‹ CorrespondenceChapitre 19 sur 35 · MARIE C APPELLE · texte numérisé non relu

MARIE C APPELLE

VillerS'Hellon .

Bon ang-e gardien des jours de mon enfance, toi que ma prière, le soir, appelait vers mon berceau; bon ang"e, aujourd'hui, ma voix t'invoque encore. Va, retourne sans moi là où je fus aimée.

L'étang sert-il toujours de miroir aux tilleuls? Les nénufars d'or voguent-ils toujours sur les eaux, à l'approche du soir? Bon ange, ta doiice égide veille-t-elle toujours, près de ces rives fatales aux jeux des petits enfants?

Vois-tu le tronc noueux de l'aubépine rose qui fleurit la première, au retour du printemps? Chère aubépine !... j'atteignais ses rameaux avec le bras de mon père, pour en saluer la fête de l'aïeul bienaimé.

Betrouves-tu les roses préférées de ma mère, les peupliers plantés le jour où je suis née? Nos noyers bordent-ils encore les chemins du village, et leur ombre voit-elle passer les pompes de Marie?

Le temps respecte-t-il Thumble église gothique, dont Tautel est de pierre, dont leChrist est d'ébène? Une autre, à ma place et en mon absence, suspendelle en festons les bluets et les roses aux frêles arceaux du sanctuaire?

Bon ange, parmi les fleurs, sous un rideau de saules, vois-tu la tombe où dorment mes morts tant pleures? Leur bonté leur survit, les pauvres les visitent, et mon âme s'envole de l'exil pour y prier.

Je vais où va la feuille que le tourbillon entraîne ... Je vais où va le nuage que la tempête emporte... En deuil de ma vie, morte à l'espérance même, je ne reviendrai plus où j'ai laissé mon cœur.

Bon ange, sème les roses sur les tombes de mes pères; donne les parfums aux fleurs qui s'efïeuillent à leurs pieds. Fais que ce soit moi qui pleure, non seulement mes larmes, mais encore celles des vies sœurs de ma vie, afin que l'on reste heureux là où je fus aimée I

Affliction.

O vous tous qui passez sur le chemio, regardez et voyez s'il est udc douleur comparable à la mienne.

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