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MARIE GAPPELLE A EMILE DE GIRARDIN

Saint-Rémy, i8 mai (i85i).

Voire souvenir, Monsieur, est entré le premier (i) dans ma nouvelle demeure, — pauvre petit nid, bâti à fleur de ruines dans un repli de la chaîne des Alpines, — et si je suis restée muette si long-temps, c'est pour me punir de vous avoir distrait de vos patriotiques travaux, en vous faisant compter et peser mes larmes. Je m'étais condamnée au silence, jusqu'au jour où je pourrais vousenvojerl'ofFrande même de vos dons.

L'ombre rose de ma pensée refleurit avec les fleurs nouvelles du nouveau printemps. Je vis! et ces extases divines de l'être qui s'éveille et s'anime, c'est à vous que je les dois. C'est à vous que je dois ce premier baiser de la lumière qu'un rayon

(i) Marie Cappella, dont la santé était irréparablement ruinée par la prison de Montpellier, avait été transférée, grâce à l'intervention d'Emile de Girardin, à l'Asile des Aliénés de Saint-Hémy, le 22 février i85i, pour en sortir libérée un an plus tard, le i^' juin 1862 et aller mourir à la station thermale d'Ussat, le 9 septembre de \n même année.

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matinal revient, à chaque aurore, poser sur mes lèvres endormies. C'est vous qui m'envoyez la brise toute parfumée de sève et de résine, et c'est encore vous qui faites souffler sur mon front l'haleine emperlée de la source voisine. La force dont je vis, c'est celle que vous m'avez rendue ; l'espoir que j'espère, c'est celui que vous m'avez donné. Je vous dois d'être, aujourd'hui; et demain, je le sens, je vous devrai de grandir. Ma vie est votre filleule. Monsieur, et si Dieu m'accorde jamais d'accomplir quelque bonne action ou d'écrire quelques belles pages, avec quel orgueil je les signerai du doux litre de votre obligée.

Avez-vous quelques minutes à perdre, Monsieur? Abandonnez votre pensée aux lég^ers nuages qui roulent du nord, vers le midi, en effleurant la cime des grands arbres des Champs-Elysées. Nous traversons Lyon, la reine du commerce, et Beaucaire sa possédée^ pour nous abattre à Saint-Rémy, très sage et très dévote petite ville, corsetée de vert, coiffée de blanc, qui se lève avec l'angelusdu matin et se couche avec l'angelus du soir. Au delà du quartier des Antiques, qu'on vous indiquera avec orgueil, prenez à gauche cette longue Avenue liserée de cyprès, taillée en quenouilles et ourlée de murs blanchis à la chaux. Ils vous conduiront à Saint-Paul.

Un portier se tient à la première barrière de l'Avenue : veuillez lui dire l'objet de votre visite. Une religieuse vous attend à la seconde barrière ; soyez assez bon pour montrer votre laissez-pas-

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ser, sig"né par le Ministre lui-même. Baissez-vous, Monsieur, pour passer sous ce vieux porche g^othi- ((ue et admirez, en traversant les cloîtres, ces sveltes colonnettes qui, reliées entre elles par des chapiteaux fleuris d'archanges et de chimères, ressemblent à de jeunes nonnes alig^nées deux à deux " pour réciter^ tout haut, le même rosaire ou pour rêver, tout bas, le même rêve. Sur le palier de l'escalier, une grande grille peinte en noir vous arrête. Soyez assez bon pour attendre un instant qu'on l'ouvre et qu'on la referme derrière vous. Attendez encore, s'il vous plaît, devant cette autre porte verrouillée. — Mais on vous a ouvert.

Vous entrez et, quel bonheur ! Monsieur, je vous vois chez moi. Ma main tombe dans votre main, — je pleure, je ris, je prends mon cœur à } deux yeux pour vous l'offrir enfin, tout plein de ma reconnaissance, de mon admiration et de mon respect. Je vous entends dire : « Pauvre femme ! vous êtes encore plus prisonnière, ici, que là-bas dans votre prison! » Hélas ! oui. Monsieur, car de vieux amis de dix ans, l'abbé Gourai, le docteur Pourchet, l'aumônier et le médecin de la Prison Centrale n'ont pas pu pénétrer jusqu'à moi. On les a engagés à se munir d'un ordre du ministre. Pour sortir de ma chambre et me promener dans le corridor voisin, il me faut une autorisation de la religieuse et de la supérieure. Je passe tout le jour sous clefs, dans les deux chambres gentiment meublées qui composent mon appartement et, chaque soir à huit heures, lorsque les folles se cou-

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client, on me fait quitter mon cabinet de travail pour m'enfermer sous double clef dans ma chambre à coucher.

Tout cela est bien triste, n'est-ce pas, bien triste! Mais, pour m'aider à l'oublier, j'ai le soleil du bon Dieu qui, lui, a ses libres entrées chez moi. J'ai le rossig^nol qui me chante Ténèbres et Matines, et les pigeons qui viennent manger dans ma main. J'ai Adèle, ma sœur d'âme qu'on voulait m'enlever et qu'on m'a laissée, sans doute, parce que vous avez fait prier à Paris ma prière inécoutée à Marseille. Enfin, quand le mal de la liberté soulève quelque orage dans ma tête, je cours à mon coffret, ce trésor des trois lettres qu'il renferme. Je saisis la dernière, je la lis vingt fois avec les yeux, cent fois avec le cœur. Je pose mes lèvres sur le cachet Stabo. Je me dis que mon oracle est l'oracle de la France, mon espérance son espoir, mon sauveur le grand homme promis à son lendemain et, plus heureuse que le pauvre peuple d'autrefois qui disait en pleurant : « Ah ! si le roi le savait! » je dis avec confiance : « M. de Girardin le saura et je serai consolée 1 »

Dans le commencement de mon séjour ici, je croyais beaucoup. L'aumônier, — cœur d'or, âme d'élite, ancien officier d'ordonnance de l'Empereur, ancien garde du corps, étant devenu supérieur du Collège lazariste de Constantinople, puis directeur de la Colonie agricole du château d'Avignon, — avait eu, à ce dernier titre, l'honneur de dîner chez vous. Monsieur, et de puiser largement dans

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l'ample bourse de vos charités. L'abbé Chargros me consolait en m'aimant. C'était un père, un ami ; mais, la supérieure étant devenue jalouse de ces sympathies, il fallut cesser les visites. La même chose est arrivée à la famille Ghabaud, qui, pour m'assurer la paix dans la Maison de Santé, a dû renoncer à me voir. Sans doute, il y a faiblesse de la part de mes hôtes, d'en agir ainsi; mais si vous saviez avec quel ordre admirable les religieuses gouvernent l'établissement qui leur a été confié • si vous voyiez les miracles d'économie, d'arrangement, de charité hygiénique qu'elles y accomplissent, vous comprendriez à merveille que ces messieurs qui n'habitent pas Saint-Paul, non plus que le médecin, regardent comme un devoir de les laisser user et abuser de Tautorité, ordonner, décider, trancher, cumuler les pouvoirs législatifs avec les pouvoirs exécutifs, faire, refaire et défaire les lois, tantôt dans le sens le plus large, tantôt le plus étroit. Il n'est pas de pire despotisme que la vertu... Comment se révolter, contre de saintes filles qui se dévouent à vous torturer, qui partent des intentions les plus droites pour arriver aux résultats les plus injustes, qui se mettraient à genoux devant vous pour panser vos plaies qui saignent et qui vous refuseraient une larme pour guérir les douleurs sans nom qui vous tuent.

Malheur à l'homme qui peut trop. Serait-il saint trois fois, il n'accomplirait que le mal. Quand le fils de Dieu s'est fait homme, la pauvreté et le travail ont été choisis de toute éternité pour le ber-

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ceau de ses vertus. Il n'a vaincu la mort que par la mort, il n'a triomphe du mal qu'en souffrant.

Huit heures sonnent !... Adieu, Monsieur! Ma reconnaissance vous dit « à toujours! » Mes rêves vous diront « à bientôt » 1

MARIE CAPPELLE.

Rien d'intéressant à étudier. La Provence d'hier, comme le jeune monde de demain et le vieux monde d'hier, lutte de passion et d'ardeur pour faire triompher la vraie République ou la vraie Royauté. Les nuances intermédiaires n'existent pas ici. Il n'y a que deux partis, que l'on pourrait nommer, la religion de l'espérance et le culte du souvenir. L'idée nouvelle gagne surtout dans les campagnes ; malheureusement, la compression lui donne des allures révolutionnaires, qui pourront lui faire dépasser le but. Un brave ouvrier auquel je faisais part de mes craintes me disait: « Que voulez-vous, Madame! Quand on se réunit de si loin, à grands risques, pour se parler de choses concernant la République, on aurait l'air de fameux vieux si on se disait tout bas ce que l'on peut se dire tout haut. De les voir trembler, tous ces riches, nous met en goût de faire peur! »

Je fais mettre ma lettre à la poste de Montpellier, pour qu'elle ne soit pas lue. Je n'y ajoute I qu'un mot. Je suis forte maintenant, et je serai I trop heureuse d'user ma plume au service de vos nobles et fécondes idées.

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Jeudi, 4 heures du soir, ii juin (i852).

Ma liberté est là, officielle, palpable: je vous la dois, Monsieur. Ah ! laissez-moi vous apporter ma première larme de joie et mon premier sourire. Laissez-moi serrer votre noble main dans ma main. Laissez-moi vous dire que je vous admire, que je vous aime, que je n'ai qu'une ambition : celle de me signer, un jour, votre amie; comme je me signe, ce soir, votre ressuscitée, — Marie Gappelle.

J'ai lu votre livre, je le relis, je prends des notes et, ma fièvre cessant, je me mettrai au travail. Votre terrible logique est si humaine, si vraie, que le cœur d'une femme y atteint. Comment ne vous comprendraient-elles pas ? Quelques-unes de vos pensées valent leur pesant de larmes.

La liberté me monte à la tête. Je ne sais ce que mon cœur écrit... Il y à cinq minutes, j'était morte et je vis. Pardonnez-moi, Monsieur, j'avais voulu vous serrer la main, avant même d'avoir repris ma dose normale de sens commun.

(Montpellier), mardi, 8 juin i852.

J'ouvre votre lettre à mon oncle, Monsieur, et je salue des yeux et du cœur ces chers petits points d'interrogation qui comblent la distance en me

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donnant le droit de vous confier ma joie, mes appréhensions, mes projets, et jusqu'à mes rôves... Confier, n'esl-ce pas aimer ?

Les derniers verroux de Saint-Paul se sont tirés sur moi, le lundi de la Pentecôte ; et, le même jour, à neuf heures du soir, après un voyage inaperçu et charmant, on m'a portée, de la voiture, dans les bras de mon oncle. J'ai retrouvé un chez moi, une famille ; je me sens vivre, je suis libre et je me comprends aimée. Oh! merci, Monsieur, merci! car ce bonheur est votre œuvre. Mon oncle vous a, sans doute, écrit combien il m'avait trouvée changée, au retour de son voyage à Paris. L'émotion de la bonne nouvelle n'a augmenté que de fort peu la fièvre et la toux qui ne me quittaient plus ; et les bons soins de ma tante, une vraie mère, qui m'aime comme l'enfant gâté de ses larmes, achèveront bientôt, je l'espère, l'œuvre de la résurrection que vous avez si heureusement commencée.

On m'a déjà menacée des Eaux-Bonnes; mais je tremble à l'idée de quitter mon nid, et celte peur seule m'aidera peut-être à guérir vite, sans changer de lieu et sans surtout m'éloigner des miens. Quant à mes projets, souhaits ou rêves d'avenir, je n'en forme aucun et je n'ai plus qu'un but, aujourd'hui : celui d'incarner ma reconnaisance dans toutes les actions de ma vie, pour changer un acte de clémence en un acte de justice ; celui de prouver au monde que j'étais digne des nobles et chères sympathies qui m'ont sauvée ; celui de prouver au monde qu'à défaut de mérite le malheur immé-

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rilé peut devenir une vertu. Peul-étre est-ce là beaucoup espérer ou beaucoup prétendre ; mais, Dieu et la vérité aidant, je ne saurais croire à Tirapossible et, si je mourais à la tâche... Eh ! bien ! Monsieur, vous protégeriez la mémoire de la pauvre morte, comme vous avez protégé le désespoir de la pauvre captive. D'un trait de plume, tous éloigneriez l'infamie de ma tombe : d'une larme, vous me vençreriez du malheur. Votre amitié n'estelle pas tout à la fois, pour ceux auxquels tous l'accordez, un honneur, un éIo?e et une vertu?

J'arrive maintenant. Monsieur, à votre dernier petit point interrogateur, et jV répondrai à la façon de Job. Je n'ai rien, absolument rien; mais, depuis douze ans que la pauvreté est mon amie, j'ai appris à estimer la valeur d'une vie laborieusement gagnée et je n'ai qu'un désir, celui d'être enfin classée parmi ces intelligences militantes et viriles qui acquièrent l'indépendance à la soeur de leur front. Depuis que je sois à Montpellier, c'est-à-dire depuis de longues, bien lonsnes années, l'adorable bonté de mon oncle s'est ingéniée à trouver la part de la captive dans l'honorahîe revenu à peine suffisant pour donner le nécessaire à lui et à ses enfants. Sublime dan< le pieux exercice de sa paternité d'emprunt, il n'a pas voolo qoe mon malheor dencnne une charge pour des cœurs indifférents et oublieux : il a repoussé loin de moi qoi menaçait d'offrir one aomône à qoi méritait on appoi. Grâce à loi. la paovret^: m'est apparoe comme oo titre aox plos toocban'.s

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respects, aux plus absolus dévouemenls. Oiiel serait donc mon bonheur, si je parvenais à conrïblfT vite les petits emprunts qu'ils ont contractés pour l'amour de moi ! Avec quelle fierté, bon Dieu ! je parerais leur vie du luxe de mon travail. Avec quelle émotion profonde je recevrais ce premier argent g-ag-né, qui assurerait mon indépendance et me permettrait d'être leur fille, à mon tour.

J'ai quelques manuscrits, qui n'ont besoin que d'être revus à tête libre et reposée. Mais, il me semble que la voix intérieure parle surtout en moi, sous les flux et les reflux des courants vifs de la pen sée militante et actuelle. Je me sentirais la vocG' tion ou, du moins, le goût de ces articles écrits au jour le jour, un peu à propos de tout et beaucoup à propos de rien. A vous. Monsieur, de me faire tomber la plume des mains, d'éclairer mes incertitudes, de me guider enfin dans cette voiede labeur et d'études. La transformation qu'a subie la Presse quotidienne semble favorable àla réalisation de mes projets. Il y a évidemment quelque chose de nouveau à tenter, mais comment y arriver et surtout comment parvenir à mettre un chifl're quelconque au-devant des tristes zéros qui forment, aujourd'hui, l'actif de mon avoir? Je serais bienheureuse et bien fière, si vous me permettiez de ne rien faire que d'après vos conseils, et le plus a^^^réable jour demavie serait celuioù je renoncerais à ma volonté pour sentir peser le cher vouloir de votre amitié sur mon cœur.

Je VOUS tends la main, Monsieur, et je m'incline respectueusement au devant de votre souvenir.

(Montpellier, juin) i852.

Depuis que je suis arrivée ici. Monsieur, je suis la chose de la toux et de la fièvre, de la médecine et des médecins, de l'orage qui gronde et de la bise qui souffle. Depuis que je suis arrivée ici, hélas ! bien loin de m'essayer à revivre, j'ai beaucoup à faire pour ne pas me laisser aller à mourir et je perds mes jeunes heures de liberté à suivre, avec une obéissance filiale,, le régime trois fois bête quiprescrit un sommeil de marmotte, aggravé d'une sottise d'huître et d'un mutisme de carpe. Mes plumes sont brisées, mon encre renversée. Comme je sens que c'est reprendre terre, espoir et vie, que de venir vous serrer la main, je désobéis à la consigne et, sans m'efïorcer encore de vous écrire, je veux du moins essayer de vous répondre.

Et, d'abord, que vous êtes bon, — bon avec génie, — que d'avoir compris, sans que mes larmes vous le confient, que, pour me réconcilier avec les rigueurs de la destinée, j'avais besoin d'élever mon malheur à la dignité de devoir et de vertu. En vous écoutant me dire que mes larmes pourraient racheter quelques-unes des larmes qui se pleurent.

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aujourd'hui, en exil, mon cœur a bondi de fierté et de joie. J'ai soulevé ma croix et, pour la première fois, j'ai eu peur de ne pas la sentir assez lourde; j'ai pensé à ma jeunesse, à mon bonheur perdu ; ce qui m'attristait m'a fait sourire d'espoir. Ce n'est pas assez que la souffrance m'ait apparenté avec toutes les victimes de la prévention des hommes et de l'orgueil humain ; je suis la ressuscitée du Prince. J'aime sa bontéje voudrais adorer sa gloire; je sens que, d'un trait de plume, il se signerait Napoléon II dans le cœur de tout un peuple; et, pour hâter d'une heure cet acte de force, de confiance et d'oubli, qui le sacrerait l'homme de l'avenir et le sauveur de la France, je donnerais ma vie, jereculeiais d'un an ce jour suprême delà vérité que j'attends de la mort et que j'espère de Dieu, comme mon seul lien en ce monde et dans Tautre. J'avais écrit au Prince, quelques jours avant d'avoir reçu votre lettre; et le général Roguet, dont j'avais emprunté le couvert, a bien voulu m'assurer de la façon la plus gracieuse que ma reconnaissance était arrivée jusqu'au Président.

Maintenant, Monsieur, il me semble que ce n'est guère qu'à la providence de l'inattendu que je peux demander de me glisserune troisième fois à l'Elysée ; et je ne ferai rien, d'ailleurs, à cet égard sans prendre à l'avance votre avis. Quant aux excellents conseils que vous m'accordez, à propos de la publication de mes manuscrits, j'en reconnais la valeur et je suis fière de leur obéir, quoiqu'il m'en coûte un peu, je l'avoue, pour rester encore

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quelque temps en face de celte terrible question : (( Suis-je ou ne suis-je pas ? Dieu m'a-t-il prêté le talent qui serait, à la fois, mon gagne-pain et mon g-ag-ne-honneur ? Ou bien, doublement faible et doublement désarmée, me faudra-t-il vivre inutile à moi et aux miens, à mon innocence et aux pauvres? »

Je n'ai publié aucun ouvrage ou fragment d'ouvrage, depuis i84i, c'est-à-dire depuis mon départ de Tulle. Non seulement personne ne possède une ligne de mes « Heures de Prison », mais encore, excepté vous, je n'en ai laissé lire une ligne à personne. Je n'en ai qu'un volume et demi de transcrit^ et j'attends la santé pour en dicter la suite et en écrire la fin. Vous auriez déjà reçu la partie au net que vous désirez juger et mes deux lettres au Prince, si je n'avais reculé devant la cherté du port en me servant de la poste, et le peu de sûreté du transport en employant la diligence.

Peut-être trouverez-vous un peu d'exaltation dans le calque de ces premières « Heures captives » dans lesquelles j'ai dû désapprendre à vivre et apprendre à mourir. Mais cette exaltation, sorte de fiévreuse bravoure qui électrisaitma conscience et qui armait mon âme contre l'isolement et l'oubli, l'infamie et l;i mort, je lui dois d'avoir triomphé du doute etde m'étre sauvée du suicide. Le monde est trop souvent tenté d'appeler orgueil ce qui serait mieux nommé vertu du désespoir. Il faut s'attacher à la croix pour qu'elle nous élève. Il faut dominer le malheur, pour qu'il ne nous maîtrise pas; et ce

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n'est guère que le lendemain de l'orage que l'âme, retrempée par la lutte, trouve la paix en cherchant l'espérance, le pardon en cherchant Dieu.

Je voudrais finir là ma lettre. Monsieur. Mais quelques lignes de votre dernier courrier à mon oncle me forcent de vous ouvrir mon cœur; quoique confier, cette fois, ce soit autant souffrir qu'aimer. Vous savez que le dévouement admirable do ma famille m'a rendu un père, une mère, une sœur, des frères. J'ai tout accepté d'eux. J'en accepte tout encore, car je me sens être leur vertu. Leurs privations sont devenues mon nécessaire, leurs larmes m'aident à pleurer, leur amour m'aide à revivre; et cependant, je crois qu'il est des malheurs qui ne se partagent pas, et je me trouverais lâche, pouvant réhabiliter mon nom, d'en emprunter un pour lui faire sa part de mon déshonneur. Que je reçoive une insulte, je me réfugie dans ma conscience; mon cœur saigne, j'ofïre les larmes de sang à mon Dieu et il me semble, par ma douleur, avancer la vérité d'un jour. Au contraire, qu'unii insulte m'atteigne sur le front de l'homme qui m'aura choisie, une angoisse horrible me saisira : j'oublierais le pardon pour reprendre la haine et la vengeance, j'aurais peur d'être trop protégée et, si je ne l'étais pas, j'aurais peur encore. La position dépendante de mon cousin aggraverait encore mon malheur, s'il n'avançait pas, ainsi qu'il le mérite si bien, — et quand on est dans les viores on n'avance guère, surtout- quand on les gère en parfait honnête homme, — j'y perdrais la dignité de

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mon infortune, la paix de ma conscience, mon estime et peut-être celle de mon loyal et dévoué cousin qui souffre cruellement de mon refus, mais qui souffrirait bien plus encore de ma faiblesse (i).

Avec du talent et de l'indépendance, je sais qu'on pourrait conjurer en partie les impossibilités douloureuses. Je le sais, mais quand je me souviens que j'étais innocente et que le vérité ne m'a pas sauvée, je ne puis me confier à l'espérance. Je préfère rester morte au bonheur, que de m'exposer à pleurer mes derniers rêves et à couvrir de mon deuil mes plus chères affections, mes plus pieuses amours.

Je souffre de ce que je viens de vous écrire. Mon cœur a la fièvre, ma plume la g-ag-ne; parlons vite d'autre chose et laissez-moi vous dire que je me suis abonnée à la Presse, pour mieux vivre en communion de pensée avec vous. Mon premier numéro m'a apporté votre article sur M"^ Rolland. — Ah! que votre esprit sait avoir du cœur et que vous êtes bon à tous, si vous êtes formidable à quelques-uns. J'ajouterai que la Presse est le seul journal que j'oserai lire, tant la calomnie barbouillée d'encre me fait horreur.

Il serait facile, en ce moment, de me tuer avec un mot. Mais je me garde, sinon pour moi, du

(i) Il semble, par cet aveu, que Gustave Gollard aurait demandé à •Marie Gappelle sa main, après sa libératioQ. Maurice Gollard, père de l'ua et oncle de l'autre, ne se disposait-il pas à écrire, en terminant la préface des Heures de Prison qu'il publia, le 17 juin 18 53 : « Retenue prisonnière, je lui avais donné pour compagne ma fille. Devenue libre, je lui aurais donné pour mari mon fils. »

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moins pour les miens. J'ai tort, cependant, de me plaindre de l'humanité; car, ce matin même, j'ai pleuré d'admiration et d'orgueil en lisant la lettre d'une jeune couturière qui habite le château de Fierbois en Brabant et qui, ayant entendu parler de mes malheurs immérités, m^envoie :iooo francs, fruit de ses petites économies. J'ai baisé respectueusement la lettre de cette sainte femme et, quoique je ne puisse accepter son envoi, depuis qu'elle me l'a fait, je me sens si riche que je ne céderais pas mon trésor contre le bonheur lui-même.

Adieu, Monsieur, adieu ! Grondez-moi de ne pas oublier le croassement des méchants, pour ne me souvenir que du dévouement des bons. Grondezmoi! Un seul mot de vous me rendra invulnérable et confiante. La vérité est fille de la Providence et du temps. Son devoir est de me sauver. Mon droit est de Tattendre. Je veux espérer, je veux me dire que, forte, vous m'aimerez et que vous m'oublieriez faible.

IQ

MARIE CARPELLE A JACQUES JASiMLN (i)

Demain, Monsieur, j'aurai lu vos œuvres. Je vous admirerai, et ma lettre paraîtrait peut-être s'adresser à l'éloquent inspiré, au poète, au favori de la gente Muse Gasconne.

Laissez-moi vous écrire, ce soir. Tant de plumes célèbrent votre esprit, permettez que la mienne bénisse votre cœur. Oh ! oui, vous êtes bon, noble et généreux, Monsieur. Je garde chacune de vos paroles, comme une chère consolation ; je garde chacune de vos promesses, comme une sainte espérance. Voltaire a sauvé Calas ; chantez pour

(i) Vers l'époque où Rachel, passant par Montpellier, visitait Marie Gappelle dans sa prison et lui récitait, pour elle seule spectatrice de cette inoubliable audition, des exlraits d'Athatie et de Phèdre qu'elle venait représenter dans cette ville, un autre poète eut l'honneur d'être présenté à la recluse de la Maison centrale et de lui réciter aussi des extraits de ses œuvres. C'était Jacques Jasmin, prédécesseur de Mistral dans la renaissance de la ]ang;ue d'Oc, le maître incomparable de l'Aveugle et de Marthe la Folle. La puissance dramatique de ce maître fut aussitôt révélée à l'âme supérieurement littéraire de Marie Gappelle qui, dès le jour suivant, voulut répoudre au troubadour par cette lettre où Sainte-Beuve, le grand admirateur du poète agenais, aurait trouvé des traits capables de surprendre la plume d'un professionnel en critique littéraire.

MAUIi; f; \I>F»F.LI.F, A JACQUES JASMIN l^'J

moi, Monsieur, et, à mon tour peut-être, je ressusciterai d'entre les morts.

Je suis innocente!... II y a huit ans que je souffre. J'ai le mal de l'honneur. Je regrette le soleil, j'aime encore la vie : chantez pour moi. Je ne vous ai vu qu'un moment et, déjà, en pensant à vous, si ma plume écrit « Monsieur » mon cœur vous salue du titre de croyant et d'ami.

L'âme a ses parentes; j'y crois et j'ose vous envoyer, pour adieu, ma devise d'action de grâces : « Un jour, toujours! »

MARIE GAPPELLE.

En prison. — Nuit de Noël 1849.

J'ai reçu votre admirable lettre, Monsieur. On m'a remis vos admirables œuvres et, depuis deux jours, je vis tête à tête avec votre muse, je vis cœur à cœur avec votre amitié.

Eh quoi! J'allais chercher pour remplir ma solitude les grands hommes des générations éteintes, de grands poètes étrangers qui n'étaient pas mes frères, selon l'âge et la patrie; et j'ignorais qu'il y eût deux Béranger en France, j'ignorais que la Gascogne eût son Tibulle; j'ignorais m'être endettée ainsi, pendant maintes années, du tribut d'admiration que toute intelligence lettrée doit aux rois de l'esprit. Pardon! C'est aux contemporains à gra-

ver, dans leur cœur, les noms que la postérité gravera sur l'airain de l'histoire. J'ai été involontairement coupable envers vous. Pendant que vous pleuriez sur mon malheur, je ne m'inclinais pas devant votre génie. Pardon! Ma plume serait inhabile à payer dignement l'arriéré de ma dette; mon cœur et mon amitié se chargeront, Monsieur, de l'acquitter.

Faut-il avouer mes torts? Je croyais que votre muse chantait dans une langue qui n'était pas la mienne. En ouvrant le livre, dès la première strophe, je suis rassurée. Sans avoir besoin de jeter l'œil sur la prose de vos poétiques harmonies, je vous comprenais, je vous admirais,je pleurais quand vous pleuriez. Je souriais de vos sourires. L'esprit de l'œuvre palpitait pour moi, sous la forme. Quelle perle d'élégie, que Maltro ! Quelle églogue, que VAbûglo! Dans le premier de ces poèmes, vous atteignez au sublime.de l'amour sans faire vibrer une seule des cordes de la passion. Quelle pureté, et cependant quel abandon, quelle tendresse! Ce n'est plus la fièvre du cœur, c'est sa vie même, sa religion, sa vertu. Cette pauvre innocente ne vit pas pour aimer, elle aime pour vivre. Vous la laissez ignorante et humble; mais parce que vous avez su la faire vraie, nous la trouvons sublime. Elle n'a pas cet esprit que le monde donne à ses filles, comme un talent brillant, mais inutile et faux. Femme, elle a reçu, comme toutes les jeunes femmes, l'esprit de ses sentiments. Son amour s'exhale en parfums, comme l'encens des fleurs. Ses vertus

MARIK CAI'PKLLE A JACQUES JASMIN ï l\g

renlourent de celle auréole invisible, beaulé de l'âme qui charme les âmes et les attire, en échappant aux regards qui ne sont pas regards de père, de poète ou d'amant. Pour écrire Alaltro, voire muse s'est faite vierge et chrétienne; pour dicter VAbûf/lo elle s'est parée coquettement des couronnes mélangées de violettes et de roses qui paraient autrefois Tibulle, Horace et Anacréon.

Et maintenant, comment comprendre qu'on appelle patois cette belle et suave langue qui sait s'approprier la chaleur des rayons et l'éclat de la Heur, l'ombre rose du sourire et l'ombre pâle des larmes ; cette langue vraie, harmonieuse, charmante, qui chante plus qu'elle ne parle, moule la pensée plus qu'elle ne l'exprime? Autant vaudrait avancer qu'on met une différence entre le soleil qui luit sur le marbre des palais et le soleil qui tremble entre les saules des rivages. Autant vaudrait avouer que la beauté, qui brille sur le front d'une reine, n'est plus beaulé quand elle orne le front d'un enfant. Le poète qui chante le « Dieu des bonnes Gens» aura-l-il moins de génie dans salangueimagée, sortie de sa mansarde, que le pocle qui chante Jéhovah, le Dieu fort des Juifs et des rois, dans la mesure pompeuse du vers alexandrin? Non, non ! Le beau, comme la lumière, s'attache à toute chose et garde son droit divin. Le génie, d'ailleurs, éternise ce qu'il crée. Qu'il se signe sur l'argile, l'argile devient or. Sa valeur est en lui et ses œuvres en héritent, comme la création hérite des perfections du Verbe créateur.

iORRESPONDÏNCE

Poète, soyez heureux 1 La langue de votre mère, celle de votre enfance, la langue de vos amours, de vos deuils, de vos chants, revivra par vous et ne s'oubliera plus. Poète, soyez heureux! Cette langue que vous aimez, la France la réapprendra pour vous admirer et vous lire, vos frères la garderont pour tâcher de vous imiter. D'ailleurs, la même nation a des fils de différents âges, et si les hommes de talent suffisent aux plaisirs d'une société blasée, pour instruire le peuple il faudra toujours des Homère. L'esprit parle à l'esprit, le génie parle au cœur. Chantez, poète ! L'envie siffle en vain; votre muse est française, mieux encore elle est chrétienne; et, le laurier qui verdit au terme de votre course^, donnera deux couronnes : l'une pour le front du poète, l'autre pour le cœur de l'homme ; l'une offerte par la patrie, l'autre tressée par le rnalheur. Vous le savez déjà, si les grandes actions donnent la gloire, les bonnes actions donnent le bonheur.

Adieu! Et pour vous rendre grâce de votre bonne et précieuse lettre, je vous dis une fois de plus, Monsieur, merci, ami, et à toujours !

En prison. — Le 27 décembre 1849-

MARIE CAPPELLE A LAKIBIÈRE-BABAUD

i5 septembre i84o (i).

Je compte assez sur votre dévouement pour en abuser, Monsieur, et je serai heureuse de vous devoir une intime reconnaissance.

Veuillez expliquer à M. Raspail tout ce qui s'est passé, les premières expériences, M. Orfila... Diteslui ma foi en lui, mon malheur et mon innocence ; amenez-le, le plus vite possible.

Adieu, Monsieur. Merci de votre croyance : elle m'a résignée^ hier, dans cette épreuve horrible.

9 octobre i84o.

Je ne sais où je puis aller vous porter mon souvenir. M. Bac, que j'interroge, reste muet et

(i) Cette lettre, écrite pendant les débats de la Cour d'assises, avait été ccnfiée à un jeune avocat de Limoges^M. Laribière-Babaud, avec mission d'aller chercher Raspail à Paris et de l'anaener à Tulle.

l52 CORRESPONDANCE

j'ig-nore quel petit coin recèle un de mes plus chers dévouements (i). Ma pensée vous garde bien près de moi ; cependant, Monsieur, j'ai peur que l'oubli ne vous désapprenne la pauvre Marie; j'ai peur que, me voyant silencieuse, vous me croyiez ingrate ; j'ai peur de tout et, au hasard,je vous adresse quelques lignes à Confolens où vous place un imperceptible avis de ma mémoire.

J'ai horriblement souffert. Lorsque je fus restée seule, lorsque mes amis, ma famille, eurent emporté la meilleure moitié de moi-même, quand je pus mesurer l'abîme, quand il ne me fut plus permis de m'appuyer sur ceux que j'aimais, je crus mourir, trouver enfin le repos... Mais la vie revint, avec les larmes et la prière; il fallait reprendre sa croix, recommencer avec la douleur la calomnie. Oh ! pardonnez-moi cette larme que je viens mêler à votre douce réunion de famille; qu'un baiser de votre mère efface le nuage qu'elle a mis

(i) En nous communiquant cette lettre de M™» Lafar^e, M. Babaud- Laribière l'avait accompag^née de ces lignes : « M. Kaspail vous a appris, dans son éloquente lettre, tous les retards que nous éprouvâmes dans notre inconcevable vitesse. Je ne puis rien raconter après lui ; je n'ai rien à rectifier, rien à ajouter. Quand nous descendions la côte de Tulle, tout était fini ; il y avait cinq heures que notre amie était sacrifiée ! ..

« La douleur que nous éprouvâmes tous, le désespoir toujours calme et serein de notre amie, la consternation de la ville, le triomphe des ennemis de cette malheureuse, tout cela je l'ai ressenti, je l'ai vu, mais je ne saurais le redire. Parfois, lorsque la tempête éclate au haut des cieux, il se dessine à l'horizon des paysages terribles et bizarres ; on les voit, on s'en souvient, mais le pinceau le plus habile ne saurait en tracer l'image.

« D(.ux jours après, nous étions partis; elle restait seule avec son malheur, et nos larmes n'avaient pas même le pouvoir d'adoucir quelque peu sa position. .J'étais à Confolens, rêvant douloureusement à celte grande infortune, lorsque je reçus cette lettre. »

MARIE CARPELLE A LARIBIERE-BABAUD 100

sur votre front. Ne pensez qu'au bien que vous m'avez fait, et puissent vos amis — vous voyant si noble et si bon — vous payer par un regard d'approbation et d'org-ueil.

La lettre publiée par M. Raspail m'a fait concevoir quelques espérances; mais, tout en admirant ses nobles et touchantes paroles, ses savantes affirmations contre le verdict de la science inhumaine de M. Orfila, j'ai été peinée de quelques paroles amères contre M. Paillet. Peut-être son plaidoyer pouvait avoir plus d'entraînement, mais non plus de logique.de force, de loyauté; et quand, appuyant mon innocence sur son honneur, il jura que j'étais victime, qu'il croyait en moi, mon cœur lui promit une éternelle reconnaissance ; car il y avait plus que de l'éloquence, il y avait une conviction. Depuis son dé[)art, il ne m'oublie pas : il m'écrit qu'il va publier un exposé des faits pour la Cour de cassation.

Dieu veuille endormir toute prévention, surtout toute politique, dans ces belles intelligences ! Qu'il daigne réunir ces deux puissances de la parole et de la science, pour en former la providence de la pauvre calomniée.

Adieu, Monsieur! Préservez-moi bien de l'oubli. Je ne vis plus que de la vie du cœur, et toute résignation me vient de mes chers concitoyens.

l54 CORRESPONDANCE

i5 octobre 1840.

Que vous comprenez bien le malheur, Monsieur! Que vous savez bien choisir les paroles qui, le mieux, peuvent endormir et consoler la douleur 1 Seriez-vous déjà savant des tristesses de ce monde? Connaissez-vous d'autres larmes, que celles que vous essuyez ?.. Hélas! je le crains. On ne dit pas si bien les mots du cœur, alors que le ciel est resté bleu.

Je ne sais rien; je vis dans l'attente du pourvoi, ayant besoin d'espérer et n'osant g-uère. M. Paillet m'écrit exactement et, sans me donner de nouvelles positives, m'envoie de bonnes probabilités. M. Bac m'oublie et M. Raspail me g-arde un silence qui me fait triste. J'avais compris, aussi bien que sa science, son grand cœur, ses saintes convictions et, si j'ai pu heurter quelques cordes sensibles de son àme, j'en souffrirai et je croirai perdre un de mes plus nobles croyants. M. de Tourdonnet est venu me voir, quelques heures ; son amitié est toujours un bienfait: elle me fait presque oublier verrous et liberté. Il ne peut quitter Saint-Martin, dans l'attente d'une paternité horriblement retardataire, et je crois que son dévouement souffre avec moi de cet éloig^nement forcé. M. Lachaud est à Treignac ; je suis veuve de vous, mes amis, en ne pouvant échanger une intime pensée.

Ma santé est assez mauvaise, et mon estomac

MARIE CAPPELLE A LARIBIÈRE-BABAUD i55

a secoué le joug- de ce bon Esculape. Cependant je souffre sans faiblir et, par la volonté que je crois toute-puissante, je vis et je vivrai jusqu'au jour de la réhabilitation. Après ce but atteint, que Dieu dispose de sa créature. Que ferais-je de la vie ? Pour rester à peu près heureuse en ce inonde, il faut suivre ses tourbillons, mettre les idées reçues dans son esprit, les sentiments reçus dans son cœur, puis fermer les yeux et crier si haut son bonheur que l'en s'étourdisse, à défaut de pouvoir se convaincre. Pour moi, il ne peut plus en être ainsi : éveillée rudement au choc d'horribles souff'rances et d'amères déceptions, je suis incapable de leur sens commun; tout au plus apte à vivre en hibou, dans un trou inaccessible; et l'oubli de la tombe est bien plus doux que celui si puissant de la solitude.

Vous voyez, Monsieur, combien je suis amicalement bavarde. Je vous en prie, envoyez-moi mon absolution sous forme de bieng-rande lettre.

Adieu, noble apôtre de la pauvre Marie. Convertissez les incrédules et g-ardez-moi mes fidèles croyants.

Je reçois à l'instant une noble et bonne lettre de M. Raspail. Il n'a pas abandonné la grande œuvre de ma réhabilitation. Son Mémoire est fini, il est imprimé ;~'il doit paraître dans quelques jours. Sa lettre est calme et résig-nante, comme ses paroles: c'est le prisonnier qui se souvient et qui partag-e.

l56 CORRESPONDANCE

Le pourvoi de ravocat général pour les diamants est rejeté. Un écho de la presse m'écrit que Timpression a été favorable et que ce petit échec de votre vilaine Cour royale réjouit tous les cœurs amis.

Lundi 16 août i84i — minuit.

J'aurais dû, tout hier, vous rendre des actions de grâces ; et, tout hier, je vous ai gardé une vilaine rancune. M. Lachaudme fait apporter à midi votre magnifique boîte de bonbons. Je l'ouvre précipitamment et, si ma gourmandise fut honteusement émerveillée des gigantesques proportions dans lesquelles vous avez exaucé ses prédilections pour les fruits confits, mon cœur fut mécontent, désappointé. Il voulait, lui aussi, voir son souhait exaucé ; il cherchait quelques mots et s'indignait de trouver tant de bonnes choses et si peu de paroles amies; enfin, il fut triste jusqu'à l'arrivée de votre lettre qui vient, ce matin, le rendre tout heureux.

Je suis contente et fière de tous ces échos amis qui vous entourent; car, si j'ai appris à mépriser la calomnie qui voudrait faire rougir mon front, je suis impuissante à me résigner à celle qui voudrait faire rougir le front de mes amis. Je n'ai pas peur qu'ils faiblissent dans leur croyance; j'ai peurqu'ils souffrent pour moi^ j'ai peur de mettre un nuage dans leur ciel.

MARIE CAPPF.LLE A LARIBIÈRE-BABAUD 167

M. Paillel approuve le pourvoi (i) et déconseille l'opposition qu'il veut me faire remplacer par une protestation modérée, mais aussi ferme, explicite, dont il m'envoie le canevas et que j'ai fait sig"nifier au procureur du roi et à la partie civile.

Si je jug^e de l'opinion publique d'après la quantité de lettres que je reçois, elle m'est restée fidèle. L'un me fait en prose l'hommage d'une turpitude de M***, les autres déposent à mes pieds leur admiration rimée pour M™*^ de L***.

Hier, — jour de fête, de rayonnement et de gloire, pour la grande Marie des cieux, — fut aussi un jour de fête pour la pauvre Marie, prisonnière et martyre sur cette terre. Mes amism'avaientapportétant de fleurs, tant de parfums, tant de vœux dans ma prison, que je pus me rêver libre, que je dus me dire bien aimée. Ces nobles amis avaient voulu me faire quitter, pour ce jour, le triste et noir suaire du deuil et de l'épreuve; j'étais redevenue presque la femme des beaux jours du passé, j'étais redeveniie tout à fait femme. En recevant des compliments sur ma blanche métamorphose, je fus triste que vous ne fussiez pas là.

Adieu. Soignez-vous bien et, par-dessus tout, ne m'oubliez pas.

(i) Ce pourvoi avait été rédigé par MM. Raspail et Babaud. Le texte figure, plus loin, dans les lettres de Raspail.

l58 CORRESPONDANCE

Septembre i84i-

Le jour où vous avez quitté Tulle, j'avais mal à la tête; le lendemain, plus mal encore. Il fallut me faire une bonne saignée. Mon bon Esculape m'ordonna le repos ; il défendit le travail à ma pensée; mais, comme il ne pouvait l'exiler ainsi d'elle-même et lui donner l'oubli, ma pauvre pensée, inoccupée et désordonnée, se mit à sonder les abîmes de mon avenir. Elle fit saigner toutes mes blessures; elle éteignit toutes les étoiles que mes amis avaient fait, avec tant de peine, scintiller à travers mes ténèbres. Enfin, j'eus des larmes cruelles, des désespoirs amers, des doutes déchirants ; enfin, je devins bien malade et, pendant huit jours, il fallut tout l'art de l'oxcellent docteur, toute l'affection des amis présents, toute la pensée des amis absents et regrettés, pour calmer les révoltes de mon coeur et les tortures de ma pauvre tête... Je vais mieux. Je suis plus forte, c'est-à-dire que je puis écrire, et que je puis aussi renfermer toutes mes larmes au fond de mon âme.

Vous avez lu sans doute la réponse du National k la dernière brochure d'Orfila?Je crois me rappeler que ce journal est celui que vous recevez.

Je crois que les Mémoires ont paru à Paris. Nous n'en avons pas encore reçu; mais, ce matin, j'ai lu un affreux article contre eux. Un doute cruel

MARIE CAPPELLE A LARIBlÈRE-BABAtD iSq

torture ma pensée. Aurais-je eu torl d'écrire? Ce qui devait amener ma réhabilitation, amènera-t-il ma perte ? Mes amis se sont trompés peut-être. Je n'ai pas, sans doute, cette intelligence qui vient de Dieu, qui est toute noble, toute divine, toute puissante. Après tant de douleurs, me serais-je donné par ma volonté, — peut-être par un orgueil né de mon malheur, — de nouvelles tortures, de nouveaux opprobres? Combien je souffre ! Ma tête est en feu, je ne sais où cacher ma pensée, où la réfugier, où la perdre. Ami, écrivez-moi bien vite, bien longuement. Lisez tout ce qui se dit, contre moi. Faut-il laisser paraître une seconde édition? Fautil arrêter le mal? Ma voix doit-elle s'élever, ou doitelle s'éteindre?

Ecrivez-moi, consolez-moi. Votre pauvre amie a bien besoin de consolations, de lettres et de prières.

Octobre i84i.

Je vous écris, comme une pauvre ressuscitée qui, un peu malgré sa volonté, vient de reprendre un bail avec sa vie toute de déceptions et toute d'amertume. Mon bon docteur a si héroïquement combattu mes souffrances par des saignées, sangsues, etc., que je n'ai plus la force de souffrir et de penser, et qu'il n'y a plus en moi qu'un cœur qui bat, jour et nuit, pour mes amis. Si vous voyiez

iCo CORRESPONDANCE

ma triste main toute pâle, vous comprendriez que je fais une imprudence en vous écrivant et qu'il m'a fallu mettre tout mon cœur dans ma tête, pour en avoir la force.

Adieu ! Ecrivez-moi une longue lettre et bien vite; c'est une très bonne potion calmante, pour la pauvre prisonnière.

Fin octobre i84i .

Vous vous plaignez de la brièveté de ma dernière lettre, mais ce n'était pas une lettre que je vous envoyais. J'étais toute souffrante, il m'était défendu d'écrire, et je n'ai eu assez de force et de désobéissance que pour vous dire bien vite quelques mots partant du cœur. Pendant tout un mois j'ai été i|; faible d'esprit, malade, découragée; mon cœur seul, * que je conserve pour mes amis, a été préservé de cette triste influence. Maintenant, je vais mieux. Encore une fois ma tête, après s'être laissé courber par la tempête, s'est relevée pleine d'énergie et de force; je vais remonter sur la brèche, travailler, lutter, non avec l'espoir du triomphe, mais avec le sentiment du devoir.

Vous avez lu, sans doute, la cruelle censure de M. Janin. Elle m'a fait bien mal; puis, après le mépris, je lui ai donné le pardon... Il faut qu'un homme soit bien pauvre pour vendre sa plume; et,

MARIE CAPPELLE A LARIBlÈRE-BABAUD l6l

quand il l'a vendue, il est assez malheureux pour qu'on le plaigne, plutôt que le maudire.

La première édition est enlevée, la seconde va paraître avec une préface, en réponse aux journalistes. iM. René aurait pu l'écrire plus élégamment, mais elle est noblement pensée.

Ici, entre tous les amis, nous n'avons qu'un seul exemplaire des Mémoires ; sans cela je vous en aurais envoyé. J'écris à M. René de le faire surle-champ. Pardonnez-moi mon vilain oubli; je vous l'ai dit, mon pauvre esprit était très gravement malade, il mérite l'absolution. N'êtes-vous pas un de ceux auxquels mon cœur a confié et dédié cet ouvrage? 11 en a été fait, à Londres, une excellente traduction. La Presse anglaise s'est montrée généralement favorable. Elle déclare ne pas vouloir se prononcer sur la chose jugée; mais, sur la partie littéraire des Mémoires, elle a une indulgence très grande et même un peu flatteuse. J'ai fait une préface pour cette édition, à la prière de l'éditeur, et je l'adresse aux dames anglaises. Il y a en tête mon portrait, fait un peu d'idée, un peu sur les autres portraits.

La Cour de cassation a fait demander, aujourd'hui, les pièces de l'affaire des diamants. Il s'agit de la non-prestation de serment par M'^^ Delvaux. La minute le fait prêter; mais, dans les pièces signées par le Président, il n'en est pas fait mention. Je n'ai pas d'espérance. A Paris, les avis sont très partagés sur les résultats de cette décision de la Cour suprême. Quant à l'affaire Denis, elle est en

l62 CORHBSPO^DANCE

suspens. On trouve que, dans ce moment d'irritation, alors que la Presse se déclare unanimement hostile, il y aurait de l'imprudence à jouer noire dernière espérance. Nous rassemblons les faits; nous laissons le jugement sut les Mémoires se faire dans le calme et dans l'impartialité.

Nous avons reçu d'Alger des lettres excellentes de M. Clavé; il s'indigne d'avoir été éloigné d'Alger au moment du procès, il demande à venir déposer de la véracité de ce qu'il a déclaré une première fois. Il dit surtout que toutes les explications que la défense de M""^ de Léautaud a voulu donner sur la boîte sont fausses, et qu'il s'engage à le prouver. Croiriez-vous que plusieurs journaux ont refusé d'insérer ces lettres? C'est bien infâme.

Je vais me remettre à l'ouvrage. J'aurais voulu faire quelque livre qui parût avant le troisième volume des Mémoires, mais j'ai peur. Toutes ces critiques m'ont fait douter de moi. Je ne veux pas ajouter aux pyramides de sottises, de lieux communs, d'inutilités, qui sortent chaque jour des antres de la Presse. La médiocrité m'épouvante. Je ne comprends les romans que dans un but sérieux, que lorsqu'ils attaquent des abus, des préjugés, des ridicules. Mais lorsque la Société m'a mise sous ses Lois, puis-je venir parler en censeur?...

Plusieurs libraires m'ont écrit pour publier un petit volume formé des lettres qui ont été lues dans le procès, et des lettres écrites depuis dans ma prison. Qu'en pensez-vous?... C'est assez l'avis des amis présents.

MAIUi: CAl'I'KLLE A LARIBIÈRE-BABAUD i63

J'attends, demain, M. de T*** et, pendant quelques jours, les nouvelles de Paris vont être les hôtes de mon foyer. Depuis que vous êtes parti, j'ai beaucoup souffert; j'ai eu très froid, je me suis beaucoup chauffée; j'ai eu des larmes, des désespoirs; j'ai un peu martyrisé mes amis qui voulaient me prêcher ; enfin, si je descends au fond de ma conscience, je ne suis pas très contente de moimême, et je suis bien intimement reconnaissante des tendres soins qui ont hâté ma résurrection vers la vie, le courage et la résignation active.

Adieu, Monsieur. Les absents sont les hôtes de ma pensée. Vous êtes bien loin et bien près de moi.

MARIE GAPPELLE A M. LAVILLEMARAIS

Combien je regrette, Monsieur, mon impuissance à vous être utile, et combien il eût été doux pour moi de mettre au service du malheur la douloureuse célébrité de mon nom ! Je n'ai pas d'accents poétiques, et si quelques pensées de mon âme ont été recueillies avec indulgence, ce n'étaient point des vers, mais une humble prose dont je regrette aujourd'hui l'inutilité.

Veuillez remercier. Monsieur, vos amis de leur noble participation, et leur dire que je suis fière de leur estime, heureuse d'en être digne. La noblesse des sentiments est la seule noblesse dont l'homme puisse s'enorgueillir et, souvent, la voix du peuple est la voix de Dieu.

Croyez, Monsieur, à tous mes regrets de ne pouvoir vous être utile et de ne pouvoir vous témoigner ma gratitude qu'en ne vous envoyant qu'une prière et une bénédiction.

Laissez-moi vous dire, digne interprète de tant de nobles sympathies, que votre lettre a fait dubien

MAHIE CAl'PELLE A M, LAVILLEMARAIS l65

à la pauvre recluse ; qu'elle a mis autant de rësig^nation que de reconnaissance dans son cœur; qu'elle a fait verserjau milieu de larmes d'angoisses, quelques douces larmes qui vous bénissaient.

Je vivrai encore, je supporterai l'épreuve jusqu'au bout. Je resterai digne de ceux qui croient en moi, et chacune de mes pensées, de mes paroles, de mes actions protestera de mon innocence.

Je ne crois par rester longtemps à Tulle; cependant, si vous vouliez m'écrire, vos lettres, qui sont un rayon de soleil pour ma prison, me parviendraient sous l'adresse de M. Lachaud, avocat à Tulle. Oh ! gardez-moi votre amitié, bons et nobles coeurs qui, au milieu des fatigues de votre vie occupée, donnez une pensée amie à la pauvre femme que le monde a flétrie. Je suis fière de cet amitié et je serre avec gratitude vos mains sanctifiées par le travail.

Je suis encore faible et assez souffrante ; cependant j'ai voulu occuper pour vous quelques-uns de mes moments, et je vous demande en grâce de ne pas refuser mon témoignage de pensées et de reconnaissance. J'ai commencé à tricoter un coussin ; quand il sera achevé, je désirerais que vous le tiriez au sort, entre vous, et que celui qui le gagnera le garde pour l'amour de moi...

Mes nobles amis, que vous êtes bons et que je vous remercie ! Pour la première fois depuis longtemps je me suis levée, aujourd'hui; je me suis parée de vos dons : votre petite croix est à mon cou, près de l'anneau de ma mère; j'en ai fait un talis-

l66 CORRESPONDANCE

man. Oh ! mes grands et chers cœurs, en la regardant j'ose rêver la Hberté. Je suis fière de votre sympathie, je vais me mêler à la réunion de votre mansarde. Je serre vos mains, je vous bénis pour cette partie de votre travail, de votre nécessaire, que vous envoyez à la pauvre captive et qui lui donne une heure d'oubli et d'espérance.

Je vous en prie, comptez sur moi. Si vous étiez malheureux, j'oublierais d'essuyer mes larmes pour sécher les vôtres; sivous étiez malades, sans ouvrage, sans soins, je saurais travailler pour essayer de vous rendre du bien-être. Ils ont pu flétrir, agoniser ma vie, mais ils ont laissé à mon cœur ses saintes affections, un dévouement sans bornes pour ses chers croyants; leur amitié est mon existence, leur souvenir mon culte.

Mon coussin avance, j'espère bientôt vous l'envoyer.

Adieu, mes bons amis; que le travail vous soit doux et facile, et que l'heure du repos ramène mon souvenir dans vos réunions. Il y a bien de la reconnaissance dans le cœur de votre pauvre amie (i).

Juin 1841.

Mes bons, mes nobles amis, pardonnez-moi mon silence. J'ai eu de nouvelles douleurs, ma tête

(i) Cette lettre a été publiée par V Intermédiaire des Chercheurs, dans son n" du 20 déc. 1912.

MARIE CAPPELLE A M. LAVILLEMAUAIS 167

s'est courbée sous de nouvelles injustices, mais l'oubli ne s'est jamais glissé dans mon cœur. C'est là le sanctuaire de mes amis; ils y sont toujours aimés et bénis.

Pendant les long-ues nuits d'insomnie et de tristesse que j'ai passées sous les verrous, j'ai écrit les actions, les pensées, les douleurs de ma vie. J'ai voulu franchir les espaces, aller auprès des âmes qui croient au malheur avant de croire au crime, qui ont des paroles d'amour avant d'avoir des paroles de réprobation.

En ces âmes nobles et généreuses je me confie : puissent-elles m'aimer davantage pour les quelques bonnes actions de ma vie, puissent-elles pleurer sur moi lorsque je pleure, me pardonner lorsque je suis faible et que je me suis éloignée de la voie droite !

Vous, Monsieur, qui avez toujours été mon interprète auprès de vos amis et des miens, vous qui m'avez si souvent consolée en votre nom et au leur, veuillez recevoir l'œuvre de la pauvre Marie. Soyez indulgent pour elle; dites sa vie, ses pensées à ceux qui vous entourent. Qu'elle vous donne l'appui de cette grande voix du peuple, qui est le soutien de l'opprimé et la terreur du fort injuste et méchant.

Adieu, Monsieur. Veuillez transmettre à vos amis ma reconnaissance et mon amitié, veuillez me défendre, me protéger, m'aimer toujours.

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