimité du cabinet et aux affaires les plus ma- « jeures. M. d"Orléans se leva aussitôt, tira sa note qu'il « dit être écrite en anglais, et en lut des lambeaux, où « l'on annonçait une coalition entre l'Espagne , l'Empe- « reur, la Suisse, la Prusse, la Savoie, et toute l'Alle- « magne pour rétablir l'aristocratie royale en France.

« A cette lecture il y eut des visages fort paies et fort « allongés, et le profond silence qui régnait fit dire à « M. Laclos que peut-être ce qu'il y avait de plus acca- « blant était l'effet que produisait cette nouvelle sur tout « le comité; qu'il fallait a/^e/" à la racine du mal, couper « la racine du mal; mais que cette frayeur universelle a lui annonçait que, si les faits dénoncés étaient vrais, « la constitution serait fort mal défendue.

a Alors M. Rœderer proposa que les comités militaire « et diplomatique se réunissent sur le champ, cette même « nuit, pour aviser de concert aux décrets qu'il serait a convenable de faire rendre, soit pour garnir les fron- « tières, soit pour se procurer des ressources.

« Les deux comités s'assemblèrent à dixheures du soir, « et ils restèrent assemblés jusqu'à deux heures du matin. « Le club jacobite traita d'autres affaires sans désemparer, « et le rapport fut que, tout examiné, il n'y avait nulle « crainte à avoir pour l'intérieur, et que l'on avait les « moyens d'apaiser toute insurrection , quelle qu'elle fût, a aussitôt qu'elle apparaîtrait; mais que, quant à renoncer « à une ligue telle que celle qu'on annonçait, qui, aussitôt « en mouvement, mettrait en action tous les méccmtents « de l'intérieur et placerait les patriotes entre deux feux, « les comités n'y voyaient aucun moyen défensif d'aucune « espèce; qu'il fallait, s'il était possible, désunir cette « ligue, en corrompant les ministres des puissances li- « guées, en corrompant leurs troupes; mais qu'avant tout « il fallait un autre homme que M. Montmorin, qui est

rt incapable d'une aussi grande affaire. Cela dit, on se « sépara fort tristes et les chefs fort abattus.

« On ajoute que le duc d'Orléans a deux paquebots « prêts pour le transporter en Angleterre, l'unàPaimbœuf, « l'autre à Boulogne; et M. Laclos a eu la naïveté de pro- « poser, dès le 6 mai, qu'il fût décrété que pour sortir du 4 royaume il ne faudrait jamais de passeport. M"*^ de Sil- « lery est à voyager dans les provinces avec de l'argent « et deux assistants aux clubs affdiés au club jacobite de « Paris. Je ne sais si c'est pour une pareille fête que les « chefs de tous les clubs affiliés ont reçu une invitation de « celui de Paris pour envoyer deux de leurs membres par « chaque comité à celui d'Aix en Provence, pour assister à « un grand comité de tous les amis de la constitution, « qui doivent délibérer sur les affaires les plus urgentes, »

Je crois. Monseigneur, que vous ferez bien de communiquer cet extrait à Galonné. Il prouve évidemment que la terreur est déjà parmi les enragés; qu'ils n'ont aucun moyen de défense que les crimes, ou d'autre ressource que la fuite. Il me paraît nécessaire que toutes les puissances soient instruites du projet de les désunir, de corrompre leurs ministres et leurs troupes, et il me semble qi^'on peut faire veiller avec de l'argent sur les paquebots de Paimbœuf et de Boulogne.

Tout ceci prouve que les moyens partiels (qui vous sont à présent interdits) seraient détestables et sans succès, mais que l'effet d'une grande réunion de forces sera sûr, qu'elle épargnera beaucouj» de sang et sauvera votre malheureuse famille et la monarchie; ce sont là tous vos vœux. Ne vous écartez pas de ce plan, quoi qu'on vous puisse dire. Ce n'est pas au moment oii vous êtes certain de recueillir ce que vous avez si laborieusement semé, qu'il faut risquer d'en perdre le fruit par une précipitation déplacée Souvenez-vous des deux points essentiels, de l'intérieur, de Paris, et des moyens de parer aux crimes des enragés, et de sommer Bouille des engagements qu'il a pris. Il vaudrait peut-être mieux

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qu'il reslàt à Metz, s'il est sur do ses troupes. Je crois aussi bien important, à cause de l'opinion, d'avoir le maréchal de Broglie. N'oubliez pas de rappeler près de vous 88. Il faudrait faire surveiller par -fl- le duc d'Orléans ; il ne faut pas qu'il en sorte. Il me paraît nécessaire aussi de faire répandre dans l'intérieur beaucoup de petits imprimés pour le peuple, de profiter de la rétractation des curés assermentés et de l'efTet du second bref. Voilà toutes les réflexions que mon zèle me fournit.

Il est encore bien important de rétablir l'étiquette militaire, et de beaucoup soigner votre santé et votre personne jusqu'au moment d'agir. Alors mon prince sera aussi brillant qu'il a été sage. Que j'ai d'impatience d'apprendre votre arrivée (1) en bonne santé et l'effet qu'elle aura produit!

Je mets aux pieds de mon prince mes vœux, ma tendresse et mon respect, et tous ceux de la colonie.

M. DE VAUDREUIL AU COMTE D'ARTOIS

Bruit du départ de la famille royale. — Bonibelles. — Lausanne favorable aux progrès de l'anarchie. — Lettre du Roi à M™^ de Polignac.

Vicence, ce 31 mai 1791.

C'est aujourd'hui, Monseigneur, que nous attendons des

(1) Le 16 mai 1791, le comte de Fersen écrivait de Paris au baron de Breteuil : « Lo Roi est fort inquiet do la jonction du comte d'Artois avec le prince de Condé. 11 vous charge de lui en écrire et de tàclier de l'en empêcher, sans lui rien détailler cependant des projets du Roi, et en lui rappelant que S. M. lui a toujours promis d« ne rien faire sans lui, mais que le moment et les moyens no pourraient être déterminés que par le Roi. Vous ajouterez de sa part que S. M. désire que M. le comte d'Artois... se rende... auprès du roi de Sardaigno. pour maintenir ce prince dans les bonnes dispositions qu'il a toujours témoignées, et diriger les provinces méridionales, afin do travailler, de concert avec le Roi, à la prochaine exécution des idées qu'il a adoptées. » — A cette lettre le baron de Breteuil répondait le :22 mai : « J'envoie un courrier à AMo comte d'Artois, à Worms, où je lo crois le 24. Je ne me flatte pas de le retenir. Le seul moyen d'empêcher lo mal de la démarche des princes, c'est de la prévenir en partant promptemont (Fersen, t. I,p. 123-12b). » La dernière phrase do la lettre du baron do Breteuil est une allusion au départ qui eut pour dénouement l'arrestation à Varennes.

nouvelles de votre passage à Inspriick ; vous concevrez aisément notre impatience. On nous berce ici de nouvelles incroyables; le bruit de Venise est que, deux jours après voire départ de Vérone, un courrier, venu en cinq jours de Paris pour vous y clierclier, a répandu que le Roi et la famille royale étaient partis le 18 de Paris. Il est certain que c'est M. Pisani, podestat de Vérone, qui a mandé cette nouvelle au prcgadi. Tout Vicence y croit, nous exceptés.

Le duc de Polignac est depuis dimanclie à Milan. Son retour pourra nous apprendre des clioses intéressantes; il nous rejoindra à Venise oii nous allons tous pour la fête de l'Assomption. M™^ de Polastron et M""^" du Poulpry et Le Féron logeront avec nous à la Madonna del Orto. L'ambassadeur d'Espagne leur avait offert de loger au palais de France, M. de Durfort (1) n'y étant pas encore; mais elles ont préféré de loger avec nous. Toute la colonie se porte à merveille, excepté la pauvre comtesse Diane, que je crois bien malade. H y a cependant, à mon gré, un peu de mieux dans son état. Elle a commencé l'usage du lait, et il est possible que ce régime la guérisse, si elle s'y tient; mais elle cbangc perpétuellement de régime et de remèdes, et l'agitation de son esprit fait bien du mal à son pauvre corps. C'est encore là une des nombreuses victimes du chagrin. Rien de plus touchant que les soins continuels de M™^ de Polignac pour la pauvre comtesse. C'est à présent son unique occupation. Jamais on n'a eu une plus belle àme que celle de cette femme tant calomniée.

Nous sommes tous persuadés que Bombelles est allé à Milan ; il a dit à M"'^ de Guiche à Lausanne qu'il partait pour une course secrète avant d'aller à Soleure, et lui a raconté que c'était lui qui avait tout arrangé avec l'Empereur; que sans lui on n'aurait rien terminé. Enfin, c'est

(1) Af. de Durfort. Le comte Louis do Durfort (de la branche des Durfort- Deyme), néle4mars 1752, nommo, en remplacement de M. de Bombelles, •ambassadeur àVenise.où il mourut. 11 avaitépousé en 1772^1"" de Béthuna.

un prodige que ce petit homme, et il est fort content de lui. Ce que je crois, c'est qu'il a été accaparé par son ancien maître et ne voit que par ses yeux qui ne valent rien; car, de mauvaises intentions, je l'en crois incapable. Le duc de Polignac s'informera s'il a paru à Milan.

Le ton de Lausanne est en tout bien mauvais, et on y craint plus les succès de Galonné que les progrès de l'anarchie ; l'esprit Necker y agit toujours. Voilà ce qu'on en mande. Sans la fermeté du bailli de Lausanne, cette ville fermenterait même beaucoup.

Las Casas a demandé au comte d'Antraigues un mémoire sur les dangers d'une seconde législature. Ce mémoire est fait et lui a été remis. Las Casas a apparemment intention de l'envoyer en Espagne.

Voilà le peu de nouvelles dont je peux vous rendre compte; depuis votre départ, nous sommes peu instruits; au retour du duc nous en saurons davantage.

Je mets au pieds de mon prince ma tendresse, mon dévouement et mon respect.

P. S. M™* de Poiignac a reçu une lettre du 12 du Roi (i), très obligeante pour elle, mais dans laquelle il marque sa crainte de votre départ pour passer les Alpes et sa désapprobation (2). Celaest apparemment écrit pourla poste; autrement cela serait inconcevable.

Toutes les gazettes sont à présent à la contre-révolution.

M. DE VAUDREUIL AU COMTE D'ARTOIS

Dépèches du prince communiquées à Las Casas. — Les instructions envoyées au duc de Poiignac. — Obstacle rencontré par celui-ci et ve-

(1) Cette lettre est imprimée dans Feuillet deGoxches (t. III, p. 349).

(2j « Votre jeune ami me donne de l'inquiétude : on le dit engagé dans un voyage au moins bieu prématuré et qui pourrait tourner d'une manière funeste pour bien du monde, et ce n'est certainement pas de Venise que le conseil lui en a été donné. » Dans sa lettre du 7 juin (voir p. 382), M. de Yaudreuil reproduit cette phrase textuellement. Gomp. plus haut, p. 374, note 1.

liant probablement de Breteuil et de Bombelles. — L'Espagne est prête, — L'auteur attend le moment d'aller rejoindre le prince.

A Viccncc, ce dimanche 5 juin (1791).

Je n'aurai l'honneur Je vous écrire qu'un mot aujourd'hui par la poste, me réservant d'écrire en détail et plus sûrement par le retour de votre courrier, qui est arrivé vendredi 3 au soir, à onze heures, à Venise. J'ai lu et communiqué à Las Casas les dépêches qu'il apportait, transcrit ce que vous m'avez ordonné, écrit longuement au duc de Polig-nac qui est à Milan depuis imit jours, et je lui envoie toutes les différentes instructions que renfermait le paquet. Le courrier a dû y arriver ce matin de très bonne heure. J'attendrai la réponse ou le retour du duc de Polignac pour vous renvoyer Denis (l).Las Casas a trouvé les dépèches apportées par Denis si intéressantes qu'il m'en a demandé copie, et a fait sur le champ partir un courrier pour l'Espagne ; il en fera repartir un autre incontinent après le retour du duc de Polignac, et trouve que ce n'est pas le cas de ménager les courriers.

Nous n'avons reçu qu'un mot du duc de Polignac depuis son départ. Ce mot dit qu'à son arrivée il a trouvé plus d'orages et d'obstacles qu'il ne s'y attendait ; mais que l'horizon s'est éclairci, qu'il commence à être content, et qu'il ne quittera pas que tout ne soit fini. J'ai lieu de croire qu'il y a du baron de Breteuil et du Bombelles dans tout ceci, parce que ce dernier a mandé du pied du mont Cenis à Las Casas qu'il allait à Milan.

Le mémoire que vous nous avez envoyé est bon dans tous les points, et donnera de grands moyens au duc de Polignac; c'est l'opinion de Las Casas.

On me mande de Rome que l'Espagne est prête, et qu'un seul mot de l'Empereur qui est attendu avec impatience suffira pour tout presser, pour tout décider (2).

Le duc de Polignac mande encore à la comtesse Diane que le voyage de Vienne sera avancé. Ceci est d'un bon

(1) Denis, valet de pied du comte d'Artois.

(2j II s'agit évidemment de l'exécution du programme arrêté à Mantoue.

augure ; mais, comme il écrivait par la poste, il n'a pas pu s'expliquer davantage. Le retour de Denis ou celui du duc de Polignac éclaircira tout. Denis reviendra à Vicence, d'où nous l'expédierons ; Las Casas s'y trouvera, et c'est par cette raison que le courrier ne partira que d'ici, parce qu'il était indispensable que Las Casas tût instruit de tout.

Les derniers incidents que vous nous apprenez ne m'ont pas beaucoup effrayé ; au contraire j'y vois de nouvelles raisons de tout espérer. Vos intérêts sont en bonnes mains, étant confiés au duc de Polignac ; celui-là ne se chargera pas de double mission (1).

Nous sommes de retour ici d'hier au soir, et nous avons trouvé tous nos amis en bonne santé. Le retour du courrier ou du duc de Polignac m'apprendra à quelle époque je partirai p(mr vous rejoindre.

Vraisemblablement votre courrier vous portera nos paquets avant que vous receviez cette lettre ; mais, comme il peut y avoir quelque retard inattendu, à tout hasard je vous écris par la poste pour vous rassurer si le retour de Denis était différé.

Recevez avec votre bonté ordinaire mes respects et mes tendres hommages, et tous ceux de la colonie.

Le 16 mai, date de la lettre du Roi, Christin aurait dû être arrivé à Paris ; cela m'inquiète. Ce que vous a fait dire Bouille me fait grand plaisir ; soignez beaucoup ce moyen et cet homme. J'espère que le retour des deux envoyés aura coulé à fond le baron de Breteuil ; cela est bien important. Ah! quel homme! Je n'écris pas à Calonnepour ne pas multiplier les écritures.

(1) Allusion à M. de Boinbelles, qui avait accepté une mission du comte d'Artois pour l'Empereur, tandis qu'il était chargé d'une mission contraire delà part du Roi et do la Reine.

DU COMTE DE VAUDRliUIL. — 1791 379

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