GONELLE, PASCALINA
Pascalina fait un bouquet. Gonelle passe le râteau sur le sol.
PASCALINA
Je ne sais pas si c'est que la campagne m'ennuie, ou si c'est que je te vois ici plus souvent qu'à la ville, mais vraiment je crois que, si cela continue, j'aurai des vapeurs.
GONELLE
C'est l'air de la montagne. Ça fait le même effet à tout le monde. Dites donc, Pascalina, avez-vous remarqué comme madame est triste depuis quelque temps ?
PASCALINA
De quoi te mêles-tu ?
GONELLE
Et M. Néri! Ah ! mon Dieu ! cela fait de la peine à voir!
PASCALINA
Est-ce que cela te regarde ?
GONELLE
Quant au seigneur Ordonio, il n'est guère plus gai que les autres.
PASCALINA
Qu'est-ce que cela te fait? Et, d'ailleurs, qu'en sais-tu, du seigneur Ordonio ?
GONELLE
Pardienne ! il vient assez souvent pour qu'on voie la mine qu'il a.
P ASC ALIN A.
Il vient fort peu depuis que notre maître est en voyage.
GONELLi:.
Fort peu, fort peu ! D'où vient donc que je le rencontre ici quasi tous les soirs? Quand je quitte mon ouvrage, je le vois se glisser sous les tilleuls., et, quoiqu'il s'enveloppe dans son manteau, et qu'il laisse son cheval au bas de la montagne, je sais bien que c'est lui, allez!
PASCALINA
Eh bien, quand ce serait lui. quel mal y voyez-vous ?
GONELI.K .
Est-ce que j'y vois du mal, moi ? Qu'est-ce que ça me fait qu'il vienne ici une fois ou deux par semaine? Quand il viendrait trois fois, quatre fois, cinq...
PASCALINA
Tu es un sot ! Au lieu de penser aux affaires d'autrui. tu ferais mieux de travailler, paresseux ! Allons, voilà madame qui vient prendre le frais sur sa terrasse, allez-vous-en, et ne revenez pas rôder autour d'elle. Vous l'importunez !
GONELLi:. s'en allan!.
C'est égal, il y a quelque chose là-dessous.
II sort.