‹ Corvisart et la cardiologieChapitre 12 sur 26 · I. La Percussion · texte numérisé non relu

I. La Percussion

Dans sa pratique journalière qui lui a fait connaître la fréquence des lésions organiques du cœur, Corvisart s’est beaucoup servi de la percussion.

Certes, ce n’est que deux ans après avoir publié son « Essai sur les Maladies du cœur » qu’il a donné sa traduction de l'œuvre d’Avenbrügger et consigné les résultats obtenus en clinique par ce nouveau mode d'examen. Mais il l'expérimentait depuis des années déjà ; c’est à la lecture des ouvrages de Stoll que lui fut révélée la possibilité de percuter la poitrine. Stoll, d’ailleurs, n'avait qu'une expérience restreinte de la percussion, et il était bien loin d’en tirer grand profit, voir même de sentir ce qu'on en pouvait obtenir.

C'est pendant les années 1788-1789, que Corvisart commença de percuter ses malades, et, dès lors, il ne cessera d'appliquer cette méthode, puisqu'il écrivit plus tard qu’ « il ne croit pas avoir jamais omis l'emploi de ce procédé dans les affections de la poitrine les plus obscures comme dans les moins douteuses ».

Mais il attendit vingt ans pour dire le cas qu'il faisait de ce moyen d'investigation clinique, pour indiquer les

résultats qu’il en obtient, et pour faire connaître les per-

AN

fectionnements qu'il a apportés à la découverte d'Avenbrügger. : |

Certes, il n’entre aucunement dans notre plan de reprendre ici l'étude de la percussion, ni même de montrer qu’elle n'a dû qu’à Corvisart d'entrer dans le domaine de la pratique médicale, à ce point qu’on peut dire qu'il l’a réellement réinventée. Nous nous intéresserons uniquement à l’emploi qu’il en fit dans l'examen des cardiaques et aux arguments de diagnostic qu'il en déduisit.

La percussion lui servit à éliminer nombre de ces asthmes, de ces hydropisies de, poitrine, etorx qui Cachaient, comme nous l’avons vu, des affections organiques du cœur que Corvisart sut déceler.

Notons du resté que notre auteur.ne tira pas une vanité inconsidérée de ces résultats. Quand il publia sa traduction d'Avenbrügger, il ne cherchait, selon lui, qu'à rendre « un grand service à tous ceux qui se livrent à l'exercice de l’art de guérir, en tirant l’ouvrage d’Avenbrügger de l’oubli total et extraordinaire dans lequel 11

est tombé, en France particulièrement » (x).

En réalité Corvisart accompagne cette traduction de commentaires du plus haut intérêt. Il y expose les lacunes et les inexactitudes de l’œuvre d’Avenbrügger, qu'il s'agisse de la percussion du thorax sain ou du thorax malade. Il posa les règles de ce nouveau procédé séméiologique, il en fixa la valeur pour chaque cas particulier. |

(1) In Préface de la Traduction d'Avenbrugger.

DS

Aussi ne subsiste-t-il que peu de choses de ce qu'avait avancé Avenbrügger, et ses perfectionnements, comme l'a dit Bourdois, donnaient à « l'original une valeur immense et si généralement sentie que l’on fut étonné que Corvisart n'eut pas fait paraître sous son seul nom le Traité sur la percussion » (1).

Nous rappellerons qu’en indiquant d’une façon précise les caractères du son anormal obtenu par percussion dans la pleurésie simple, la pleuro-péripneumonie, - la pleurésie fausse ou rhumatisante, dans l'asthme, Corvisart insistait sur le moyen de diagnostic qu'on avait entre de telles affections et les affections cardiaques. C'est surtout les asthmes qu'il élimine en percutant : la poitrine y résonne souvent mieux qu'à l’état normal ; au chapitre des maladies du cœur, la percussion lui est un mode diagnostique non moins précieux.

1° DANS L’ANÉVRISME DU CŒUR, la percussion est certainement le mode d'examen qui donne le plus de renseignements.

Avenbrügger s'était contenté de dire que dans lanévrisme du cœur, le signe pathognomonique est que « la région de cet organe, frappée dans une grande circonférence, rend un son exactement semblable à celui de la chair frappée ».

Corvisart va donner bien davantage de précisions, el inême il va prétendre, à l’aide de ce procédé, différencier divers anévrismes du cœur. Sous le nom d'anévris-

(1) Rapport fait à l’Acad. sur la proposition de placer ie buste de

Corvisart dans la salle des séances. Mém. de l’Acad. Royale de Méde- . cine. Tome IV, Paris, Baillière, 1835.

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