CLÉMENCE
35o CORRESPONDA.NGE
VU
Maurice Collard à Vabbé Bounel.
Montpellier, le 27 septembre i853.
Il est vrai que votre silence nous inquiétait, mais j'étais sûr que vous en souffriez autant que nous ; vous nous avez donné trop de preuves de votre bonté, pour que nous en doutions jamais. Nous étions loin cependant d'attribuer le retard à la négligence des ouvriers. Nous craignions que la haine ne se fût encore acharnée à la tombe de la pauvre morte, et qu'on eût disputé à ses dépouilles l'ombre sacrée de la croix. Nous sommes heureusement détrompés. Que Dieu en soit mille fois béni !
Nous ne nous plaignons pas de la mort du saule et de l'enlèvement des fleurs, puisque ce sont les pieux ravages de la charité et que votre main est là pour les réparer. Adèle tient beaucoup à ces décors innocents, que sa malheureuse cousine a demandés. Elle ose vous en confier le soin. Quelques personnes avaient eu la pensée d'une translation. Je l'ai repoussée, de toutes mes forces. Ornolac conservera, dans toute sa simplicité, le dépôt qu'il a reçu, et son digne pasteur sera seul appelé à le bénir. Il y a là plus de poésie que dans toutes les vanités de la terre.
Je suis profondément touché des marques de sympathie dont vous êtes le témoin. Prenez votre part de ces hommages, car c'est à votre dernière
LETTRES FINALES .iJl
bénédiction que la victime les doit, et ce sont encore vos paroles qui les excitent.
Pourquoi me parlez-vous de ces misérables i3 francs, qui vous restent ? Ne savez-vous pas que nous ne serons jamais quittes envers vous ?
Adieu, monsieur le Curé. Toute ma famille et ma chère Adèle, en particulier, s'unit à moi pour vgus renouveler l'assurance des profonds sentiments de içratitude et de respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur le Curé,
Votre très humble et très affectionné serviteur,