RD0NI
Maintenant que vous êtes tous heureux, permettez-moi de prendre congé de vous.
ALVISE
Non pas! non pas! Vous allez souper avec nous.
Impossible; j'ai beaucoup d'affaires à terminer.
ALVISE
Dites donc à commencer ! Vous ne faites que d'arriver.
ORDONIO.
Et je repars ce soir.
ALVISE
Sur mon honneur, je ne le souffrirai pas. Vous ne voudriez pas me causer ce chagrin.
ORDONIO, regardant Cosima, qui baisse les yeux.
Demain, en ce cas.
ALVISE
Ni demain ni après.
ORDONIO, après avoir regardé CesTma, qui garde encore le silence. Dans quelques jours du moins.
ALVISE
Puissiez-vous ne jamais nous quitter !
LE CHANOINE, avec intention.
11 ne faudrait pourtant pas que messire Ordonio sacrifiât ses intérêts aux exigences de notre amitié.
COSIMA 47
ALVISE
En fait d'amitié, je ne comprends rien à la discrétion. Restez longtemps près de nous! Cosima, dis-lui que tu le veux. COSIMA , à OrJonio, avec embarras.
Daignerez- vous céder aux prières démon mari ?
0RD0NI0, avec intention.
Si vous y joignez les vôtres, madame...
ALVISE
Voilà qui est convenu. Ce jour sera donc sans nuage pour moi!... Mais Xéri!... Ma femme, tu n'as rien dit à Néri !...
(il le cherche, et va le prendre dans un coin, où il s'est tenu triste et recueilli, durant toute cette scène.) Quoi ! c'est toi qui viens le dernier embrasser ta sœur? Cosima ! tu ne sais donc pas ce qu'il a fait pour moi? lui qui s'est accusé pour me sauver!... On s'est donné plus de peine pour lui faire avouer son innocence qu'on n'en prend pour arracher aux autres l'aveu d'un crime.
(A Néri, avec saisissement, en le regardant.) Ah ! mon enfant, tu as plus souffert que moi, je le vois bien!... Regarde, Cosima! il a persisté cbiis les tourments à dire qu'il était coupable !..
NÉRI
Vous n'avez pas daigné encore vous souvenir de moi, Cosima ! Il est vrai que, lorsque nous nous sommes quittés, j'avais encouru votre disgrâce.
COSIMA
Néri !
Elle se courbe lentement devant lui et se met à genoux; Néri, éperdu,
relève Cosima, qui l'embrasse avec effusion.
ALVISE
Oh ! oui, tu as raison, ma bonne femme.
FARGANACCIO.
Allons, trêve de soupirs et de larmes ! Vous nous devez un souper, Alvise !
ALVISE
Et il sera aussi joyeux que le dernier fut triste. Allons,
Malavolti, nous dirons encore le verre en main : « Vive la Flandre! »
PASCALIXA, qui est sortie un instant, rentre toute joyeuse. Seigneur Al vise, voici tous les gens du quartier, et tous vos ouvriers, avec tous ceux des corporations de la ville, qui viennent vous complimenter.
Elle sort.
ALVISE
Allons remercier ces braves gens! Gonelle! va vite défoncer un tonneau de mon meilleur vin !
Alvise sort; tous les autres personnages le suivent, excepté Cosima et Or-
donio, qui sont restés les derniers. Ordonio la retient au moment où elle
va sortir aussi.
ORDONIO.
J'ai menti! Pour vous revoir, que n'aurais-je pas fait !
COSIMA
N'espérez pas, monsieur, que je soutienne ce mensonge
devant mon oncle, devant mon mari ! Laissez-moi, monsieur;
ma place est auprès de mon mari.
Elle sort.