SCENE II PASCALINA, COSIMA
Cosima entre rtveuse par le fond du théâtre. PASCALINA, à part.
Toujours triste! Ali! si ce méchant la rendait heureuse du moins! M'est avis que, s'il y a tant de femmes malheureuses dans le mariage, ce n'est pas tant la faute du sacrement que celle des hommes, et que, s'il y en a tant qui font de méchants maris, c'est qu'il yen a plus encore qui font des amoureux détestables. (Hant.) Madame veut-elle accepter mon bouquet de ce suir ?
COSIMA M
COSIMA, tressaillant.
Merci, mon enfant!
Elle prend le bouquet. Pascalina sort.
COSIMA, regardant le fond du théâtre.
Il n'arrive pas !... Oh! avec quelle impatience je l'attends! Et, quand il sera ici, je souffrirai ! car le remords, L'effroi -ont dans mon âme ! C'est le châtiment de mon crime ! — Si Ordonio était heureux, lui, du moins! .Mais il souffre et se plaint de moi ! Mon amour n'est rien pour lui sans l'entier oubli de mes devoirs... Ah! quelquefois je suis tentée de croire qu'il ne m'aime pas ! — Et pourtant, comme il s'arrache avec empressement à cette cour brillante qui l'admire et le flatte, pour venir me voir, moi, pauvre recluse, humble bourgeoise, obscure, ignorée, que personne ne vante, (pic personne ne connaît ! — Ce n'est pas la vanité qui l'attire ici !... Et comme il s'expose pour venir me voir ainsi, la nuit, par des chemins dangereux !... Mais pourquoi donc ces instants d'amertume, d'ironie, on dirait presque d'aversion? pourquoi a-t-il des mots qui glacent et des regarda qui font peur? — Oh! pourquoi Alvise m'abandonne-t-il ainsi?... Il a confiance en moi, il m'estime, lui ! Mais il a trop compte sur ma force... Et mon oncle, pourquoi m'a-t-il trompée? Car il me disait que la 3éduction ne pouvait m'atteindre... Il me trompait!... Ah! insensée! Je les accuse, et je leur cache ce qui se passe en moi; j'évite les questions de mon confesseur, je fuis le tribunal de la pénitence !... Je deviens impie, je deviens folle 1... Ah! je souffre! Il est temps qu'Alvise revienne. — Et s'il revenait déjà?... Ces pas que j'entends, si c'étaient, les siens?... (Ordonio parait.) Ordonio! Ah! j'ai tremblé que ce ne fût pas lui!