MARIE CAPPELLE A ALEXANDRE DUMAS
jour revient la tristesse du soir, Seigneur, je n'attends rien encore.
Mon berceau fut béni. Je fus aimée, enfant. Jeune fille, je vis le respect des hommes s'incliner sur mon passage. Mais la mort prit mon père, et son dernier baiser glaça le premier sourire sur mon front.
Malheur aux orphelins ! . . . Etrangers sur la terre, ils savent aimer encore et ne sont plus aimés. Ils rappellent aux hommes le souvenir des morts, et les heureux les jettent dans les luttes du monde sans même les armer d'une bénédiction.
Malheuraux orphelins !... Les nuages s'amassent vite sur ces pauvres existences que nul ne protège, que nul ne défend. A la veille de vivre, moi^ je pleurais ma vie. A la veille d'aimer, hélas! je portais déjà le deuil démon bonheur.
Tous ceux qui m'étaient chers ont détourné la tête; ils se sont isolés dans un superbe mépris. Quand je criais vers eux, ils m'appelaient maudite, parce que je criais du fond de l'abîme; et cependant, mon Dieu! vous le savez, vous, je n'ai point échangé ma robe d'innocence contre la ceinture d'or du péché.
Seigneur ! mes ennemis m'insultent : dans leur triomphe, ils bravent le remords et se rient de mes pleurs. Mon Dieu, hâte pour moi le jour de la justice! Mon Dieu, daigne servir de père à l'orpheline! Mon Dieu, daigne servir de juge à l'opprimée!
Visions du soir.
Les haleines de la nuit apportent les rêves à riiomme et la rosée aux fleurs. Dans les bois, la source murmure un cantique au sommeil. Sous les lilas, le rossignol chante et sa voix, qui dit à la rose : Je faime! fait sourire l'espérance, fait pleurer le regret.
A travers les nuages, la lune glisse et projette mille visions d'opale sur les prés. L'écho répond par un soupir au soupir qu'il écoute. La pensée se souvient, le cœur aime, l'âme prie, et les anges recueillent, pour les confier à Dieu, nos plus nobles pensées, nos plus saintes prières, nos plus chastes amours.
J'aime le soir ; j'aime les brises parfumées qui portent mes larmes aux morts, mes regrets aux absents.
J'aime le soir ; j'aime ces pâles ténèbi es qui retranchent un jour aux jours de mon malheur.
Amitié.
L'amitié consiste dans l'oubli de ce que l'on donne et dans le souvenir de ce que Ton reçoit.